Affichage des articles dont le libellé est pianiste. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pianiste. Afficher tous les articles

dimanche 10 juin 2018

Moncef Genoud: «La musique occupe toute ma vie»

Harmonie Avec son nouvel album «pop songs», le pianiste de jazz genevois veut toucher le grand public. Rencontre avec un homme sensible et sûr. 







«

J'écoute là où je mets les pieds »

Entre seulement», lance Moncef Genoud en ouvrant la porte de son chalet de Chermignon, au-dessus de Sierre. Son tutoiement spontané résonne comme de la générosité: faire simple, ne pas s’encombrer. Allons-y donc pour le «tu». «Attention il y a un meuble ici», prévient-il en le pointant du doigt. Lui est non-voyant. Ce n’est pas avec les yeux, dit-on, que l’on voit le mieux.

Moncef, c’est quoi la musique pour toi?
C’est toute ma vie. Elle est dans ma tête tous les jours, à chaque instant. J’ai toujours une oreille attentive à la musicalité. Un oiseau chante, quelqu’un rigole: ha ha ha ha hao ha ha ho! Ce sont des notes. On peut en faire quelque chose.

Les bruits aussi te parlent?
Oui, par exemple mon morbier devient un métronome: tic-tac, tic-tac… (il claque des doigts en même temps). C’est du quatre temps. On peut s’amuser à faire des rythmes de batterie dessus.

Et le silence?
La nuit, dans cette pièce très haute qui résonne bien, c’est un truc incroyable d’écouter le silence. Je n’y trouve pas de musique, mais de la réflexion. Ou parfois rien. Juste penser à rien et être comme ça, être là.



Moncef Genoud improvise au piano dans son chalet de Chermignon, au-dessus de Sierre, pendant que le photographe Adrian Streun le "mitraille" pour Coopération.

Qu’est ce qui influence ta musique?
Les promenades à pied ou à ski au grand air. Tu ne parles pas, tu es centré sur ta respiration. J’écoute là où je mets les pieds. Après une balade, je joue de manière plus flottante ou volante.

Pourquoi reprendre des tubes de Police ou de John Lennon dans ce nouvel album?
Je voulais m’essayer à cet exercice, et aussi toucher le grand public. Tout le monde reconnaît l’air de Message in a Bottle, de Police, ou Imagine, de John Lennon. Du coup, ça initie les gens au jazz. Ils aiment bien ce disque.

C’est uniquement pour plaire aux gens?
Non, j’aime ces chansons. Certaines comme Smells Like Teen Spirit, de Nirvana, ce sont mes élèves du collège qui me les ont fait découvrir. J’écoute beaucoup de musiques, du jazz bien sûr – Chick Corea, Brad Mehldau, Bill Evans – mais aussi du classique – Mozart, Ravel – et du rock, de Pink Floyd à Supertramp en passant par Memphis Slim et AC/DC. Partout, il y a des trucs à piquer.

Et la musique folklorique suisse?
Oui et non. J’aime bien le son du cor des Alpes. Et certaines fanfares en Valais où il y a d’excellents musiciens. Mais le folklore typique, pas plus que tant!

Comment «jazzéifie»-t-on une chanson?
Il faut se l’approprier en la jouant différemment. En triturant la mélodie, la rythmique, les harmonies… Mais avant, il faut apprendre à la jouer telle quelle. Ensuite on peut en faire ce que l’on veut!

Comment se passe ton travail avec les jeunes?
Je travaille au collège à 80% avec des 16–20 ans. Plus jeunes, je n’aime pas trop. Je suis directif ou sympa avec eux. Le programme scolaire est assez rigide. Mais j’aime bien les sensibiliser à ma vie un peu allumée de musicien. Je leur raconte des anecdotes de tournées. Ça leur plaît bien.

Et côté famille: tu as des enfants?
Oui, trois. Mais je n’ai pas vraiment de vie de famille. Ils viennent me voir au chalet à Chermignon. Pendant quinze ans j’étais en tournée entre le Canada, les USA, l’Afrique, le Japon… À 35 ans, j’ai pu me stabiliser grâce à ce boulot au collège qui me laisse pas mal de temps libre. Mon père adoptif m’avait forcé à terminer un papier d’enseignant en musique. Ça a finalement servi!

