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samedi 6 avril 2019

Les liaisons dangereuses de l’islamiste tunisien emprisonné à Genève

Par Valérie de Graffenried, Publié mardi 20 janvier 2015 

Ahmed, un Tunisien de 35 ans, est jugé dangereux pour la sécurité intérieure par le Service de renseignement de la Confédération. L’étudiant pourrait être lié à la mouvance «Lis!» qui s’est implantée en Suisse. Son comportement extrême l’a fait remarquer à Lausanne et Fribourg. Son avocat le rencontrera pour la première fois ce mercredi matin.



Les liaisons dangereuses d’un islamiste
Un Tunisien de 35 ans va être expulsé en raison d’un profil jugé dangereux pourla sécurité intérieure
L’étudiant pourrait être lié à la mouvance «Lis!», qui a distribué des Corans gratuits dans les villes suisses
Son comportement extrême l’a fait remarquer à Lausanne et Fribourg
Avec l’arrestation d’Ahmed*, c’est un nouveau pan de la nébuleuse djihadiste en Suisse qui se dévoile. Le Tunisien de 35 ans domicilié à Marly (FR) croupit derrière les barreaux, à Champ-Dollon, en vue d’un renvoi par vol spécial. Jugé dangereux pour la sécurité intérieure, il a été arrêté début janvier à Fribourg.
Rejeté par les musulmans fribourgeois pour son comportement vindicatif, Ahmed a fait allégeance au chef du groupe l’Etat islamique, selon la Tribune de Genève , qui a eu accès à un jugement du Tribunal administratif de première instance (TAPI).
Un détail semble ne pas figurer dans ce document, mais pourrait expliquer pourquoi le Service de renseignement de la Confédération (SRC) s’est tellement intéressé à Ahmed. Selon nos informations, ce Tunisien pourrait être lié à un autre islamiste radical, Salahdin*. Les deux hommes ont distribué des Corans dans la rue, à Genève, à peu près au même moment l’an dernier.
Salahdin, qui récemment encore apparaissait sur Facebook avec le qualificatif «as-Swissry», affichait clairement sa sympathie pour l’Etat islamique. Sur Facebook, sa photo de profil reprenait le drapeau de l’organisation. Selon les informations du Temps,Salahdin a tout récemment quitté la Suisse. Il connaît Abou Suleyman Suissery, un djihadiste parti du Nord vaudois pour combattre aux côtés de l’Etat islamique en Syrie, où il se trouve actuellement.
Auparavant, Salahdin aurait appartenu au groupe «Lies!» («Lis!»), en français), une initiative lancée par des musulmans installés en Allemagne, qui distribue gratuitement des Corans. Dirigé par le prédicateur Ibrahim Abou-Nagie, un chef d’entreprise de Cologne d’origine palestinienne, proche des milieux salafistes, «Lis!» s’est implanté en Suisse et a son propre groupe sur Facebook, en français. Des distributions gratuites de Corans ont eu lieu dans plusieurs villes suisses.
«Selon les dires de Salahdin, le groupe «Lis!» a divisé la Suisse en «gouvernorats». Et lui-même serait responsable du gouvernorat de Genève», commente une source proche des milieux sécuritaires. Selon elle, «le groupe comprendrait une centaine de sympathisants en Suisse». Jusqu’ici, les autorités peinaient à établir un lien évident entre «Lis!» et des mouvements djihadistes, malgré certaines inscriptions douteuses sur leurs stands. Mais dans une vidéo faite lors d’une de leur manifestation à Lausanne, le logo d’Ansar al-Charia Tunisie était clairement visible.
Or, Ahmed est notamment dans le viseur des autorités fédérales depuis les 17 et 30 mai 2014, date auxquelles il participait précisément à une distribution gratuite de Corans sur la place de Plainpalais puis celle du Molard, à Genève. Alerté, le SRC a depuis mené son enquête et surveillé étroitement Ahmed.
Toujours selon le jugement cité par la Tribune de Genève , le SRC s’adresse le 26 septembre à l’Office fédéral des migrations (ODM, entre-temps devenu Secrétariat d’Etat aux migrations), pour lui faire part de ses inquiétudes. Il lui demande de ne pas renouveler l’autorisation de séjour d’Ahmed, qui était officiellement étudiant depuis son arrivée en Suisse en 2006. Le 26 novembre, l’ODM obtempère et le somme de quitter le pays. Genève est chargé de l’exécution du renvoi. Le Tunisien disparaît pendant un mois. Le 24 décembre, Fedpol, l’Office fédéral de police, prononce une interdiction du territoire. Il se fera finalement pincer dans un train début janvier, à Fribourg.
Selon la base de donnée Teledata, Ahmed a vécu à Lausanne, à Marly (FR), à Fribourg, puis à Onex (GE). Sa dernière adresse, depuis le 7 décembre 2010, est située à Marly, où il vivrait avec une femme et un enfant.
Il a tenté d’entrer en contact avec plusieurs associations de musulmans fribourgeoises. Mais son comportement, décrit comme agressif et arrogant, lui a fermé des portes.
«Partout où il est passé, il est persona non grata. Mais rien dans ses propos ne laissait penser qu’il représentait un risque terroriste, sinon nous l’aurions signalé aux autorités. C’est plutôt son attitude invasive qui dérangeait», souligne un membre de l’Association des musulmans de Fribourg. Lors des élections législatives en Tunisie, en octobre dernier, Ahmed a été aperçu devant le bureau de vote lausannois ouvert aux Tunisiens de Suisse. Il aurait harangué les électeurs pour tenter de les convaincre de boycotter le scrutin, en affirmant que «la démocratie est contraire à l’islam». Les organisateurs ont fini par appeler la police pour l’éloigner.
L’été dernier, rapporte-t-on encore au sein de la communauté musulmane, il avait tenté de s’associer à une manifestation de soutien aux populations touchées par les raids israéliens sur Gaza. On l’a prié de passer son chemin après qu’il a sermonné une femme musulmane sur sa tenue vestimentaire.
Condamné à plusieurs reprises pour lésions corporelles et violence ou menace contre des fonctionnaires, Ahmed aurait des contacts avec un «Tunisien condamné à l’étranger pour ses liens avec le terrorisme international». Contacté, le SRC ne fait pas de commentaire. Aucune procédure pénale n’a été ouverte contre lui, confirme au Temps son avocat Bernard Nuzzo. «J’ai été saisi du dossier lors de l’audience au TAPI le 12 janvier et n’ai pas encore pu voir mon client. Je le rencontre ce mercredi matin pour la première fois», précise-t-il. Impossible donc de savoir quelle sera sa ligne de défense.
Ces révélations interviennent au moment où la Suisse est pour la deuxième fois signalée comme cible possible par des djihadistes dans une vidéo. «Un profil comme celui du Tunisien arrêté interpelle. Et on doit considérer avec sérieux les liens et relations supposées de cet homme avec des individus en Suisse», commente Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism (GCTAT).
* Prénoms fictifs
«Partout où il est passé, il est persona non grata. Mais rien ne laissait penser qu’il représentait un risque»

