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jeudi 3 mai 2018

Deux Biennoises sont parties rejoindre Daech

 Article de Pascal Schmuck Zurich

Suisse 

 La mosquée Ar'Rahman à Bienne refait parler d'elle. Image: Keystone

Deux femmes de 23 et 35 ans qui fréquentaient la mosquée Ar'Rahman de Bienne se sont engagées pour le djihad.

 Deux femmes de la région de Bienne sont parties en Syrie en août 2014 pour rejoindre l'état islamique (dont l’acronyme en langue arabe est Daech). Elles fréquentaient la mosquée Ar'Rahman, dont un des imams tenait des prêches haineux, et elles étaient proches de membres du Conseil central islamique suisse (CCIS), comme l'a découvert l'émission 10vor10 de la télévision alémanique SRF.

L'une d'elles est issue d'une famille d'origine tunisienne habitant à Nidau, où réside également l'imam libyen Abu Ramadan qui appelait à la violence contre des non-musulmans. Elle avait obtenu la nationalité suisse en 2011 mais elle trouvait la mosquée de Bienne pas assez radicale, comme l'avait raconté l'imam dans les colonnes du Tages-Anzeiger.

Après la fin de sa scolarité à La Neuveville, elle a rencontré à plusieurs reprises à Berne Ferah Ulucay, l'actuelle secrétaire générale du CCIS. Cette dernière affirme avoir tenté de détourner la jeune femme de 23 ans de son attirance pour l'état islamique en utilisant des arguments du Coran. La jeune Tunisienne affichait le logo du groupe terroriste sur son téléphone portable, ajoute 10vor10.

Elles seraient à Raqa

Quant à l'autre femme, il s'agit d'une convertie de 35 ans, qui était l'amie de Ferah Ulucay et une membre active du CCIS. La secrétaire générale a démenti que son organisation avait radicalisé la femme de 35 ans, mettant plutôt en cause la propagande de l'état islamique. Elle ignorait tout de ses intentions et de sa volonté de se rendre en Syrie.

Le Ministère public de la Confédération a confirmé qu'il avait ouvert une procédure contre les deux personnes pour infraction à la loi interdisant la participation ou le soutien à des groupes criminels comme Daech ou Al-Qaïda. 

Les deux femmes se trouvent toujours à l'étranger, leur trace s'arrête à Raqa, la capitale de l'état islamique actuellement assiégée par une coalition composée de forces arabes et kurdes. (nxp)

Créé: 06.09.2017, 10h37

jeudi 18 janvier 2018

Abdelfattah Mourou est venu parler aux jeunes musulmans de Suisse.

«Les Tunisiens en ont marre de ce chaos»

Abdelfattah Mourou (à droite), actuel vice-président de l’Assemblée nationale, parle avec Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale.
Image: Reuters

 

Il est l’une des figures tutélaires de la mouvance islamique en Tunisie. Vice-président du parlement, Abdelfattah Mourou est venu parler aux jeunes musulmans de Suisse.

Il est l’un de fondateurs du parti Ennahdha et une figure respectée de l’islam tunisien. Aujourd’hui vice-président de l’Assemblée nationale, Abdelfattah Mourou exerce son influence bien au-delà des frontières de son pays. Il y a quelques jours, le prêcheur converti en homme politique est venu prodiguer ses conseils aux jeunes musulmans de Suisse réunis à Bienne à l’occasion de la 22e rencontre annuelle de la Ligue des musulmans de Suisse.

– Qu’est-ce qui a motivé votre venue en Suisse?
– Je suis venu pour débattre avec des jeunes musulmans de leurs problèmes d’intégration.

– Quels sont ces problèmes?
– Ici, il y en a bien moins qu’en France. La Suisse, elle, n’a pas à gérer les séquelles d’un passé colonial. De fait, les jeunes musulmans sont plus ouverts sur la société suisse. Et elle-même fait preuve de plus d’esprit d’ouverture à leur égard.

– Il y a pourtant une frange de la société suisse très hostile à l’islam…
– Dans toutes les sociétés, il y a des gens qui ont peur de l’étranger.

– Vous leur dites quoi aux jeunes musulmans de Suisse?
– Je leur dis d’agir en tant que citoyens suisses. Il n’y a pas de différence entre eux et les Suisses de souche. Ils doivent suivre des études, se préparer à être actifs dans la société de manière positive. L’islam n’est pas un handicap. La question de la croyance est une question personnelle. Ce qui vous relie aux autres, c’est votre vie, votre œuvre quotidienne.

– Les choses sont-elles en train de s’améliorer en Tunisie?
– Si l’on compare notre situation à celle de la Libye, de l’Egypte, du Yémen, ou de la Syrie, nous nous en sortons plutôt bien. Mais je crois que nous avons besoin de dix années encore pour mettre en place des institutions solides. Il nous faut retrouver une stabilité politique.

– Ce n’est encore pas le cas aujourd’hui?
– Un pays qui est dirigé par un président qui a 93 ans et qui est rallié à Rached Ghannouchi, qui a 76 ans, est-il vraiment stable? Que va-t-il se passer si l’un des deux venait à disparaître? Il n’y a pas d’accord entre leurs partis. Il n’y a rien d’écrit.