Par rapport à ta cécité, la musique t’a-t-elle été utile?
C’est un moyen de communication, mais ça l’est tout autant pour un voyant. La musique m’a ouvert des portes. Mais c’est idem pour tous: celui qui n’a rien pour se démarquer passe inaperçu.



Tu as quand même eu de la chance!
La musique m’a aidé à surmonter des moments de tristesse. Elle fait passer le temps aussi. Quand je suis au piano, je ne le sens plus. Pour quelqu’un qui n’a pas de passion, peut-être le temps est-il plus long?

Quel regard portes-tu sur ton parcours?
Je suis content d’avoir pu apporter quelque chose aux gens. Je remercie mes parents adoptifs de m’avoir donné accès au savoir suisse, au sport, à une vie bien agréable!

En concert avec Gabriel Scotti (basse) et Valentin Liechti (batterie): 21 mars, Ferme Asile, Sion; 28 mars, Chorus Club, Lausanne; 10 avril, Cully Jazz Festival. «Pop Songs» sur iTunes ou Discoclub à Genève. www.moncefgenoud.com

4 dates importantes pour le pianiste

1961 Naissance à Tunis. Non-voyant, il est adopté à 2 ans par une famille genevoise.
1989 Premier disque. Il se fait remarquer dans les milieux du jazz et jouera partout dans le monde.
2010 Il rencontre son amie avec qui il partage sa vie. Moncef a trois enfants. Le premier est né en 1988.
2015 Sortie de son 12e disque «pop songs», où il reprend du Police, Jimi Hendrix, The Doors, Nirvana…

Source


mardi 20 juin 2017

Le coup de foudre d'un virtuose pour Lausanne

PIANO • Le pianiste français Fabrice Eulry est courtisé par le monde entier pour sa maitrise totalement hors-normes de son instrument et son sens inné du spectacle. Mais depuis qu'il s'est amouraché de notre région, il y enchaîne les spectacles. D'ailleurs, il propose un concert exceptionnel aux Lausannois, ces 8 et 9 novembre au Casino de Montbenon.

Fabrice Eulry sera à Montbenon ces 8 et 9 novembre. DR

  • Fabrice Eulry sera à Montbenon ces 8 et 9 novembre. DR



Reconnu par les experts comme l'un des musiciens les plus doués de sa génération, Fabrice Eulry connaît un important succès international depuis le début des années nonante. Sa particularité est d'allier des sonorités afro-américaines avec la traditionnelle musique classique européenne, d'où son surnom de Chopin du Boogie.Philippe Bouvard et Michel Drucker l'ont popularisé en l'invitant à la télévision et en lui proposant de jouer dans de très grands théâtres parisiens. Ainsi, la notoriété de Fabrice Eulry dépasse totalement le milieu des amateurs de musiques classiques car son punch, son dynamisme, son intensité permettent à n'importe quel spectateur de se plonger dans le spectacle avec passion.En 2005, le pianiste fera beaucoup parler de lui en réalisant l'un de ses rêves: jouer durant 24h devant un public sans s'arrêter, ni s'aider de partition. Aujourd'hui, cet artiste un peu fou a plus de 4000 représentations à son actif dont certaines aux côtés d'Iggy Pop, Catherine Ringer, Nancy Holloway et d'autres grands noms de la musique.

