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samedi 3 août 2019

«Je n’ai pas d'avenir là-bas, j'y serai en danger»

par Marine Guillain le 23 mars 2015 - Un délinquant né en Suisse doit être expulsé en Tunisie, pays qu'il ne connaît pas mais dont il a le passeport. Il lui reste une dernière chance pour obtenir le droit de rester.


Chaque jour, depuis le centre de détention administrative de Frambois (GE), Medhi voit passer les avions au-dessus de sa tête. Il sait qu'il peut se retrouver dans l'un d’eux n'importe quand, direction Tunis. «J'avais pris une fausse route, la prison m'a servi et je ne referai pas les mêmes erreurs», promet le jeune homme, les yeux brillants.
Medhi (à gauche) entouré de ses trois frères, au mois de février à Frambois. (Photo: dr)
Entre 17 et 22 ans, il a cumulé les délits dans le canton de Vaud, où il a grandi: vols, dommages à la propriété, bagarres, conduite sans permis. Medhi a passé plus de 3 ans en prison à cause de diverses condamnations. Au bénéfice d'un permis C, le multirécidiviste d'origine tunisienne, aujourd'hui âgé de 24 ans, a reçu un avis d'expulsion. Il dort à Frambois depuis fin décembre.
«Notre pays doit assumer ses responsabilités»
«Mais il n'a aucun lien avec la Tunisie, toute sa famille vit ici. Il avait commencé un apprentissage de peintre en bâtiment. Il est Suisse!» s'insurge sa mère, établie à Lausanne depuis 25 ans. Pour Medhi, qui connaît mal l'arabe, «aucun avenir n'est possible là-bas. Je serai en danger, ce pays n'est pas sûr, surtout ces temps.» Il a déposé un recours au Tribunal fédéral, mais il a été débouté.
Seul espoir désormais: ses avocats vont saisir la Cour européenne des droits de l'homme à Strasbourg: «Notre client a commis plusieurs infractions, aucune d'elles particulièrement grave, soutiennent Me Bayenet et Me Peter. Il est né et a grandi en Suisse, notre pays doit donc assumer ses responsabilités à son égard et ne peut pas s'en décharger sur la Tunisie. Par ailleurs, c'est ici que se trouvent sa famille, sa compagne et tout son réseau social. Son renvoi vers la Tunisie, qui est pour lui une terre inconnue, viole ses droits fondamentaux.» La Cour, surchargée, ne traite que peu de demandes. Une réponse négative tomberait en quelques mois, une procédure positive prendrait plusieurs années. Medhi demande à être libéré dans l’attente du verdict.
Le cas de Medhi est «extrêmement rare»
Des personnes étrangères nées en Suisse ont déjà été expulsées, à la suite de décisions de révocation de permis C prises au motif de condamnations pénales pour infractions graves, indique le Département de la sécurité à Genève. Il souligne que «ces situations exceptionnelles sont très rares». Même son de cloche dans le canton de Vaud: «Si la personne est née en Suisse, il faut que le crime soit particulièrement grave ou l'accumulation de délits très forte, avec un risque de récidive élevé», explique Frédéric Rouyard, du Service de la population. Vaud décide du sort des étrangers condamnés au cas par cas, en fonction de la menace qu'ils représentent pour la société et du contexte: l'âge de l'arrivée en Suisse, la durée de séjour, la gravité des actes, les risques de récidive, le lien avec le pays d’origine.
Tour de vis validé la semaine dernière
Le Parlement a accepté lundi dernier la révision du Code pénal mettant en œuvre l'initiative de l’UDC sur le renvoi des criminels étrangers, votée en 2010. L’expulsion automatique pour 5 à 15 ans sera en principe réservée aux crimes passibles d'au moins 3 ans de prison. Le juge pourra exceptionnellement renoncer à une expulsion si cela met l'étranger dans une situation personnelle grave et que les intérêts publics à l'expulsion ne l'emportent pas sur les intérêts de l'intéressé à demeurer en Suisse. Il devra aussi tenir compte de la situation particulière d'une personne née et ayant grandi en Suisse.
Statu quo malgré les attaques terroristes
Les attentats qui ont causé la mort de 21 personnes, dont 20 touristes, la semaine dernière au Musée du Bardo, à Tunis, ne devraient pas avoir d'incidence sur la décision de renvoi de Medhi. Lors d'une demande d'asile, les autorités fédérales tiennent compte de la situation et du potentiel danger dans le pays d'origine. Mais lors de l'expulsion d'un criminel étranger, du ressort des autorités cantonales, «ce sont la situation et la dangerosité de la personne en Suisse qui sont appréciées, indique Frédéric Rouyard. La licéité du renvoi et le risque personnellement encouru dans le pays de destination (par exemple le risque de condamnation à la peine de mort) sont également vérifiés». Le risque d'attentat ne pèse pas plus sur la personne concernée par le renvoi que sur l'ensemble des habitants ou voyageurs présents.

samedi 27 juillet 2019

Tunisie – Suisse : la couleur de l’argent

Les montagnes suisses, les vaches suisses, le fromage suisse, le chocolat suisse, les montres suisses, la ponctualité suisse, la propreté suisse, et j’en oublie, mais pas l’essentiel : le fameux système bancaire suisse qui est tout, sauf un cliché et c’est tout naturellement, que j’en arrive aux fonds placés chez nos amis helvètes, par le clan de l’ancien président Zine El Abdine Ben Ali.

Après quatre années d’attente et d’accusations à peine voilées de laxisme, voire de double langage à l’endroit des autorités helvétiques, ces fonds vont-ils enfin être restitués à l’Etat tunisien? Le bon peuple va-il enfin voir la couleur de biens mal acquis qui se chiffrent en milliards de dollars? Deux questions et non des moindres, auxquelles il va falloir trouver des réponses et vite si on veut calmer une opinion publique gonflée à bloc et qui en est toujours à se demander jusqu’à quand le clan maudit va-t-il continuer à profiter des sommes colossales volées aux contribuables?
Une grosse colère mêlée à une certaine lassitude et un message clair que le président de la République, avec le tact qu’on lui connait, a sans doute transmis à ses hôtes suisses, chez qui il était en visite d’Etat.
Aura-il réussi à faire bouger les lignes dans un dossier qui n’a pas échappé à une pesanteur bureaucratique évidente dont on peut deviner les motivations. En tout cas, on peut se réjouir, qu’après avoir longtemps affirmé que la demande d’assistance juridique fournie par la partie tunisienne était sommaire, les autorités à Berne soient revenues à des sentiments allant dans le sens de l’assouplissement et de la facilitation des procédures en cours, combien même on sait leur souci tatillon à ce sujet.
Le fait que le procureur général de la Confédération Michael Lauder ait été en 2015 dans nos murs, peut laisser supposer que la gestion du dossier des avoirs spoliés est sur la bonne voie, d’autant que ce dernier a parlé de la possibilité de restituer d’ici peu et dans un premier temps, quelque 60 millions de francs suisses appartenant à la famille élargie de l’ancien président.
Comme pour rassurer ses interlocuteurs tunisiens devenus circonspects par la force des choses, le magistrat suisse a tenu à souligner que le dossier était actuellement en phase décisive et que la progression des enquêtes était importante. On veut d’autant plus bien le croire sur parole que jusque là, c’est le langage diplomatique bien huilé qui a prévalu. Je ne sais pas, si dans la foulée, le chef de l’Etat et son ex-ministre des Affaires étrangères Taïeb Baccouche qui l’a précédé à Berne, ont réussi à convaincre leurs hôtes de la nécessité d’envoyer un signal au peuple tunisien qui attend un geste. Je ne sais pas non plus si les autorités confédérales vont tenir leurs promesses et accélérer les choses, même si on sait d’avance que la tache est rude pour déverrouiller un système bancaire dont on dit qu’il n’a pas son pareil pour accueillir et recycler à l’abri des regards indiscrets, les capitaux étrangers suspects.
Faut-il rappeler dans ce contexte qu’à l’origine, la fortune du clan déposée dans les banques suisses était estimée à environ 60 millions d’euros, un chiffre revu à la baisse pour atteindre les 43 millions d’euros, après le blanchiment par la justice suisse de certains membres de la famille?
Faut-il également rappeler que le seul pays à avoir restitué à ce jour les avoirs de la famille du président déchu (Son épouse Leila Trabelsi en l’occurrence), a été le Liban? Cela, sans oublier de mentionner que la plupart des procédures, engagées par les gouvernements tunisiens successifs, n’ont pas bougé d’un iota, ce qui décuple le mérite des autorités libanaises qui ont affiché dés le début leur entière disposition à coopérer et on a vu le résultat, même si l’ancien président provisoire Moncef Marzouki en a fait honteusement un usage détourné dans le cadre d’une mascarade qui a complément occulté le rôle de notre mission diplomatique à Beyrouth et celui de la Banque centrale, et que personne n’a oublié.
Cela dit et tout angélisme mis à part, je trouve extrêmement dommageable le fait qu’un Etat qui n’a eu cesse, et c’est à son honneur, de dénoncer avec vigueur les dérives totalitaires et mafieuses de l’ancien régime, quitte à provoquer une crise diplomatique qui a abouti à une rétrogradation du niveau de la représentation diplomatique à celui de chargé d’affaires ( Votre humble serviteur en sait quelque chose), et qui par la suite a applaudi, puis encouragé la révolution, en vienne aujourd’hui à s’embarrasser de questions procédurales pour retarder la restitution de biens spoliés, en ajoutant au ressentiment du citoyen lambda qui ne comprend pas qu’un pays démocratique comme la Suisse puisse s’en tenir à de tels scrupules.
On verra bien si après le passage à Berne du président Béji Caid Essebsi, toutes les appréhensions vont être levées ou pas.
Par Mohamed Fawzi Blout, le 19 février 2016

