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mardi 19 juin 2018

Riadh Sidaoui, politologue tunisien et suisse, directeur du centre arabe de recherches et d'analyses politiques à Genève

« Les choix économiques actuels sont contre-révolutionnaires »

 

Fin observateur du paysage politique tunisien, plume acerbe à l’égard des monarchies des pétrodollars, Riadh Sidaoui, politologue, spécialiste du Monde arabe et notamment de l’Algérie et des mouvements islamistes ne se contente pas d’analyser la crise politique en Tunisie en rejetant la faute sur la scène politique.Il affirme, qu’au-delà du blocage politique, se cache une classe marginalisée, défavorisée, qui a constitué « le noyau dur de la révolution tunisienne » et qui est capable d’exploser et de provoquer une nouvelle révolution dont le seul slogan serait : travail, rien que du travail. Synthèse.

La Tunisie n’est pas uniquement l’affaire des Tunisiens

Analysant le contexte géopolitique de la Tunisie et les points de vue de nos voisins sur la situation actuelle dans le pays, il nous dit que ce qui se passe en Tunisie n’est pas seulement l’affaire des Tunisiens. « Plusieurs partenaires étrangers agissent afin de mettre fin à la crise », nous confie-t-il; avant de préciser : « L’Algérie, cette grande sœur de la Tunisie, et à sa tête le président Bouteflika, a reçu Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi à maintes reprises afin de favoriser l’entente et le consensus. C’est dans le cadre du contexte géopolitique que l’Algérie suit ce qui se passe chez nous, mais elle a d’autres soucis : ses frontières avec la Libye, qui est complètement instable, le Mali, le Polisario et aujourd’hui le Maroc ».

Evoquant le rôle des Etats-Unis, M. Riadh Sidaoui nous précise : « C’est un autre acteur, invisible pour le peuple tunisien. Ce pays pousse la Tunisie vers le modèle politique américain, c’est-à-dire une démocratie fondée sur deux grands partis politiques et qui ne discutent pas l’économie du marché : un parti républicain conservateur (Mouvement Ennahdha) et l’autre démocrate libéral (Nidaa Tounes). Les États-Unis n’optent pas pour le Front populaire à cause de son choix économique ».
La crise reste tunisienne et le pays reste dans l’impasse. « Il est très difficile de faire admettre aux médias internationaux que la Tunisie n’organisent pas les élections, deux ans après sa révolution », affirme-t-il.

Une crise économique renforcée par des choix politiques erronés

Selon lui, la Tunisie n’est pas soutenue par les Etats riches. L’Algérie, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ne regardent pas d’un bon œil l’idéologie du mouvement Ennahdha. Quant à l’Union européenne, s’agissant du dossier tunisien, elle est guidée par la France.

Le Qatar lui « n’a malheureusement pas investi sérieusement en Tunisie et cela est dû à l’impopularité de la troïka et au fait que le mouvement Ennahdha soit membre des Frères musulmans. Bien entendu, l’Arabie saoudite ne veut pas de cet organisme ni de ses appendices », avance-t-il; avant d’ajouter : « Ce refus, on le perçoit à travers certains articles parus dans la presse saoudienne qui parle de « diplomatie de la mendicité ».

Le spécialiste s’attaque aussi aux choix économiques de la troïka : « Les choix économiques tunisiens sont erronés. Ils sont contre-révolutionnaires car il s’agit de choix ultralibéraux », avant de rappeler : « le noyau dur de la Tunisie s’est révolté à cause du chômage et de la précarité. Les jeunes des régions défavorisées espéraient un Etat social, voire un Etat-providence, un secteur public fort, un Etat capable de répondre aux aspirations des jeunes ».

Rupture totale entre l’élite politique et les citoyens tunisiens

Sur ce point, M. Sidaoui n’épargne pas l’élite politique et la considère comme « aveugle » avant de souligner que celle-ci ignore la crise économique et sociale. Selon lui, les politiciens ne voient que l’aspect politique de la crise, c’est-à-dire le pouvoir, tout en ignorant les attentes des régions défavorisées, celles qui ont déclenché la révolution.

D’ailleurs, il rappelle que, selon des statistiques officielles, 95% des blessés et des martyrs de la révolution sont soit des chômeurs, soit des ouvriers. « Pourquoi pas une nouvelle révolution sociale en Tunisie, dont l’unique slogan serait le travail », s’interroge-t-il. « Nous avons peur, dit-il, que ces gens marginalisés attaquent les administrations, les symboles de la souveraineté. Si cette révolution a lieu, elle surprendra l’élite politique qui doit comprendre que la crise est multiple : économique, sociale et sécuritaire ».

Pour cette raison, il demande aux partis politiques de penser à proposer un contrat social pour unir tous les citoyens, un Etat où tous les citoyens vivraient dignement. Cet Etat serait financé par les impôts qui seraient prélevés proportionnellement aux gains, dans le cadre de l’équité fiscale. « Si on n’instaure pas l’Etat-providence en Tunisie, nous ne connaitrons pas la paix », indique-t-il.

