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mercredi 3 janvier 2018

L’émigration, subie ou choisie, de près d’un millier de cerveaux tunisiens, rien qu’en 2017, en France, en Suisse, en Belgique, au Canada et dans des pays de l’Afrique subsaharienne

Taoufik Habaieb: Le génie tunisien comme unique salut


La politique, exécrable dans ses basses pratiques, comme en ces derniers temps, ne saurait nous détourner de l’essentiel. Qu’avons-nous fait pour préparer l’avenir des générations montantes ? Quelles politiques publiques avons-nous déployées pour transformer l’école et embrasser les métiers de demain ? A-t-on suffisamment encouragé la recherche scientifique pour rattraper le gap et prendre pied dans le concert de la science et du savoir ? Où en sommes-nous dans le numérique, l’intelligence artificielle et toute cette nouvelle déferlante qui est en train de bouleverser le monde ? Quels projets d’envergure avons-nous initiés pour favoriser les sources renouvelables dans notre bilan énergétique et la préservation du climat ?

Sur l’avenir, nous manquons de vision et prenons du retard ! Sur le stratégique, nous risquons d’être défaillants. Les pénalités seront lourdes à assumer. La jeunesse de demain ne le pardonnera pas aux dirigeants d’aujourd’hui.

L’émigration, subie ou choisie, de près d’un millier de jeunes médecins tunisiens, rien qu’en 2017, en France, en Suisse, en Belgique, au Canada et dans des pays de l’Afrique subsaharienne, nous interpelle doublement. Elle apporte la preuve que la qualité de l’enseignement et de la formation scientifique en Tunisie est prisée par des pays qui savent l’apprécier.  Le revers de la médaille, c’est que nous n’avons pas pu ou su les garder. Désenchantés, déçus, sans perspectives d’avenir, confrontés à la violence, la précarité et la déliquescence des soins dans les établissements publics et à la taxation dans les cabinets privés, les meilleurs n’ont d’autre choix que de partir.

Les médecins ne sont pas les seuls dans cet exode. Ingénieurs, financiers, universitaires, chercheurs, juristes et autres managers de haut niveau prennent eux aussi le chemin de l’expatriation, dans un flux migratoire jamais observé auparavant. Ambition, désir de mobilité et de changement d’horizon ? Aucun Tunisien n’est convaincu qu’il pourra trouver ailleurs dans le monde un pays meilleur que sa terre natale. Mais ceux qui partent, s’ils regrettent la douce Tunisie, ne peuvent plus supporter y travailler.

Incapables de les retenir, qu’allons-nous faire pour entretenir avec eux ce grand lien affectif, patriotique ? Comme pourrions-nous faire bénéficier le pays des dividendes de leur nouvelle situation ? L’unique discours officiel prononcé à leur adresse est celui d’envoyer de l’argent au pays et d’y investir. Aucun réceptacle n’est ouvert pour tirer de toute la valeur ajoutée que ces Tunisiens de l’étranger peuvent faire profiter la patrie. Chefs de service dans de grands hôpitaux et de prestigieux laboratoires de recherche, analystes et décisionnaires dans des banques et fonds d’investissement, ingénieurs aux commandes d’éminents centres de développement, dirigeants dans des multinationales et autres constituent pourtant un capital précieux. Ne sont-ils pas en mesure d’accueillir des stagiaires, de faire embaucher des compatriotes, d’établir des ponts entre leurs institutions et celles de leur pays, de prodiguer des conseils aux décisionnaires tunisiens, de souffler des idées, de signaler des opportunités... Qui, en Tunisie, s’en soucie ? Qui s’en occupe ?

Dans cette insouciance générale, le grand virage de l’intelligence artificielle n’est pas pris à bras-le- corps par les décisionnaires tunisiens. Le numérique, sa culture, son enseignement, sa recherche et développement, son économie et son essor se dispersent entre l’Education nationale, l’Enseignement supérieur, le Commerce (électronique) et le ministère des TIC. Sans coordination, sans synergie, chacun est sur sa planète.

Tout favorise pourtant la Tunisie dans cette voie de l’intelligence artificielle. L’engouement quasi-intuitif des jeunes, la multiplication des institutions d’enseignement et des laboratoires de recherche, la qualité de l’enseignement et de l’encadrement font de notre pays et de notre jeunesse des atouts majeurs dans cette conquête du futur.