samedi 22 juin 2019

Des maires tunisiens à l’école de la démocratie directe

Article paru le 25 juin, écrit par Isolda Agazzi

Huit maires tunisiens sont venus à Genève découvrir le système fédéral suisse. Dans le but, non de le copier, mais de s’en inspirer pour asseoir le processus de décentralisation et relever les nombreux défis de la jeune démocratie, à commencer par la gestion de l’environnement et la faiblesse de la participation citoyenne.
«Genève a été à la pointe de l’opposition à l’ancien dictateur Ben Ali», s’enthousiasme Jalel Matri, président de l’association Le Pont qui promeut des échanges citoyens entre la Suisse et la Tunisie. L’ONG a invité en Suisse 8 maires tunisiens de différentes sensibilités politiques pour rencontrer les autorités communales et fédérales, dans le but de les aider à mieux gérer leurs municipalités.
Jalel Matri poursuit: «Les défenseurs tunisiens des droits humains venaient aux réunions des organisations internationales et nous les avons soutenus et accompagnés dans leur combat. Depuis la révolution de 2011, nous aidons à construire la jeune démocratie depuis Genève.»
Membre de l’exécutif de la ville, Rémy Pagani abonde: « La Ville de Genève a une attache très forte avec la Tunisie car elle a toujours soutenu les opposants. Lors de sa première venue en Suisse, Moncef Marzouki, le premier président démocratiquement élu, est venu nous remercier personnellement.»
Le 12 juin, les maires – quatre hommes et quatre femmes – étaient invités au Palais Eynard (mairie) pour assister à une conférence du professeur de droit François Bellanger portant sur la décentralisation et la démocratie directe.
Premières élections municipales de l’histoire de la Tunisie
D’emblée, la décentralisation a été inscrite dans la nouvelle constitution tunisienne de 2014. En avril 2018, le parlement a adopté le code des collectivités locales et les premières élections municipales libres et démocratiques ont eu lieu le 6 mai 2018. Les conseils municipaux ont été élus pour cinq ans et ils ne sont donc pas concernés par les élections législatives et présidentielles qui se tiendront à la fin de cette année. Fiscalement, les communes tunisiennes sont partiellement autonomes: elles se financent en prélevant certains impôts, comme les taxes locatives et celles sur les terrains non bâtis, et en recevant des transferts de fonds de l’Etat. «Mais nous comptons avoir plus d’autonomie fiscale dans les années à venir», précisent les maires.
«Le code des collectivités locales n’est que le premier pas sur le chemin de la décentralisation. Une trentaine d’actes législatifs sont en cours de préparation pour le mettre en œuvre et transférer les compétences au niveau local. Nous ne sommes pas ici pour copier le modèle suisse, mais pour nous en inspirer dans notre transition démocratique», nous confie Faouzi Boussoffara, maire adjoint de Djerba Houmek Souk.
 « Processus irréversible », malgré la difficulté de faire participer la population
Son principal souci, c’est la gestion de l’énorme masse de déchets produits par le million de touristes qui visitent l’île de Djerba chaque année. «C’est un sujet de discorde, reconnaît-il. Il n’y a pas de solidarité au niveau du gouvernorat. On se dirige donc vers une structure intercommunale de gestion des déchets avec les trois communes de l’île à laquelle participeront es structures professionnelles, patronales et syndicales et les autres composantes de la société civile – une première en Tunisie.» Un souci largement partagé par les autres maires présents, très intéressés par la gestion des ordures en Suisse, où elle est du ressort des communes.
«Votre expérience de la démocratie directe est très jolie, mais notre problème, c’est le manque d’habitude des citoyens à participer à la prise de décisions, s’exclame Imen Sahnoun, maire adjointe de Al Ain, dans le gouvernorat de Sfax. Les citoyens sont réticents à participer aux élections. Le taux de participation est à peine de 30%. Dans les conseils municipaux, ils ne s’impliquent pas, même pour soutenir les élus. Quelle stratégie de communication adoptez-vous pour avoir des citoyens aussi avertis ?»
François Bellanger concède qu’en Suisse aussi, la participation aux élections tourne autour de 30 – 40%. «Mais ceux qui n’ont pas voté acceptent les décisions de la majorité. C’est la pratique qui va amener la participation démocratique, avec des débats dans les associations, les médias, en groupe… La liberté d’expression est le bien le plus précieux.»
Malgré tout, Imen Sahnoun est optimiste : «Le transfert de compétences vers les communes va se faire progressivement, mais rapidement. L’être humain aime le pouvoir, mais au niveau du gouvernement, ils n’ont pas d’autre choix que de décentraliser. C’est un processus irréversible. On sent une volonté de faire échouer cette tentative, mais nous avons une société civile extraordinaire qui travaille sur le terrain, observe, dérange. Et qui devient de plus en plus forte depuis la révolution.»
Maroua Dridi qui, à 26 ans, est la plus jeune maire de Tunisie, espère nouer des partenariats avec des communes suisses, comme cela a déjà été fait avec des communes françaises.
Dans une analyse qui vient de paraître, l’International Crisis Group relève que le processus de décentralisation tunisien est de plus en plus clivant. Vu l’austérité budgétaire, il appelle les bailleurs internationaux à augmenter leur soutien. A partir de 2021, la Direction du développement et de la coopération (DDC, coopération suisse) prévoit d’augmenter son soutien au processus de décentralisation en Tunisie.

samedi 15 septembre 2018

Mort suspecte d'un détenu en Suisse

Publié par

Nicolas Mattenberger, député socialiste et avocat dans le canton de Vaud, et sa consoeur parisienne Isabelle Coutant-Peyre préparent une plainte pénale pour « homicide par négligence ». Ils demandent que l’on fasse toute la lumière sur la mort de Skander Vogt, détenu dans le quartier de haute sécurité de la prison de Bochuz le 11 mars dernier. Ce décès est d’autant plus embarrassant pour l’administration pénitentiaire que cet helvético-tunisien aurait dû être libéré en… juin 2001.
En effet, Skander Vogt n’avait été condamné qu’à 20 mois de prison pour des imbécilités d’adolescent : dommages à la propriété, injures, menaces, vol, violences. Mais l’article 43 du Code pénal suisse permet de priver le condamné du droit à la liberté, à l’expiration de la peine prononcée, pour une durée illimitée, si « en raison de son état mental, le délinquant compromet gravement la sécurité publique ». Entré à 20 ans derrière les barreaux, il n’en est sorti dix ans plus tard que les pieds devants.