L'amour de la Suisse

Son affection toute particulière pour notre pays commence dès ses premières représentations helvétiques. «J'y étais très surpris par la grande qualité d'écoute du public. Les gens recevait la musique comme elle venait sans s'handicaper de l'approche intellectuelle et hypocrite de nombreux Parisiens», explique Fabrice Eulry. Il faut dire que certains puristes de la musique classique, notamment en France, avaient été un peu bousculés par la girouette Eulry qui saute d'un répertoire à l'autre avec une rapidité et une agilité déconcertante. «Après un concert dans le canton de Vaud il y a quelques années, des spectateurs m'on fait faire une rencontre qui a achevé de tisser mon lien de cœur avec la région lausannoise», raconte le pianiste. En effet, grâce à des admirateurs communs, il rencontre la pianiste française Elisabeth Sombard. Celle-ci vit à Morges et y a fondé la fondation Resonnance pour enseigner gratuitement le piano à tous ceux qui le désirent. Le Chopin du Boogie, séduit par la démarche autant que par son initiatrice, s'engage alors à proposer un cours qui permet d'apprivoiser le piano en improvisant. «L'idée est de se former sans jamais se formater. Je crois que les élèves romands qui y viennent à tous les âges aiment particulièrement cette manière d'apprendre», ajoute Fabrice Eulry.

Sur scène

Toute cette affection de l'artiste parisien lui est bien rendue par le public romand qui se déplace massivement pour chacune de ses apparitions. Ils apprécient sa proximité avec la salle et son attitude très humble qui met la musique en évidence en la dépouillant de tout le superflu. D'ailleurs, il reste plus que quelques places pour ses concerts des vendredi 8 et samedi 9 novembre qui se donneront à la Salle Paderewski de Casino de Montbenon. Ensuite, Fabrice reviendra déjà en janvier au Théâtre Barnabé. L'histoire d'amour entre notre belle région et la bête de scène n'est donc de loin pas finie.


Fabrice Eulry

Pianiste et Directeur artistique de Résonnance Belgique

 

Fabrice Eulry est né le 4 septembre 1962. Il passe son enfance en Tunisie, son adolescence près de Lyon, part à la Nouvelle-Orléans puis s’installe à Paris en 1990. C’est “un des musiciens les plus doués de sa génération”. Il excelle dans les styles les plus divers du plus rythmé au plus mélodique.
“Mes influences sont multiples et diverses. Depuis mon plus jeune âge, j’écoute aussi bien le blues de Ray Charles que le Rock’n roll d’Elvis Presley; la musique baroque, classique, et romantique Russe, Allemande ou Française, la musique de la Nouvelle-Orléans. Mon enfance à également baigné dans le son de la musique monodique classique orientale en Tunisie, mais aussi dans celui de l’accordéon et de la chanson française.
Je m’intéresse à tout ce que j’entends, et ce qui est musique acoustique, rythmée, instrumentale, me fait spécialement vibrer.
À partir de l’adolescence, vers 1977, j’ai découvert la diversité des BIG BANDS de SWING Américains et également du Rag-Time, dont l’œuvre deScott Joplin bien sûr, mais aussi celles de James Scott, Tom Turpin, Joseph Lamb, Zez Confrey, Billy Mayerl qui sont un univers en soi à découvrir pour tout pianiste soliste.
Le Boogie-Woogie devint également une de mes obsessions et cela n’a jamais changé.
Commencer le métier de pianiste dès l’âge de 18 ans au début des années 80 me poussa dans toutes les directions : la nécessité créa plus d’ouverture encore.
A vrai dire, je n’ai pas de pianiste préféré mais je puis en citer une dizaine dont l’influence est directement visible dans la forme de mon jeu : Georges Gershwin, Erroll Garner,Earl Hines, Pete Johnson, Jelly Roll Morton, Wilhlem Kempff, Teddy Wilson, Ramsey Lewis, Ray Charles, Yves Nat….
Mais la musique ne s’arrête pas à ceux dans qui l’on se reconnaît : Alfred Cortot ou Michel Camilho sont des musiciens que je n’écoute pas sans plaisir même s’ils sont à mille lieues de ce que j’ai envie de faire avec un piano.
La musique ne s’arrête pas non plus au piano : le « non pianistique » occupe une majorité du temps important que je consacre à l’écoute de la musique.
Voici quelques exemples d’œuvres que j’écoute souvent ces temps-ci : La Symphonie fantastique de Berlioz, les symphonies de Beethoven, Mahler, Tchaîkovsky, les opéras de Bizetet Verdi, les chansons de Fairouz, Chuck Berry, Au Bonheur des Dames, Guillaume Dufay….
Ne cherchez pas d’autres point commun à ces mondes que celui de l’amour de la musique.”