Que manque-t-il alors ? La volonté politique ! Au-delà des discours, point de détermination affirmée, de plans d’action avec des dates précises, de moyens conséquents et de financements garantis. Les quarante « grandes options » issues des récentes assises nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (regrettablement boycottées par l’Ugtt), sans programmation fixe, risquent d’être renvoyées aux calendes grecques. Et nous voilà retomber dans la politique politicienne.

Au lieu de s’agacer de ce qui se dit ou s’écrit, de s’étaler sur les commentaires au détriment de la conceptualisation de sa politique et de son explication pour convaincre les Tunisiens, le gouvernement n’a d’autre devoir que de privilégier dans ses politiques publiques les grands choix d’avenir. Le génie tunisien - scientifique, technologique, managérial, culturel et artistique - est notre précieux capital. Sachons-le cultiver et en faire le pilier de notre futur.

Bonne et heureuse année.
Taoufik Habaieb

paru le 27 décembre 2017

lundi 26 juin 2017

La Suisse, étape vers un avenir professionnel en Tunisie

LE DESTIN DE WAEL

Par Gaetan Vannay 23 août 2016

Wael profite de l’échange de jeunes professionnels établi entre Berne et Tunis pour faire un stage en Suisse. Une adaptation tout sauf facile. Mais cette expérience pourrait l’aider à trouver un travail dans une économie tunisienne en crise.
Wael n’a pas le bon diplôme universitaire: la licence en anglais ne mène pas loin en Tunisie. Ses frères et sœurs sont en revanche diplômés de médecine ou d’ingénierie, des formations considérées comme prometteuses. Le système universitaire tunisien ne permet plus à Wael de faire un master ou un doctorat, puisqu’il a redoublé une année. Et de toute façon, il n’y a pas de travail pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Le taux de chômage dans cette catégorie dépasse officiellement les 30%.
 Le taux de chômage parmi les diplômés de l'enseignement supérieur dépasse officiellement les 30% en Tunisie.
(Reuters)
«Je devenais paresseux en Tunisie», affirme Wael, 26 ans et titulaire d'une licence universitaire en anglais. (swissinfo.ch)
«Je devenais paresseux en Tunisie», résume Wael. Comme tous ses amis précise-t-il, mais «je suis plus courageux qu’eux». Son courage l’a conduit en Suisse pour faire un stage professionnel. Quand son père, retraité de l’office de l’emploi tunisien (ANETI, Agence Nationale de l’Emploi et du Travail Indépendant), lui a montré l’annonce pour participer au programme helvético-tunisien d’échanges de jeunes professionnels, Wael n’a pas hésité. Cela aurait pu être n’importe quel autre pays, concède-t-il volontiers en riant. L’occasion a fait le larron.
«Dans mon quartier de Tunis, je sais qu’il y a plusieurs jeunes qui sont partis en Syrie ou en Libye. Ils le font uniquement pour l’argent. Je préfère la Suisse»
A 26 ans, Wael n’a jamais quitté la Tunisie. Sa seule connaissance de la Suisse se résume à un seul mot: «cher». Il est arrivé en Suisse avec deux immenses pots de «bsissa». Sa famille, inquiète que le «petit» se nourrisse suffisamment, lui a préparé une réserve de ce plat traditionnel tunisien, une pâte très nourrissante.
Pendant un an, Wael touchera 2100 francs par mois, dont il faut déduire 300 francs pour les frais d’assurance et 300 francs pour le logement loué à titre préférentiel par l’entreprise qui l’a engagé. A lui de gérer le reste. Wael a aussi constaté la cherté des transports publics. Rencontré au deuxième jour de son arrivée en Suisse, il avouait, toujours en riant: «Je vais attendre un peu avant de visiter le pays et aller au restaurant».

«Marre de faire du babysitting»