Skander Vogt



Victime de brimades répétées

« Depuis 2006, j’ai alerté la Cour européenne des droits de l’homme sur cette situation invraisemblable, totalement inhumaine », proteste Isabelle Coutant-Peyre, l’un des défenseurs de Skander Vogt. En effet, depuis une décennie, l’homme était considéré par l’administration pénitentiaire comme extrêmement dangereux. Il ne sortait de sa cellule que pieds et poings enchaînés. Or, ce garçon, rappeur passionné, se montrait au contraire gentil, joyeux, drôle, curieux de tout, avec le réseau d’amis qu’il avait pu se constituer en dehors de la prison. Ils étaient une cinquantaine d’entre eux à assister à ses funérailles au cimetière de Montoie, à Lausanne, mardi dernier.
Que s’est-il passé ? En 2008, Skander Vogt souffre des dents, mais la prison de Bochuz (canton de Vaud) lui refuse le dentiste. Pour protester, le prisonnier grimpe sur le toit de la prison, et y reste trente heures, soutenu par les autres détenus. Depuis, les responsables de l’établissement lui vouent une haine sans bornes. Les humiliations pleuvent. La semaine dernière, on lui confisque sa radio. Furieux, Skander annonce « ce soir, ça va cramer », et il met le feu à son matelas. La fumée envahit la cellule.

Les gardiens n’interviennent pas

« Comment expliquer que les gardiens ne lui ont pas porté secours ? On nous dit que Skander était considéré comme dangereux et qu’ils avaient peur d’entrer dans sa cellule ! Ça ne tient pas la route », dénonce Nicolas Mattenberger.
Les gardiens vont donc le laisser s’asphyxier pendant une heure et demie, entre 1 heure et deux heures 30 du matin, attendant les renforts des troupes d’élite de la police vaudoise.
La mort est constatée à trois heures.

De Tunis au Léman

Sanda, 34 ans, et Skander, 30 ans, ont perdu très tôt leur mère tunisienne. Vivant à Tunis, ils sont recueillis par une tante. Leur père, originaire de Bâle, en Suisse, perd le contact avec ses enfants. Ces derniers arrivent sur les bords du lac Léman en 1993 et sont recueillis par des familles d’accueil. Skander tombe alors dans la petite délinquance.
Le directeur de la prison téléphone à Sanda Vogt, la sœur aînée de Skander, lui affirmant que son frère s’est suicidé. Depuis, l’administration pénitentiaire a changé de version, prétendant que le prisonnier empêchait les gardiens de lui porter secours, proférant contre eux des menaces de mort. Déclaration aussitôt démentie par le voisin de cellule de Skander. Habituellement, un incendie provoque une grande animation dans une prison. Mais cette fois, les gardes-chiourmes ne semblaient pas pressés d’intervenir, se contentant de chuchoter.

Enfermé sans expertise psychiatrique

« Nous n’allons pas lâcher l’affaire, c’est trop grave. Ce malheureux a été martyrisé pendant dix ans. Et il y en a d’autres dans les prisons suisses. Comment peut-on priver un homme de sa liberté sous prétexte qu’il serait dangereux ? Depuis des années nous réclamions une expertise psychiatrique », dénonce Isabelle Coutant-Peyre.


samedi 25 août 2018

Taoufik Ouanes Avocat au Barreaux de Tunis et de Genève

 Publié le 19 mars 2014

Taoufik Ouanes

 

Source photo

 

Taoufik Ouanes
Avocat au Barreaux de Tunis et de Genève
Consultant et Professeur de droit

Nom et Prénom: Taoufik Ouanes
Date de naissance: 6 février 1948
Nationalités: Suisse et Tunisienne
Profession: Avocat et Conseiller Juridique, Professeur de droit,

Etudes

Faculté de Droit de Tunis, Tunisie - Droit Public -
Licence en Droit en Droit Public.

Institut des Hautes Etudes Internationales, Genève,
Suisse - Droit et Relations Internationales -
Certificat d’Etudes Supérieures

Centre des Recherches de l’Académie de Droit
International, La Haye, Pays Bas - Droit International
Certificat de Recherche

Faculté de Droit et Sciences Politiques de Tunis
Diplôme d’Etudes Approfondies en Droit Public.

Langues

Arabe, Français et Anglais.

Activités professionnelles

Expérience académique
- Enseignement des Droits de l’Homme et du Droit Humanitaire à l’Institut Supérieur pour la Profession d’Avocat (ISPA) et à l’Institut Supérieur de la Magistrature, Tunis. Assistant à la Faculté de Droit, Département du Droit international Public et des Organisations internationales de l’Université de Genève (Pr. Christian Dominicé) Suisse.

- Professeur de droit international à l’Institut de Hautes études internationales (Genève) aux étudiants d’échange de «Pomona College».
- Professeur invité, Institut d’Etudes de Développement Genève, Suisse.
- Professeur invité, Centre Pratique pour la Négociation Internationale, Genève.
- Enseignant invité à l’Institut International de San Remo, Italie.
- Enseignant des Droits de l’Homme et de Droit Humanitaire à l’Institut Supérieur de la Profession d’Avocat (ISPA) et à l’Institut Supérieur de la Magistrature à Tunis.
  • Contribution et participation à plusieurs conférences, séminaires et colloques sur le droit international économique et l’arbitrage international (Suisse, France, Allemagne, Italie, Liban, Koweït Tunisie etc.)
  • Plusieurs fois arbitre, médiateur ou avocat-conseil dans des médiations et des arbitrages internes et internationaux.

Expérience diplomatique et internationale et aux Nations Unies

Délégué à la Conférence diplomatique sur la réaffirmation et le développement du droit international humanitaire, Genève, Suisse.

Consultant pour la formation des coopérants techniques suisses, Gouvernement suisse, Berne.
Consultant, Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle,
(OMPI) Genève.

Conseiller Juridique, Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED).

Consultant, Organisation des Nations Unies pour le Secours en cas de Catastrophes, (UNDRO).

Plusieurs fonctions au sein des Nations Unies en tant que Conseiller juridique Principal, Représentant, Chef de Zone Géographique etc. en Suisse, Iraq, Yémen, Congo, Soudan, Sahara Occidental, Egypte, Pays du Golfe etc.

Publications

  • Contributions à plusieurs ouvrages collectifs sur des questions de Relations internationales et de Droit international.
  • Plusieurs articles dans des journaux et des revues sur des questions juridiques.
  • «Droits de l’Homme et Droit des Réfugiés»: De l’autonomie originelle à vers la synthèse inéluctable des régimes juridiques». Editions Maghrébines. Casablanca, 1999.

Activités dans la société civile

  • Membre de l’Association Suisse d’Arbitrage (ASA).
  • Membre du Centre Belge pour la Médiation et l’Arbitrage (CEPANI).
  • Membre de la Chambre Arabo – suisse de Commerce et d’Industrie.
  • Membre fondateur et membre du Comité de la Chambre Tuniso-suisse du Commerce et de l’Industrie.
  • Membre de la Chambre Tuniso-américaine de Commerce et d’Industrie.
  • Ancien Secrétaire Général de L’Association Suisse –Tunisie.
  • Membre Fondateur et ancien Trésorier de l’Association des Fonctionnaires Internationaux Africains. Nations Unies, Genève.

