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samedi 18 août 2018

Dans le dressing de Malika


 29 février 2016 par Margaux Meyer, photographie de Sébastien Agnetti




 Malika, l'écléctique cérébrale

Immersion dans l'univers d'une fille au style inclassable.

C'est aux escaliers du Marché, à Lausanne, dans un joli immeuble médiéval longenta les fameuses marches en bois menant à la cathédrale, que Malika nous donne rendez-vous. Un coin de paradis avec bou de jardin intégré, au charme fou. La belle Helvético-Tunisienne nous reçoit, sourire aux lèvres, vêtue d'un jean cigarette, d'un body noir à col roulé et d'une paire de baskets.

Lacoste. Un premier abord enjoué, un poil déjanté, et aussi cérébral...

C'est d'ailleurs son côté intello que la jeune femme, qui finalise sa thèse de philo, nous a présenté en premier en s'épanchant sur la complexité de réaliser la synthèse de toutes ses années de recherches et de toutes ses idées à rassembler pour enfin décrocher le sacro-saint-doctorat.

Un foisonnement de pensées qui se reflète dans sa garde-robe et, par extension, dans son bureau, véritable œuvre d’art conceptuelle – du jamais vu –, le repère de la thésarde dans toute sa splendeur! Sur son bureau trônent une vingtaine de livres ouverts dont les pages sont tenues par des pinces à linge, des post-it par centaines et des feuilles accrochées au mur sur lesquelles sont inscrites des phrases dont les mots sont entourés et surlignés au feutre fluo. On comprend d’emblée que cette intellectuelle n’est pas femme à s’enfermer dans un genre précis ou une pensée unique.
L’éclectisme qui semble la caractériser se perçoit tout de suite quand on tombe sur ses multiples robes chinoises et ses kimonos japonisants paradant à côté d’une veste en cuir genre gangsta rap, dessinée par Missy Elliott pour Adidas et d’une manchette tribale en cuir de chez Pascale Monvoisin. Pas de carcans ni d’unilatéralité dans le dressing de Malika, juste une «collectionnite aiguë» teintée d’un hétéroclisme joyeux et farfelu. «Je ne peux m’empêcher de tout collectionner», et tout y passe: les imprimés, les combinaisons, les lunettes de soleil Tom Ford, mais aussi les peintures – elle a récemment commencé la collection d’anciennes toiles de maîtres suisses –, les bibelots, les ceintures, les grosses boucles d’oreilles imposantes, les manchettes et les pochettes, et puis les chapeaux, dont les plus beaux spécimens se matérialisent sous différentes formes, comme cette visière en plastique laqué rouge Adidas complètement démente, ce chapeau façon bombe d’équitation, ces larges capelines romantiques ou encore ces turbans exotiques qu’elle noue avec dextérité autour de sa tête.
Ses références mode? «Peut-être Romy Schneider dans La banquière, Saint Laurent période seventies et, surtout, Gabrielle Chanel, qui a libéré les femmes de leurs corsets, leur a rendu la liberté de mouvement grâce aux pantalons et à la fluidité des tissus, les a aidées à avancer aux sens propre et figuré. D’ailleurs, ce qui m’inspire le plus chez Chanel, c’est son audace et non ce qu’elle représente dans l’industrie du luxe en général», lance-t-elle en tenant tout de même dans ses mains son sac Boy griffé de la marque au double C…
Niveau bijoux, elle craque volontiers pour les créations de Pascale Monvoisin et les pièces géométriques. Elle est très attachée à ses bijoux berbères ramenés de Tunisie ou à ceux qui lui viennent de sa grand-mère, comme cette bague en camée qu’elle porte presque tous les jours. Evidemment, on retrouve aussi avec délectation quelques curiosités, comme ce ras-du-cou en plumes de coq, offert par sa sœur Stella.
Très libre dans sa manière de choisir ses vêtements, Malika ne se focalise pas sur ce qui est tendance ou qu’on peut admirer sur papier glacé. «Souvent, les magazines me permettent de voir ce que tout le monde va acheter la saison prochaine, et c’est justement cela que je vais éviter de porter, car quand quelque chose devient trop à la mode il finit par devenir banal.» Une révélation qui en réalité reflète une vraie lubie rigolote. «Ma grande angoisse, c’est de croiser une fille dans la rue avec un vêtement que je porte, surtout lorsque la pièce est originale. C’est rédhibitoire, et dès cet instant je ne pourrai plus jamais le mettre!» Comme cette veste couleur rouille à la coupe parfaite qu’elle refuse d’arborer depuis qu’elle l’a vue sur une inconnue, croisée dans une gare. «Ça brise le charme et ça me froisse…» avoue-t-elle, avec cet humour et cette autodérision qui semblent lui coller à la peau.
Dans un coin, roulée en boule, Pulchérie, dite La Poule, la chatte de la maison, considérée par sa maîtresse comme «une chatte responsable, intelligente, bavarde mais délicate», lève de petits yeux fatigués vers nous, comme une supplique pour un retour au calme… Il est temps de lui rendre grâce en lui accordant son repos et de quitter le monde complexe de Malika… Mais on reviendra!