Que d’ambigüité politique !!!

Au niveau politique, le politologue regrette qu’il n’y ait pas de clarification au sujet de la séparation des pouvoirs. « Nos citoyens n’ont pas exercé la démocratie locale puisque c’est la capitale qui nomme les gouverneurs, les délégués et les maires.

Mais revenant sur le sujet du calendrier électoral, M. Riadh Sidaoui rappelle que depuis les élections du 23 octobre 2011, celui-ci n’a jamais été respecté. « Au départ, la date du 23 octobre 2012 était proposée, puis ce fut janvier 2013. On se rappelle aussi que le Premier ministre avait parlé de la fin de l’année 2013 et, cerise sur le gâteau, le président de la République Moncef Marzouki annonce, lors d’une interview accordée récemment à un quotidien jordanien, que les élections pourraient se tenir dans six mois ».

Et d’ajouter : « Tous ces reports font que les Tunisiens perdent confiance dans le calendrier électoral qui, faut-t-il encore le rappeler, est sacré dans d’autre pays. « Nous sommes l’unique démocratie au monde où les citoyens ne savent pas quand les élections se tiendront », signale-t-il.

Comment aboutir au consensus ?

Le seul moyen pour mener la barque à bon port est le consensus. D’ailleurs, il propose de tirer la leçon de l’expérience suisse qui, en 1959, a opté pour un gouvernement de coalition entre les différents partis (gauche et droite) durable, afin d’éviter la déchirure politique. Autrement dit, gauche et droite gouvernent ensemble depuis des décennies.

Publié le 10 décembre 2013, par l'Economiste Maghrébin

samedi 16 juin 2018

Qui finance Al Magharibya TV ?

Notre fil rouge c’est Rafik, fraichement diplômé de la LSJ, « The London School of Journalism ». Hargneux et amer et prêt à mordre, tellement déçu par la chaîne de télévision londonienne Al Magharibya TV auprès de laquelle il a postulé pour une place d’animateur mais selon son ami déjà employé par la chaine, Rafik ne serait pas assez présentable.

« Je suis pourtant beau gosse ! » grogne-t-il.  Il s’est mis à son compte comme il aime à le répéter à chaque début de phrase. Pour Rafik, se mettre à son compte veut dire, créer un compte « You tube », s’installer en face d’une caméra pour dénoncer tous azimuts les dérives du système algérien.

Derrière Al Magharibya, une immense toile d’araignée 

Rafik s’est penché sur le profil d’Al Magharibya TV et « … sans le vouloir vraiment, je suis devenu insatiable », affirme-t-il. « …Plus j’apprenais sur la chaîne, plus j’en voulais». Dans ses récits, il ne s’autorise pas de porter atteinte aux personnes employées par la chaîne avec lesquelles il entretient d’excellentes relations, alors à défaut d’être tout à fait rationnel, il est raisonnable, voire essentialiste pour ne se focaliser que sur le système des  réseaux et des ramifications de la télévision algérienne qui émet de Londres. Une véritable toile d’araignée, s’indigne-t-il et d’ajouter : « A toute chose malheur est bon, …je suis heureux qu’ils ne m’aient pas embauchés ».

Lui, l’excessivement prude, la bégueule, il est troublé pas sa première découverte : Al Magharibya n’existe plus, a – t-elle été dissoute ? Pour être tout à fait précis, c’est plutôt El Magharibia, avec un « E » au lieu d’un « A » et un « i » au lieu d’un « Y » qui a été dissoute. La différence est de taille : El Magharibia Press Ltd est le nom juridique de la société. Al Magharibya TV est le nom commercial de la chaîne.

El Magharibia Press Ltd a été créée le 26 septembre 2011 par une seule personne, son statut juridique est ce qu’on appelle dans le jargon du droit commercial, une SARLU, société à responsabilité limitée unipersonnelle. En clair, les parts sociales se retrouvent entre les mains d’une seule personne,   en l’occurrence Oussama Abassi de nationalité allemande, résident à Londres.
En sa qualité de fondateur, Oussama Abassi désigne deux directeurs tout court et un directeur exécutif (un rédacteur en chef). Respectivement, lui-même, un certain Mohammed Lassaad Malki, de nationalité belge (Gardez ce nom en mémoire, on y reviendra) et enfin, Salim Salhi, journaliste vivant en Angleterre depuis une bonne quinzaine d’années.

Est-il légal que la société soit dissoute mais que la télévision continue de tourner ? 