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mercredi 4 juillet 2018

Copie en arabe de “La communication entre Tunis et Istanbul 1860-1913”, oeuvre d’un chercheur suisse




Publié le 05 avril 2018 par la Rédaction

De la relation entre Tunis et Istanbul sous le règne des Ottomans qui s’est étalé de 1574 à 1881, les chercheurs et écrivains se sont généralement limités à des périodes bien précises s”appuyant sur les correspondances officielles pour cerner les dessous de cette relation entre l’ancienne province ottomane et le siège lointain de l’empire.

Une copie arabe de l’ouvrage “La communication entre Tunis et Istanbul 1860-1913” du chercheur suisse, Andreas Tunger-Zanetti, présente une autre lecture de cette relation entre la Tunisie et la Turquie sous le règne des Ottomans.

L’auteur s’y est basé sur plusieurs autres archives allant des 20 ans précédant l’installation du protectorat français à Tunis, en 1880, jusqu’en 1913, une date clé dans l’histoire moderne des deux pays qui a constitué le véritable déclin du pouvoir ottoman en une Tunisie colonisée par les Français.
Traduite par l’universitaire tunisien Ibrahim Belgacem pour le compte de l’Institut de traduction de Tunis, cette version en arabe a fait l’objet d’une présentation, mercredi 4 avril, à Tunis au siège de l’Institut au Pôle des Lettres et du Livre, à la Cité de la Culture à Tunis.

Istanbul, ses sultans, son harem et les vastes territoires de l’empire ottoman ont été, à une certaine époque de l’histoire, la fascination d’Orient comme d’Occident. Un empire qui s’était érigé sous le règne des sultans successifs qui ont cherché à élargir la domination turque sur une large partie de l’Europe pour couvrir par la suite le Maghreb actuel. La Tunisie, alors sous occupation espagnole, s’est transformée en une province rattachée à l’empire ottoman qui siégeait à Istanbul.

Sur cette page de l’histoire, peu de chercheurs se sont mis à l’étudier surtout que peu d’archives concordant lèvent le voile sur les dessus de cette relation entre Tunis et Istanbul, et leurs similitudes culturelles favorisées par un cadre religieux, à majorité musulmane, ouvert sur l’autre.

A ce sujet, l’universitaire et écrivain a essayé de comprendre et d’analyser la véritable relation entre ces deux villes séparées par l’espace mais jamais par ce lien culturel fort qui, au-delà du politique, s’est manifesté sur différents aspects de la vie sociale et économique.

Dans son ouvrage, qui est à la base le sujet de sa thèse dans les études islamiques, publié deux ans auparavant, sa première publication en 1996, le chercheur suisse avait eu recours à plusieurs sources d’archives qu’il avait l’occasion de consulter dans des séjours successifs à Tunis pour les besoins de sa thèse.

Contrairement aux autres orientalistes qui avaient tendance à relever cette absence de communication et de lien avec l’empire à Istanbul, l’écrivain suisse est arrivé à une conclusion statuant sur ce lien si particulier entre les deux Capitales et leurs populations respectives, en témoignaient les récits des voyages parmi les commerçants, les pèlerins et les archives de presse à l’époque.

Initialement paru en une version française, l’ouvrage a dernièrement fait l’objet d’une traduction vers l’arabe faite par l’universitaire Ibrahim Belgacem. La critique faite par l’auteur au contenu des sources traditionnelles font état d’une nouvelle donne qui présente les arguments de ses prédécesseurs comme étant infondés.

Dans les deux chapitres que forme ce livre, l’auteur suisse a essayé de réfuter les arguments émanant de certains orientalistes, guidés par des considérations politiques et coloniales de la France à l’époque, qui adoptent une vision insistant sur l’existence d’une autonomie vis-à-vis d’Istanbul. Un argument avancé par les sympathisants du régime colonial français voulant imposer son pouvoir sur l’Etat tunisien qui constituait une province lointaine de l’empire mais avec qui le lien n’a jamais été coupé.

Pour le traducteur, les prémices d’une nouvelle tendance à renouer avec la Turquie sont d’ailleurs aujourd’hui visibles dans l’agissement de certaines parties politiques et sociales avec cette nostalgie pour le retour d’une certaine dominance turque en Tunisie.

L’universitaire tunisien fait aussi référence à cette volonté, perceptible dans les intentions, inavouées, de l’actuel président turc, souvent accusé pour sa politique indirecte cherchant à retrouver un pied d’attache sur des territoires qui étaient sous contrôle turc.

Selon lui, l’effet turc n’a jamais été absent des aspects de la vie en Tunisie et les moyens de communication entre officiels et citoyens des deux côtés.

Il fait aussi référence à ces nostalgiques d’une époque lointaine, oubliant ou ignorant même la grande misère accompagnée alors par la révolte des populations rurales, pendant le règne ottoman. Mais en parallèle de cette réalité, une véritable dynamique et notamment culturelle existait entre citoyens et Etats de l’empire ottoman.

En deux chapitres, l’auteur suisse était parvenu à statuer sur les véritables dessous d’une relation qui a souvent été équivoque et autour de laquelle régnait un certain doute allant jusqu’à redouter de l’efficacité du pouvoir des Sultans successifs sur Tunis comme étant l’un des Etats lointains, éparpillés sur plusieurs continents.

Cette version arabe de l’ouvrage écrit en français par un Suisse présentait a priori certaines incohérences relevées par le journaliste et critique culturel et littéraire Mohamed El May. Des lacunes, à son avis, qui, sur la forme, se rapportent à la vérification orthographique et au lexique, parfois proche de l’arabe en usage au Machrek.

Côté contenu, El May estime que l’ouvrage en arabe se limite aux constats recueillis par l’auteur suisse dont le choix même de la période étudiée (1860-1913) reste inexpliqué par le traducteur.
Cette traduction constitue un effort certes qui jette la lumière sur un aspect peu connu du lectorat arabe mais dont le contenu fera probablement l’objet de révision de la part des experts de l’Institut de traduction de Tunis.

Taoufik Aloui, directeur de l’Institut de traduction de Tunis, a insisté sur cette volonté de l’institution d’enrichir la scène littéraire par des traductions, vers l’arabe ou de l’arabe vers d’autres langues, d’œuvres littéraires et académiques tunisiennes et autres.

Ce nouvel ouvrage entame une série de présentations de traductions d’universitaires prévues par le programme inaugural de l’Institut qui se poursuivra du 4 avril au 16 mai.

jeudi 1 mars 2018

Tunisie : 2ème édition du forum de partenariat avec la société civile

Une cinquantaine d’associations ont pris part à la 2ème édition du forum de partenariat avec la société civile, organisée samedi 2 décembre à la Cité des sciences de Tunis, sur le thème “De la contribution de la société civile au développement et à la cohésion sociale”.

S’exprimant lors de ce forum, organisé à l’ initiative du projet Tamkeen du programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du ministère chargé des Relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et des droits de l’Homme, Diego Zorilla, représentant du PNUD en Tunisie, a souligné que l’objectif de cette rencontre est de réunir les différentes associations travaillant sur la cohésion sociale afin de trouver, ensemble, des solutions aux problèmes socio-économiques, notamment des jeunes et des femmes, en Tunisie.

La société civile peut jouer un rôle déterminant dans l’orientation de la jeunesse tunisienne qui souffre de l’exclusion politique et économique et du manque d’accès à l’emploi, a-t-il souligné. La faible participation des jeunes à la vie publique a de grandes répercussions sur leur situation sociale puisqu’elle contribue à les désocialiser et à développer chez eux des comportements autodestructeurs, estime Zorilla.