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vendredi 13 avril 2018

Le géant du luxe suisse Richemont perd son couturier tunisien


 Paru le 18 novembre 2017

Allergique à la promotion, ce petit homme discret, invariablement vêtu d'un costume chinois passe-partout, avait le luxe de se passer de publicité.
KEYSTONE/AP/FRANCOIS MORI
(sda-ats)



Le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa est décédé à l'âge de 77 ans. Il s'est fait connaître dans les années 1980 avant de poursuivre son travail hors système, loin des calendriers de défilés et de la presse, grâce à un réseau de clientes très fidèles.

Son décès, annoncé par l'hebdomadaire le Point, et confirmé par la Fédération de la haute couture et de la mode, a entraîné de multiples hommages.

"C'est un couturier de grand talent qui s'en va", a déclaré le couturier Pierre Cardin. "Petit par la taille mais immense dans la mode. Adieu Azzedine Alaïa", a réagi la créatrice et ancien mannequin Inès de la Fressange sur Twitter.

Pour l'ancien ministre de la Culture et président de l'Institut du Monde Arabe (IMA) Jack Lang, "Azzedine savait mieux que quiconque sublimer les femmes". "Il les aimait et elles, en retour, lui vouaient une vénération infinie", a-t-il déclaré sur son compte Facebook.

Défilés en petit comité
 
Allergique à la promotion, ce petit homme discret, invariablement vêtu d'un costume chinois passe-partout, avait le luxe de se passer de publicité. Ses rares défilés se déroulant en petit comité dans son atelier-boutique du Marais.

"J'aime les femmes. (...) Je ne pense pas toujours à faire des nouveautés, à être créatif, mais à faire un vêtement pour que les femmes soient belles", avait expliqué le couturier en 2013, à l'occasion d'une rétrospective de son oeuvre au Musée Galliéra.

Alaïa concevait ses vêtements en trois dimensions, se servant peu du dessin. Il faisait beaucoup de sur mesure, en haute couture, mais aussi du prêt-à-porter, contournant le diktat du renouvellement systématique à chaque saison: il lui arrivait de proposer la même robe "indémodable" deux ans d'affilée.

Jeune homme au pair
 
Le créateur était né en Tunisie autour de 1940 mais cultivait la coquetterie quant à sa date de naissance précise. "J'ai l'âge des pharaons. Les dates, je les ai effacées", disait-il.

Etudiant la sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, ce fils d'agriculteurs commence à travailler pour une couturière de quartier. Débarquant à Paris à la fin des années 1950, il travaille brièvement chez Dior et chez Guy Laroche.

Jeune homme au pair, il commence à habiller des femmes du monde dont il devient souvent le confident. Elles lui présentent Arletty, l'une de ses muses, et même "la" Garbo.

Silhouette des années 1980
 
Le couturier contribue largement à définir la silhouette féminine des années 1980, à l'assurance sexy, en inventant le body, le caleçon noir moulant, la jupe zippée dans le dos, des modèles copiés à l'infini. Ses robes seconde peau sont à la fois provocantes et distinguées.

Les célébrités se l'arrachent, notamment la sculpturale Grace Jones qui pose dans ses vêtements sous l'objectif de Jean-Paul Goude. En 1989, c'est lui qui commande à Alaïa la toge-drapeau portée par la cantatrice Jessye Norman pour le défilé du Bicentenaire de la Révolution française.

Avec le géant suisse Richemont
 
En 2000, il signe un accord avec Prada qui lui permet de se développer, mais dont il se dégage sept ans plus tard, préférant s'adosser au géant suisse du luxe Richemont.

Son ultime défilé avait été présenté en juillet et ouvert par Naomi Campbell, protégée du couturier, qui l'appelait affectueusement "papa".