Une entreprise de consultants en informatique (nom connu de la rédaction) a engagé Wael. Elle avait l’habitude jusque-là d’embaucher des stagiaires suisses pour leur faire découvrir les bases du métier d’employé de commerce. «Mais depuis 3 ans, j’en avais marre de faire du babysitting», résume la responsable des ressources humaines. Des jeunes Suisses démotivés, sans aucun esprit d’initiative, se sont succédé dans ses bureaux.
Aujourd’hui, elle s’enthousiasme de la motivation de sa recrue tunisienne. Une rencontre due au hasard lui a permis de découvrir ce programme d’échanges. Elle a déposé une annonce sur le site de l’emploi tunisien. Celle qu’a vu le père de Wael.
Le stage proposé permet à Wael de parfaire son anglais, de pratiquer aussi le français, qu’il veut perfectionner malgré son excellente connaissance de la langue. Et surtout, il lui offre une expérience professionnelle rare, dans «un cadre rigoureux, réputé», une entreprise suisse. Une chance unique de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouvait en Tunisie, sans le moindre avenir professionnel.  Il précise dans un éclat de rire: «Dans mon quartier de Tunis, je sais qu’il y a plusieurs jeunes qui sont partis en Syrie ou en Libye. Ils le font uniquement pour l’argent. Je préfère la Suisse».

Le Golfe comme porte de sortie

En cas de retour au pays, les apprentis djihadistes finissent en prison. Wael espère quant à lui que son certificat de stage lui ouvrira grand les portes de l’emploi. Trouver un premier contrat aujourd’hui en Tunisie relève de la gageure
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. A la sortie de l’université, les étudiants de l’Institut supérieur des langues de Tunis patientent jusqu’à 4 ans pour trouver un travail. En moyenne, il faut 2 ans et demi pour trouver un emploi à la sortie des études supérieures. Ces chiffres émanent du rapport national sur l’emploi 2016. Autant chercher dans le domaine commercial, plus demandeur. 

A son retour, Wael s’orientera donc vers ce secteur, avec l’espoir que son année d’expérience professionnelle en Suisse lui permettra de décrocher un emploi en Tunisie. Sinon, il partira tenter sa chance dans les pays du Golfe. «Des jeunes Tunisiens avec un master travaillent comme simples vendeurs dans des boutiques là-bas», souligne Wael. Il essayera de faire comme eux dans le pire des cas. Sans master, mais avec son expérience suisse sous le bras. 
Une carotte au gouvernement tunisien?
En juin 2012, la Suisse et la Tunisie ont signé un accord bilatéral pour un partenariat migratoire
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. Dans le même élan, avec l'idée que les échanges entre la Suisse et la Tunisie enrichissent la formation professionnelle, les deux pays ont signé un accord relatif à l'échange de jeunes professionnels
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.

Certaines voies critiques y ont vu une carotte offerte au gouvernement tunisien pour qu’il accepte plus facilement le renvoi de ses ressortissants migrants non admis.
Quoi qu’il en soit, ce dernier texte est entré en vigueur en août 2014. Les jeunes professionnels tunisiens, âgés de 18 à 35 ans, peuvent rester en Suisse une année avec un éventuel prolongement de leur contrat de 6 mois, et doivent quitter le pays au terme de l’échange.
A l’heure actuelle, 15 jeunes Tunisiens ont profité de ces contrats avec des organisations ou des entreprises en Suisse. Des chiffres qui sont en-deçà des ambitions de départ, puisque l’accord relatif à ces échanges limite l'admission aux stages à un maximum de 150 jeunes professionnels par année. L’accord prévoit des échanges dans les deux sens, mais aucun Suisse n’a pour l’heure voulu en profiter pour effectuer un stage en Tunisie. 

dimanche 26 mars 2017

TUNES - Tunisiens Universitaires EN Suisse

TUNES - Tunisiens Universitaires EN Suisse

L’association des Tunisiens UNiversitaires En Suisse (TUNES) est une jeune association, fondée en Mai 2011, officiellement reconnue par l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL), à caractère apolitique, areligieux et à but non lucratif. Notre association, qui puise sa poigne dans la dextérité, la compétence et  la motivation de ses jeunes membres issus des hautes universités helvétiques a pour mission première d’encadrer les étudiants tunisiens en Suisse et de faciliter leur intégration au sein de la vie estudiantine. Nous faisons également de la promotion de l’image de la Tunisie et de son développement un souci majeur et un sujet de labeur et de mobilisation continue. Au sein de TUNES, nous croyons fermement que tout Tunisien, quel que soit son origine, son lieu de vie et son appartenance sociale est en droit d’avoir une vie digne et respectable où logement, nourriture et accès à l’éducation ainsi qu’à l’information est un minimum garanti. Notre association ne rate pas une manifestation ou un événement culturel, afin de faire briller l’image de la Tunisie, d’assurer la promotion de son tourisme et de récolter des fonds pour les régions les plus démunies.



Leur site internet pour plus d'informations : http://tunes.epfl.ch/