Il évoque l’importance du dialogue et de l’implication de la société civile dans la proposition des solutions pour sauver cette jeunesse, appelant à la tenue périodique de ce forum afin de débattre de thèmes favorisant la cohésion sociale tels que “l’usage des réseaux sociaux pour la promotion du dialogue”, “l’insertion économique”, “le volontariat et la réponse aux crises”.

De son côté, Chirine Ben Abdallah, chargée de communication au PNUD, mettra en relief le rôle de la société civile dans le renforcement de la cohésion sociale et l’engagement citoyen, à travers, notamment, la prévention de l’extrémisme violent.

Le présent forum est une opportunité pour des dizaines d’associations partenaires du PNUD, pour présenter les résultats de leurs projets et se rencontrer avec les bailleurs de fonds et les intervenants majeurs auprès de la société civile, a-t-elle fait savoir. Et que “ces associations ont conduit diverses initiatives visant à lutter contre toute forme de violence”.

Présentant un aperçu des actions de la société civile, menées entre 2012 et 2016, elle a indiqué que plusieurs initiatives, appuyées par le PNUD, ont aidé les jeunes issus de milieux défavorisés à s’impliquer davantage dans le débat sur l’avenir du pays, en leur donnant l’opportunité de faire part de leurs aspirations.

Un programme de développement de capacités nationales en matière de dialogue et de construction du consensus a été mis en œuvre dans les 24 gouvernorats du pays, permettant de renforcer des mécanismes de dialogue, de médiation, de prévention et de gestion des crises, a-t-elle fait remarquer.
Le directeur de la coopération suisse, Romain Darbellay, affirme, pour sa part, que la coopération avec la société civile permet de s’attaquer à des problèmes sociaux qui menacent les jeunes ayant trait notamment à la violence, l’immigration et le terrorisme.

Darbellay invite à travailler, d’une manière collective, sur les causes du désespoir de la jeunesse tunisienne et à renforcer le sentiment de la citoyenneté auprès d’elle.

En marge de ce forum, 5 ateliers et deux sessions d’information sur les thèmes “le rôle de la société civile et des jeunes dans la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) et “la plateforme gouvernementale du discours alternatif et de la lutte contre la radicalisation” ont été organisés.

En outre, un programme culturel a été présenté dont des pièces de théâtre et une projection de films réalisées par les associations dans le cadre de leurs projets appuyés par le PNUD.

jeudi 25 janvier 2018

Sommaruga à Tunis pour parler immigration

Migrants 

La Suisse veut consolider son partenariat migratoire avec la Tunisie, une zone importante de transit pour les migrants.

Simonetta Sommaruga se rend lundi et mardi à Tunis pour mieux appréhender les défis posés sur place par la crise migratoire. Voisine de la Libye, la Tunisie reste une zone de transit pour de nombreux migrants. La Suisse entend y consolider son partenariat migratoire.

La cheffe du Département fédéral de justice et police, Simonetta Sommaruga, sera en Tunisie pour consolider le partenariat migratoire avec Tunis. (Photo d'archives)
Image: AFP

 

Partant du constat qu'il faut continuer de gérer cette crise en amont, la cheffe du Département fédéral de justice et police (DFJP) va renforcer cet accord, déjà vieux de cinq ans, avec les autorités tunisiennes. Dans la foulée de la révolution de jasmin en Tunisie (fin 2010-début 2011), plusieurs milliers de Tunisiens, en majorité de jeunes hommes, avaient alors déposé une demande d'asile en Suisse.
Pour endiguer ce flux, un programme de coopération a été mis sur pied par la Suisse, privilégiant notamment l'aide au retour et la formation professionnelle des jeunes Tunisiens dans leur pays. Selon des chiffres officiels, plus de 1600 demandeurs d'asile tunisiens auraient ainsi pu rentrer dans leur pays grâce à ce soutien.

Contrer le terrorisme
La lutte contre le terrorisme demeure encore et toujours l'un des chevaux de bataille des autorités à Tunis, sachant que de nombreux jeunes (3000 environ) ont rallié au fil des ans le groupe Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak. Le gouvernement tunisien craint comme la peste le retour au pays des jeunes candidats au djihad.
Alors que Mme Sommaruga s'entretiendra mardi avec plusieurs ministres tunisiens sur la reconduction du partenariat migratoire, reprendra le même jour dans la capitale tunisienne le procès de l'attentat du 26 juin 2015 sur une plage près de Sousse (nord).
L'attaque avait coûté la vie à 38 touristes, principalement britanniques. Une vingtaine d'accusés, tous tunisiens, doivent répondre de «crimes terroristes». Six membres des forces de sécurité sont également accusés de «non-assistance à personne en danger».
Bureau suisse de police
Mme Sommaruga entend intensifier lors de son voyage les relations entre Berne et Tunis, précisément dans les domaines relevant de la sécurité. Un bureau suisse de coopération policière s'ouvrira d'ailleurs ce mardi à Tunis.
Vu de Berne, l'échange d'informations avec les pays du Maghreb est indispensable pour mieux lutter contre le terrorisme et entraver le travail des passeurs ainsi que celui des trafiquants de drogue. La présence depuis avril d'un attaché de police suisse à Tunis doit déjà faciliter le suivi des enquêtes et des procédures pénales.

Point névralgique en Libye
Armé d'une kalachnikov, l'étudiant tunisien de 23 ans qui avait abattu il y a deux ans des touristes sur cette plage près de Sousse, s'était radicalisé en Libye. Ce pays reste plus que jamais aujourd'hui le point de départ de nombreux migrants pour l'Europe.
Simonetta Sommaruga s'entretiendra lors de sa visite à Tunis avec plusieurs organisations internationales basées en Tunisie mais actives sur le terrain voisin en Libye. Parmi elles, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Leur mission est de protéger les migrants, et le cas échéant les sauver d'un naufrage en mer.
La cheffe du DFJP aura enfin un échange avec des garde-côtes libyens en formation à Tunis, dont la tâche est d'accroître la sécurité des eaux territoriales libyennes. La question de la protection des migrants en Libye sera à nouveau abordée à la mi-novembre en Suisse dans le cadre du Groupe de contact pour la Méditerranée centrale.
Mme Sommaraga poursuivra son périple mercredi et jeudi au Niger, avec notamment la visite d'un centre de transit pour migrants. (ats/nxp)


Article paru le 2 octobre 2017

 

mardi 23 janvier 2018

Tunis ville plus paisible d'Afrique et Bâle ville plus paisible d'Europe, chacune première de leur continent !





Credit photo : https://www.myswissalps.com/munsterbasel

Selon le Crime index 2017 Mid-Year, Tunis a été classée, la capitale la plus paisible et sûre d’Afrique, L’indice de Tunis est de 36,11 pour indiquer qu’il s’agit d’un indice faible.
Abu Dhabi aux Émirats Arabes Unis vient en première place, Doha au Qatar 2ème, Bâle en Suisse 3ème, Munich en Allemagne 4ème et de Singapour 5ème, selon cet indice.
Par contre des villes comme San Pedro Sula au Honduras, Port Moresby en Papouasie Nouvelle-Guinée, Caracas au Venezuela, Pietermaritzburg en Afrique du Sud, Fortaleza au Brésil, sont classées comme dangereuses.

Source information parue 19 octobre 2017 par Mourad S

dimanche 14 janvier 2018

Coach du Tunisien Malek Jaziri, ancien coach de Rodger


«Roger restera un môme joueur toute sa vie»

Coach du Tunisien Malek Jaziri, Christophe Freyss fut l’entraîneur en chef de Roger Federer durant deux ans au Centre national d’Écublens. Il jette un regard pointu sur celui qui est devenu un phénomène global.