– Et au niveau économique?
– Il n’y a pas de croissance. Avant, nous avions un marché avec la Libye. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Le tourisme et l’hôtellerie repartent tout doucement. Les grèves dans les usines de phosphates nous ont fait perdre la moitié de nos clients. Tout est à démarrer. Cela va prendre du temps. Les Tunisiens en ont marre de ce chaos. Ils veulent à manger et du travail. Certains commencent même à dire qu’ils regrettent l’époque Ben Ali. C’est une minorité heureusement. Evidemment, les gens reconnaissent que la situation est meilleure au plan des libertés mais ils disent qu’ils n’ont rien à mettre sur la table.

– Vous n‘avez pas été assez aidés?
– L’Europe et l’Occident nous ont donné de l’argent pour nous aider mais maintenant c’est aux Tunisiens de se prendre en main et d’agir pour redresser le pays.

– Et la place de l’islam aujourd’hui en Tunisie, est-ce toujours un débat?
– La constitution a tranché. La Tunisie n’est pas un Etat islamique. C’est un Etat démocratique. Mais les lois laïques prennent en considération un état d’esprit et le fait que nous agissons dans une société musulmane. Ni plus, ni moins. Nous avons été les premiers à signer cette constitution. Ennahdha veut dire renaissance. Il n’y a pas de connotation islamique. Je suis l’une des figures les plus acceptées en Tunisie bien que je sois le fondateur de ce mouvement. Je suis le plus ouvert des Ennahdhaouis et j’en suis fier.

– Pourtant on vous associe régulièrement aux Frères musulmans…
– Nous avons rompu avec les Frères musulmans depuis 1978. Nous avons forgé notre propre identité et nos propres positions concernant les libertés publiques et les libertés privées. Il faut se méfier des amalgames. Tous les islamistes ne sont pas Frères musulmans. Ennahdha n’est pas avec ou contre les Frères musulmans. C’est autre chose, une autre version de la connaissance de l’islam. Ce qui m’intéresse c’est le développement de mon pays.

– Mais vous défendez les valeurs de l’islam avant tout, non?
– Je ne nie pas que nous sommes des musulmans, mais dans notre pays il y a de la place pour les non-musulmans. Avant de venir en Suisse, j’ai tenu conférence sur la présence du christianisme à l’ambassade américaine devant des jeunes Tunisiens convertis au christianisme. Nous sommes ouverts sur notre société et sa jeunesse. Nous ne proposons pas un autre mode de vie aux Tunisiens. Le code du statut personnel garantit la liberté de la femme, le bien des jeunes, des enfants. Il n’est pas question de le remettre en cause. Nous sommes pour que les Tunisiens puissent vivre ensemble quelles que soient leurs convictions politiques ou religieuses. Ennahdha doit participer à la chose publique. C’est ce que nous faisons au sein de notre parlement. Essayer d’éloigner les Ennahdhaouis de la vie publique risquerait de casser ce changement. Il n’y a pas de démocratie avec un seul œil. Il lui faut deux yeux.

– Quelle est la situation aujourd’hui au plan sécuritaire?
– Nous commençons à enregistrer des résultats. Au lendemain de la révolution, les renseignements généraux ont été supprimés. Pendant deux ans, nous n’avons pas su ce qui se passait sur les frontières et à l’intérieur du pays. Un nombre considérable de jeunes sont partis combattre en Libye, en Syrie, en Irak… Aujourd’hui, la surveillance est plus serrée. Il n’y a plus de possibilité d’appui pour ces gens-là. Ils n’ont jamais fréquenté les mosquées. Depuis plus d’un an, il n’y a pas eu d’attentat. Une filière a été démantelée et la coopération avec l’Algérie, l’Italie et la France fonctionne.

– Envisagez-vous la mise en place de plans de déradicalisation?
– Pour le moment, nous sommes encore occupés à mettre la main sur ces gens-là et à comprendre ce qu’ils font et comment ils fonctionnent. On verra plus tard, s’il y a moyen de les rééduquer. Notre problème à nous, les musulmans, c’est qu’il y a des gens qui agissent en notre nom sans être désignés par nous. Ils s’approprient la banderole de l’islam pour justifier des comportements qui n’ont rien à voir avec l’islam mais à la sortie, c’est nous qui payons la facture. Ils ne sont jamais allés dans nos mosquées et n’ont ni vécu ni étudié les textes sacrés avec nous. (24 heures)

 

Bio express

Au lendemain de la révolution de 2011, Abdelfattah Mourou, s’engage en politique. Avocat de formation, il est avec Rached Ghannouchi le fondateur d’un mouvement islamique en Tunisie (Jamâa Al-Islamiya) qui sera contraint un temps à la clandestinité avant de devenir en 1981 le Mouvement de la tendance islamique (Ennahdha). Au cours de ces années, Abdelfattah Mourou devient l’un des grands prêcheurs de la capitale et le leader le plus populaire de Jamâa Al-Islamiya. Son activisme religieux lui vaudra d’être jeté deux ans en prison, puis placé en résidence surveillée par le régime de Ben Ali. A 69 ans, il est aujourd’hui une des figures politiques influentes. Il a été élu à l’Assemblée des représentants du peuple, lors des élections du 26 octobre 2014, avant d’en être élu premier vice-président.

Article paru le 24 octobre 2017, écrit par Alain Jourdan

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