Rafik, notre journaliste londonien, n’est pas au bout de ses surprises. Il découvre que Le 23 octobre 2012, Oussama Abassi a introduit auprès du tribunal de commerce britannique une « compulsory strike-off » c’est une procédure obligatoire qui consiste à informer l’autorité compétente de la dissolution de la société dans un délai de 3 mois.  Le 5 février 2013, la société El Magharibya Press LTD est officiellement dissoute.  Est-il légal que la société soit dissoute mais que la télévision continue de tourner ?  S’interroge Rafik. Nous reviendrons à cette question un peu plus loin.
Le 13 décembre 2014, Salim Salhi annonce sa démission du poste de rédacteur en chef de la télévision Al Magharibya TV, mais il ne disparaitra pas des écrans de la chaîne pour autant.  S’agit-il d’une manœuvre qui augure d’un quelconque éventuel nouveau projet ? Pour le savoir, Rafik va embrayer sur un autre nom : Mohammed Lassaad Malki, le fameux deuxième directeur d’El Magharibia Press LTD.

Al Magharibya est-elle l’arbre qui cache la forêt ?  

Rafik manœuvre la pédale de débrayage afin d’établir la relation entre l’arbre moteur et l’arbre entraîné. Il va apprendre que quelques jours avant la création de la société El Magharibia Press LTD, une autre société a été créée pour les mêmes fins, c’est-à-dire lancer une chaîne de télévision. En effet, Le 16 août 2011, de son côté, Mohammed Lassaad Malki naturalisé belge, peu avant la création de la société d’Oussama Abassi, va créer à Londres une société au nom Juridique de « NEWINC Incorporation company » et au nom commercial d’ « Aurès TV ».

Le 16 août 2011, le jour même, il est nommé directeur de la société et le 17 août 2011, il désigne Adel Djebali (gardez ce nom en mémoire aussi, on y reviendra) au poste de directeur exécutif de la société « NEWINC Incorporation company ».

Le 2 mars 2012, Mohammed Lassaad Malki désigne pour Aurès TV deux directeurs : lui-même et Adel Djebali.

Le 12 novembre 2012, Mohamed Lassaad Malki lance la procédure de compulsory strike-off. Le 12 mars 2013, la société « NEWINC Incorporation company » est légalement dissoute. Pourquoi tant de sociétés écrans ? Pourquoi tant d’hommes de paille ?  Pourquoi tant de ramifications ?  Pour ne pas s’embrouiller, notre journaliste va suivre une seule piste avec un fil conducteur : Oussama Abassi, le noyau dur autour duquel tout semble tourner.

Les choses s’enchevêtrent, se compliquent, s’imbriquent quand Rafik découvre qu’Oussama Abassi avant de créer El Magharibia Press Ltd le 16 août 2011, qu’il a fini par dissoudre le 5 février 2013, il avait créé le 22 juin 2011 El Magharibia Ltd. Et boom ! Rafik commence à voir clair : En fait, contrairement à El Magharibia Press Ltd, El Magharibia Ltd est toujours active mais les associés ne sont plus tout à fait les mêmes, on retrouve Oussama Abassi avec comme associé non plus Mohammed Lassaad Malki mais Adel Djebali.

Souvenons –nous, Adel Djebali était aussi l’associé de Mohamed Lassad Malki auprès d’Aurès TV et de NEWINC Incorporation company» dissoutes le 12 mars 2013 mais ils vont anticiper la renaissance de la company le 1er septembre 2013 avec un autre nom : Awrass TV Ltd.  Adel Djebali y est maintenu comme membre associé mais Mohamed Lassaad Malki est remplacé par un certain Adel Mardassi, un suisse d’origine tunisienne. La société Awrass TV va être dissoute le 31 août 2014 mais ressuscitera sous un autre nom mais pour d’autres missions. Rafik a voulu s’en tenir à une seule piste et par voie de conséquence, il n’a pas souhaité s’attarder ici sur l’avenir de la société ressuscitée car il s’est avéré qu’elle dépend désormais d’une autre ramification.  « Ça sera pour une prochaine fois peut –être », lancera Rafik avec assurance.

La Fondation saoudienne « Confluence » 
                   
Cet imbroglio a une maison mère et c’est Adel Mardassi, le suisso-tunisien qui va nous y conduire. Nous voici enfin nez à nez avec une de ses filières, agissant en tant que financeur de la chaîne d’Oussama Abassi. La filière s’appelle « Fondation Confluence », créée tout à fait légalement à Genève. Dans ses statuts, il est mentionné que sa principale mission est de « soutenir des chaînes de télévision communautaires en Europe afin de promouvoir le dialogue intercommunautaire et culturel ».  Parmi les membres de son Conseil d’Administration, on retrouve le fameux Adel Mardassi, suisse d’origine tunisienne et Alghammas Hamad, Saoudien résident à Djeddah. Le wahhâbisme d’Al Saoud est bien la source qui irrigue la chaîne où la liberté d’expression n’a pas de limite ! Voilà comment ça se passe dans l’espace comme dirait Ghani Mahdi, l’animateur vedette d’Al Magharibya TV.

Publié le 4 mai 2016 par Cnpnews

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