 

Image: Corinne Dubreuil

 


Christophe Freyss, quand vous regardez Roger Federer aujourd’hui, que reste-t-il de sa technique lorsqu’il débarqua à Écublens en 1995?
 Le joueur qui est arrivé à 14 ans au centre national était évidemment talentueux mais encore très instable. On a beaucoup travaillé techniquement, surtout en revers. Sur ce coup comme au service ou à la volée, je vois le fruit d’un long travail. Par contre, il y a un truc qui existait déjà et que je me souviens de n’avoir pas voulu toucher: sa préparation en coup droit et cette faculté à descendre sa tête de raquette juste avant l’impact pour fouetter la balle avec une main très active. Ce geste lui appartient. C’était à lui depuis toujours (il mime le mouvement). Et puis il était capable de trouver facilement des zones décroisées longues et courtes quand il se décalait. Ce poignet exceptionnel, cet œil incroyable, tout était déjà là.

Le but était donc de protéger ce coup?
Exact. Je lui disais juste d’allonger la fin de geste, pour que son contact avec la balle soit un peu plus long. L’idée était de tenir un peu mieux la frappe sans altérer sa fulgurance.

Côté revers par contre, vous évoquez un chantier autrement plus ambitieux.
Côté revers, on peut vraiment parler d’une construction. Je me souviens de deux ou trois séances où je lui envoyais les balles à la main. Et quand un coup sortait bien, je lui disais: «Mémorise le chemin de ta raquette, retiens comment tu t’es couché sur cette frappe.» On bossait les appuis, sa ligne des épaules qu’il peinait à tenir. En slice, Roger faisait même un truc très bizarre avec sa tête. Celle-ci partait vers l’arrière à l’impact comme s’il ne voulait pas voir la direction que prenait son coup. Cette image est restée en moi, très précise.

Depuis sa victoire l’année dernière et les progrès de son revers, il y a débat entre ceux qui ont vu une évolution technique et ceux qui privilégient un changement d’attitude. Votre avis?
Franchement, je ne vois pas d’évolution technique notoire. Je pense plutôt que Roger est arrivé au constat suivant: j’ai un certain âge, les gars sont plus forts que moi physiquement, donc je vais perdre le moins de terrain possible pour écourter les échanges. Du coup, il utilise moins son slice et prend la balle au sommet du rebond. Attention, Roger est offensif depuis vingt ans. Mais il a poussé cette attitude encore plus loin en refusant de perdre un centimètre de terrain. Selon moi, c’est cette exigence qui a fait progresser son revers.

Est-ce que Roger Federer arrive encore à vous surprendre?
Oui. Parfois je me demande même comment il peut avoir l’idée de jouer certains coups. À Bâle, il a par exemple enchaîné après son service pour poser une volée de revers amortie qui s’est littéralement arrêtée. J’ai vu pas mal de trucs dans le tennis depuis quarante ans. Mais, là, je suis resté ébahi. C’était un coup de talent pur. Évidemment, les gens sont enchantés, ils applaudissent. Mais, au fond, je ne crois pas qu’ils mesurent à quel point c’est exceptionnel.

Comment a-t-il fait pour résister aux transformations du jeu depuis vingt ans?
En fait, je pense qu’il les a toujours anticipées. Pour nous, avec le recul, les évolutions sont assez logiques: il y a des cycles de grands attaquants puis de grands défenseurs, etc. Mais, dans les années 1990, je me demandais: qu’est-ce qu’un joueur pourrait faire de mieux pour devenir plus fort que Sampras? A priori, il y avait de la place pour un meilleur revers et un peu plus de coffre. Soit à peu près le portrait de Roger Federer. Aujourd’hui, les jeunes frappent à une vitesse que l’on ne pouvait pas soupçonner il y a vingt ans. C’est impressionnant. Mais il manque des choses dans leur jeu. Or que fait Roger? Il résiste, absorbe leur vitesse pour ensuite exploiter leurs faiblesses. J’ai l’impression qu’à chaque fois il avait vu ce qu’il devait continuer à faire ou modifier pour rester au top.

Et il aura 37 ans en août prochain…
Il n’y a pas d’adjectif… Il faudrait peut-être en inventer un. C’est invraisemblable qu’il ait encore cette envie, cette fraîcheur, ce besoin de gagner. C’est vital. Il aime le jeu par-dessus tout. Mais, quand j’y repense, cette passion était déjà présente à Écublens.

C’est-à-dire?
Tous les matins, j’avais le groupe pro de 10 h à midi. Roger sortait de l’école vers 11 h et il voulait jouer. Je lui disais: «Non, tu joueras cet après-midi.» Alors il faisait du mur contre le local à balles; ce qui faisait un boucan pas possible. Je lui disais d’arrêter. Il obéissait dix minutes puis craquait et recommençait. À un moment, on en a eu marre. J’ai dit aux gars: «On va lui foutre la trouille et le mettre tout habillé sous la douche.» Je savais qu’on n’irait pas jusqu’au bout, mais je voulais lui faire peur. On l’a porté jusqu’aux vestiaires… Ça l’avait bien choqué.

Ce besoin de jouer, de sentir la balle dans sa raquette, vous le voyez toujours chez lui?
Complètement. Roger restera un môme joueur toute sa vie. Et heureusement. Car c’est aussi ça qui lui permet de sortir des coups incroyables. Beaucoup d’autres gars ont perdu ce plaisir en cours de route. Pas lui. Chaque fois qu’il envoie la balle vers les ramasseurs, même de volée, même à l’autre coin du terrain, elle arrive dans leur main. À Miami, je regardais ce petit jeu et me disais: «C’est pas possible d’être aussi décontracté.»

À titre personnel, que ressentez-vous quand vous le voyez jouer et gagner encore?
Ça me touche, forcément. Je le regarde dans mon coin et je vois que ce que l’on avait mis en place durant ces années charnières était finalement assez juste. Les fondamentaux sur lesquels on a bossé se sont révélés assez solides pour qu’il puisse construire dessus. Je ressens de la satisfaction, de la fierté, de l’émotion aussi. L’année de son premier titre à Wimbledon (2003), j’étais là avec un groupe de juniors de l’ITF et il m’avait laissé un billet. Quand je l’ai vu sur ce court, à l’aise comme dans son jardin, ça m’avait fait quelque chose. Vraiment.

Et quand vous le croisez sur le circuit…
On échange quelques mots et on se rappelle toujours un souvenir d’Écublens. Comme Severin (Lüthi) était aussi dans le coup, chacun a gardé des petites histoires, toutes différentes.

Le coup de la douche a donc déjà été débriefé?
Pas encore. Mais c’est vrai, je vais devoir ressortir ce dossier (rires)

(nxp)

Créé: 12.01.2018, 21h01 par Mathieu Aeschamnn

 

dimanche 2 juillet 2017

Auguste Cuénod 1868 - 1954, auteur du premier tome de la flore de Tunisie

Auguste Cuénod, né le à Saint-Léger-sur-Vevey et mort le à Hammamet, est un ophtalmologiste suisse ayant fait sa carrière en Tunisie, où il s'est particulièrement illustré dans la lutte contre le trachome. Il est également l'auteur du premier tome de la flore de Tunisie, en collaboration avec Germaine Pottier-Alapetite et Augustin Labbe.

Façade de l'ancienne clinique ophtalmologique du docteur Auguste Cuénod dans la médina de Tunis



Auguste Cuénod vient d'une famille protestante. Sa mère Mary décède en 1871 et son père en 1882.
Il commence des études de médecine à Lausanne et les poursuit en ophtalmologie à la faculté de médecine de Paris où il obtient ses diplômes français de médecine et la médaille d'argent de cette faculté.
Il s'installe en Tunisie en 1894. En 1900, il ouvre une clinique ophtalmologique à Tunis, ouverte à tout le monde, quelle que soit la religion, Il soigne gratuitement les pauvres.
Il fut pendant trente ans vice-président du Conseil presbytéral de l'Église réformée de Tunis.
À l'Institut Pasteur de Tunis, il mène des études sur le trachome, la conjonctivite.

Il prend sa retraite en 1940 à Hammamet. Une forage lui permet d'aménager autour de sa villa un jardin de plaisance et d'essais, renouant avec sa première passion pour la botanique. Il y entretient une collection remarquable de fleurs et de plantes. Il entame la rédaction de plusieurs volumes sur la flore de Tunisie. Il continue à soigner les malades des yeux et poursuit surtout sa lutte contre le trachome.
En 1943, il cache des Juifs dans sa villa.

Il décède le 8 février 1954 et, selon sa volonté, il est inhumé à Hammamet.


    Bibliographie

  • Auguste Cuénod, Germaine Pottier-Alapetite (collaboration) et A. Labbe (collaboration), Flore analytique et synoptique de la Tunisie : Cryptogames vasculaires, Gymnospermes et Monocotylédones, Tunis, Office de l'Expérimentation et de la Vulgarisation Agricoles (Imprimerie S.E.F.A.N.), , [1]-39, [1]-287 p.
  • [Gomer 2006] Benoît Gomer (préf. Moncef Marzouki), L'organisation sanitaire en Tunisie sous le Protectorat français (1881-1956). : Un bilan ambigu et contrasté, Sainte-Foy (Québec), Presses de l'Université Laval, , XXIV-276 p. (ISBN 978-2-7637-8474-8)

jeudi 22 juin 2017

Tunis ville la moins chère pour les expatriés, Zurich, Genève et Berne dans les 10 plus chères

Luanda redevient la ville la plus chère au monde pour les expatriés

L'an dernier, elle avait été détrônée par Hong-Kong, montre le dernier classement réalisé par le cabinet Mercer.

(Boursier.com) — Pour les salariés français qui auraient envie de s'expatrier, le classement annuel de Mercer publié ce mercredi leur permettra de choisir leur destination en fonction du coût de la vie. En 2017, Luanda, capitale de l'Angola redevient la ville la plus onéreuse pour les expatriés, alors qu'elle avait été détrônée l'an dernier par Hong Kong, qui se classe en deuxième position. Le podium est complété par Tokyo, capitale japonaise, reléguant Zurich en quatrième position.

Produits importés, devises, sécurité

Pour établir son classement, le cabinet a comparé plus de 200 prix, tels que ceux du logement, des transports, de la nourriture ou encore des loisirs. Le coût élevé de la vie à Luanda s'explique par la cherté des biens importés mais également par celle de la sécurité, compte tenu de l'important taux de criminalité dans la capitale angolaise.
Hong-Kong pâtit pour sa part de l'indexation de sa devise sur le dollar, alors que la monnaie nipponne, valeur refuge par excellence continue de se renchérir, entraînant une hausse du coût de la vie à Tokyo. La ville se classait encore au 11ème rang en 2015...
On notera que le 'top 10' est nettement dominé par les villes asiatiques - Singapour (5ème), Séoul (Corée du Sud), Shanghai (8ème) - et la Suisse qui compte à elle seule trois villes ! (Zurich, Genève et Bern).

Remontée des villes australiennes et russes

Parmi les événements marquants de cette année, Mercer observe la remontée des villes australiennes, compte tenu du renforcement du dollar australien. Sydney passe du 42ème au 25 ème rang, alors que Brisbane grimpe à la 71ème place, alors qu'elle se situait au 96ème rang l'an dernier.
Même chose pour la Russie, fortement impactée l'an dernier par la chute du Rouble. Moscou se place cette année au 14ème rang, soit un bond de 53 places !

Les villes européennes sont moins chères

A l'inverse, les villes européennes, à l'exception de la Suisse sont moins onéreuses pour les expatriés, en 2017. Paris glisse du 44ème au 62ème rang, alors que Milan perd 21 rangs pour se placer 71ème. Vienne, capitale autrichienne recule également de 24 places (78ème).
En outre, selon Mercer, les villes les moins coûteuses pour les expatriés sont, cette année, Tunis (209), Bishkek au Kirghizistan (208) et Skopje, en République de Macédoine (206).
©2017, Boursier.com

lundi 19 juin 2017

la Tunisie la Suisse du monde arabe

Le franco-tunisien Samy Charrad briguerait la présidentielle

Au lendemain de la révolution tunisienne, Samy Charrad, née à Tunis d’une mère française, installé à Besançon (France), s’apprête à retourner dans son pays pour créer le Nouveau parti national tunisien, avec une ambition de se présenter à l’élection présidentielle en Tunisie, indique le journal régional français Le Pays !

Ce financier employé en Suisse et domicilié à Besançon avec son épouse et ses deux enfants de 11 et 13 ans, a « vécu la révolution en directe mais de loin grâce à la télévision, internet, Facebook et le téléphone ».

Le 20 mars prochain, il retournera dans le pays qui l’a vu naître il y a 47 ans pour mettre sur pied le Nouveau parti national tunisien (NPNT), dont il déposera le dossier de création auprès du ministère de l’Intérieur tunisien. À la tête de cette formation « nationaliste, libérale et laïque », il souhaite se présenter aux prochaines élections tunisiennes.

Seul préalable à sa candidature : la révision de la constitution tunisienne, et plus particulièrement la modification de l’article 40. Ce paragraphe impose en effet aux candidats d’être de mère et de père tunisiens, ce qui n’est pas le cas de Samy Charrad.

« Si l’article 40 est modifié en ma faveur, je me présenterai à l’élection présidentielle, dans le cas inverse, mon parti, le NPNT, proposera un autre candidat de confiance qui respectera les normes constitutionnelles », prévoit-il. Le nouveau Premier ministre, Béji Caïd Essebsi, a annoncé l’élection, le 24 juillet prochain, d’une assemblée constituante chargée de créer une nouvelle Constitution et de statuer sur la date des élections présidentielles.

« Je peux gagner. Je suis le seul à pouvoir sauver durablement la Tunisie du chaos grâce à mon programme social, politique et économique. Je pourrais protéger la démocratie et la liberté à long terme », estime Samy Charrad, musulman de confession, qui envisage la Tunisie comme la « Suisse du monde arabe », un « centre de réflexion et d’acceuil pour tous les philosophes et les intellectuels ».

Pour Samy Charrad, « le NPNT est très différent des autres partis qui sont essentiellement islamistes, socio-démocrates, de gauche ou liés aux droits de l’homme. Ils sont en très grande majorité à gauche et il n’y en a très peu à droite ». Plusieurs dizaines de partis sont d’ores et déjà déclarés pour l’élection tunisienne.

- Né le 9 juin 1963 à Tunis (Tunisie).
- Père tunisien, médecin, proche de Bourguiba et officier de la Légion d’honneur française.
- Mère française originaire de Saulnot (Haute-Saône), infirmière.
- Religion : musulmane.
- Lycée Carnot de Tunis, avant de « débarquer à Paris avec 100 francs en poche ».
- Université Paris-Dauphine, promotion 1986, -informatique et finance.
- HEC, promotion 1986, DEA 104.
- Employeur actuel : administrateur chez Futures Research Technology & Management SA à Genève (Suisse) de janvier 1998 à aujourd’hui.
- Les figures politiques qui ont inspiré son parcours : Habib Bourguiba, Nelson Mandela, Jawaharlal Nehru, Yasser Arafat, Barack Obama.

source: Le Pays.fr

lundi 12 juin 2017

Portrait : Fatma Charfi


Sur l'un des murs de son salon, des mots et des idées. Ils traduisent certaines de ses observations quotidiennes quand ce n'est pas, par dérision, sa double appartenance. «Trop blanche pour être Africaine, trop africaine pour être Suisse, trop blanche pour être exotique, trop exotique pour être Suisse...» "J'ai la nationalité artiste", sourit, avec boutade, la suissesse d'origine tunisienne Fatma Charfi.
Un personnage : Abrouc
Assise, dans son appartement à Berne, qui tient lieu d'atelier, elle contemple une suite de bocaux blancs transparents en pilex, où sont gardés des Abérics. Au singulier, le mot vient de l'arabe Abrouc et signifie quelqu'un de débrouillard, d'arrogant prêt à s'agiter et croire tout contrôler. Une créature à la fois archaïque et moderne à caractère universel. Fatma décida d'en faire un témoin singulier du monde des humains à un moment important de ses tournants. Elle en fit l'élément emblématique de son travail. Avec joie, avec douleur, pour y arriver, elle se servit de la capacité exceptionnelle d'Abrouc à se métamorphoser, s'adapter, se tortiller, se plier, s'enrouler, se dérouler, exécuter toutes sortes de danses, à se combiner avec les éléments et les objets, à se mettre en scène, se faire image, se faire film, apparaître, disparaître. Abrouc est transformé, manipulé à l'infini, soumis aux techniques les plus variables mais immuables dans la constance de son importance. Il est léger, fragile mais en même temps résistant. Il est dramatique, drôle, inquiétant, ridicule, arrogant. Il est souvent pris entre contrainte et liberté dans les différentes mises en scène. Abrouc a reçu un grand impact international, à Dakar principalement, à l'occasion de la Biennale des Arts 2000. Présenté directement dans sa matérialité, pris en photo ou filmé, ce personnage sert une idée concernant l'homme dans sa réalité. En effet, cette démarche et ce processus créatifs personnels au niveau du concept, des techniques, de l'esthétique soutiennent avec justesse étonnante les préoccupations de l'artiste et sa longue et profonde réflexion sur l'homme, la vie, la mort et la société contemporaine.

Après la formation, le fil des expositions
Unique fille d'une famille de sept garçons, née en 1955 à Sfax (Tunisie) Fatma Charfi a vite confirmé sa place dans un milieu masculin à la fois conservateur et ouvert. Elle obtient l'aval de ses parents dans ses préférences, pousse loin ses études et ne veut rien modifier à son choix de devenir artiste quand bien même la profession ne nourrit pas forcément son homme. "Je pouvais être professeur d'Université, mais l'exercice de l'art m'attirait. Je voulais avoir la force de créer tout en étant intègre avec moi-même. Prendre le risque de ne pas gagner beaucoup d'argent. Professeur, je pouvais avoir plus, mais artiste, j'avais carte blanche de me donner la liberté de création, d'aller jusqu'au bout de mes objectifs". Après quatre ans d'études à l'école des Beaux Arts de Tunis, elle passe, en 1977 un stage de dessin animé en Pologne et de 1980 à 1985, un Doctorat de troisième cycle à l'Institut d'Esthétique et des Sciences de l'Art de Paris Sorbonne. Entre 1986 et 1991, elle suit un stage à l'école Supérieure d'Art Visuel de Genève. Elle met son énergie et son temps dans l'exercice de l'art avec, au bout, dès 1992, une série d'expositions dans les meilleurs espaces artistiques du monde: à Angers, en différents lieux de Suisse, d'Italie, de Tunis et dans quelques villes de France. Comme nul n'est prophète en son pays, la consécration ne lui vient pas de Suisse, son pays d'adoption, mais d'Alexandrie avec l'obtention, en novembre 1999, du Prix du Jury de la Biennale internationale d'Art contemporain. En 2000, la chance lui sourit et des mains du président Abdoulaye Wade du Sénégal, elle reçoit le Grand Prix Léopold Sédar Senghor de la Biennale internationale d'art contemporain de Dakar. Des invitations affluent de partout: Biennale internationale d'art contemporain de Suède (Event 5); Exposition universelle de Hanovre 2000 avant de faire sensation à l'exposition Tunis-Suisse intitulée "Un autre regard" présentant des artistes contemporains au Musée d'art de Tunis. Depuis l'an 2001, Fatma Charfi enchaîne des expositions: au Kunstkeller de Berne; aux Îles Canaries; à Dakart 2002; au Stadtheater dans le cadre des journées culturelles du Monde arabe et au Centre d'Art contemporain Santander en Espagne. Son emploi de temps reste chargé. En 2003, Fatma Charfi était présente aux expositions de groupe au Musée d'art contemporain à St-Louis et au Colorado. En 2006, elle expose à la galerie d’El Marsa, en Tunisie. Aussi : d'autres expositions en 2007 à Gulf Air Fair, Dubai ; à Baltimore Museum, USA; au Kunsthalle Dominikanerkirche Osnabrück, Allemagne, sans oublier une exposition de groupe , dans le cadre des Collections du CHUV , Eté 07, Lausanne , Suisse.
Esprit pacifique et responsabilités familiales
Or donc, le succès de Fatma Sharfi pose parfois certaines interrogations. En effet, lorsqu'elle arrive en Europe, elle a foi en l'ouverture, aux autres tendances, du milieu de l'art contemporain. Elle se rend vite compte de sa naïveté. En Suisse, on lui dit, un jour, sans rire, que son oeuvre est "remarquable" mais qu'elle ne fait pas partie des actualités suisses. Rengaine ressassée s'agissant de tout travail non neutre dans un pays qui s'en proclame. Cela ne l'empêche pas de laisser libre court à son imagination et de fournir un travail reconnu sous d'autres sphères. L'artiste construit son oeuvre, patiemment, jour par jour. Elle en conçoit l'idée et en détermine la forme selon ses propres exigences. La richesse de créativité y est d'une grande force et d'une évidente modernité. Parmi son oeuvre, quelques éléments sur la nature et les sciences présentés en 1997 à Lausanne dans l'exposition collective «Botanique» au Musée Art-Science. «J'en ai profité pour visiter des laboratoires. J'ai d'ailleurs intitulé une des mes œuvres Virus express.» Au dernier Dakart, elle surprenait le public avec une nouvelle création. En effet, à Dakar, son travail a pris une tournure originale. En se servant d'une médaille, elle conviait l'assistance à des moments de communion collective. Il s'agissait d'ouvrir une petite boîte contenant un point rouge enfermé dans du coton blanc. S'agissait-il d'une graine? D'une fleur? Une petite boîte ouverte collectivement, avec patience, par un président de la république ou un simple citoyen, donna non seulement le temps d'en découvrir le contenu, mais également dénota du nivellement égalisateur des humains dans la vie. Un symbole de paix auquel il fallait penser. Dans ce monde où tout est pensé jusqu'aux moindres détails, un grand défi se présente chaque jour à l'artiste: comment concilier les matières, les objets, les techniques les plus divers qui l'accompagnent et les réalités de vie quotidiennes? En dépit de diverses pressions et contraintes sociales, familiales, spatiales, temporaires et matérielles, elle arrive à trouver une solution à chaque situation et à élargir son espace par la qualité de son travail. "Je suis une femme, une maman à l'étranger. Ce qui crée un rapport fort à la vie. Je me suis occupé beaucoup de l'éducation de mes deux enfants. Je travaille d'une manière indépendante." En attendant ses prochains rendez-vous artistiques, le travail de Fatma Charfi reste révélateur du talent d'une femme du sud qui a su, par ses images, capter les attentions du monde artistique du nord. On aurait pas du tout tort de la comparer à une ethnologue sudiste au pays des Helvètes. Ses productions sont dorénavant reconnues et ont trouvé leur place dans le rayon universel des créations contemporaines, ce en dépit des blocages rencontrés maintes fois sur son parcours. Loin des considérations d'origine, le système de travail original qu'elle a créé, continue de séduire dans les milieux de l'art. A l'instar du franc parler, de l'esprit critique et la solidité qui font partie de sa façon d'être.
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