samedi 17 février 2018

Délégation tunisienne en Suisse pour un échange bilatéral interdisciplinaire sur la prévention de l’extrémisme violent et la lutte contre le terrorisme

Délégation tunisienne en Suisse pour un échange bilatéral interdisciplinaire sur la prévention de l’extrémisme violent et la lutte contre le terrorisme

Berne, 20.11.2017 - Une délégation de huit représentants de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme et de différents Ministères tunisiens se trouve actuellement en Suisse pour un échange bilatéral sur les thèmes de la prévention de l’extrémisme violent (PEV) et de la lutte contre le terrorisme. La visite, initiée et coordonnée par le DFAE, s’inscrit dans la volonté de coopération entre la Suisse et la Tunisie en matière de PEV, formalisée dans une déclaration d’intention dont cette visite est l’un des éléments de mise en œuvre concrète. 
 
La visite a débuté aujourd’hui à Berne avec un échange entre les deux délégations sur les stratégies et plans nationaux en matière de prévention de l’extrémisme violent. La journée a permis de mettre l’accent, entre autre, sur les bonnes pratiques et les défis dans des aspects comme la collaboration interdisciplinaire et la coordination, le rôle de la société civile, la radicalisation et les extrémismes en milieu pénitentiaire. Elle continuera demain avec une journée dédiée à la présentation des dispositifs nationaux de lutte contre le terrorisme de chacun des deux pays, qui touchera aussi des thèmes spécifiques comme la gestion des retours de combattants djihadistes et la prévention et lutte contre la radicalisation sur Internet.

Les participants se rendront ensuite à Genève, pour un échange avec les institutions cantonales en charge de la PEV. La visite se terminera le jeudi 23 à la Maison de la Paix, avec une présentation de la PEV comme l’une des priorités de la politique étrangère suisse, notamment par le biais des activités déjà lancées à ce jour par la Suisse.

La délégation tunisienne se compose de la Vice-présidente et de deux membres de la Commission nationale de lutte contre le terrorisme, de trois représentants du Ministère de l’intérieur et d’un représentant chacun du Ministère des affaires étrangères et de celui de la société civile et des droits de l’homme, responsable de la plateforme tunisienne du discours alternatif et de la lutte contre l’extrémisme. Les participants suisses appartiennent à plusieurs services du DFAE, ainsi qu’au Réseau National de Sécurité, fedpol et SRC, outre les représentants de la République et Canton de Genève et du Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF).

Cet échange offre l’occasion de renforcer un message essentiel pour la Suisse: l’importance d’un engagement sur la prévention, sur les causes directes et structurelles de l’extrémisme violent, qu’elles soient politiques, sociales ou économiques et la nécessité d’assurer le plein respect des droits de l’homme et de l’état de droit. Il offre aussi l’opportunité, notamment pendant la journée du mardi, d’intensifier la coopération en matière de lutte contre le terrorisme.

La Tunisie et la Suisse ont exprimé à plusieurs reprises leur désir de développer leur coopération en matière de PEV. Ce souhait commun a été formalisé au plus haut niveau par la signature de la « Déclaration d’intention entre le Conseil fédéral suisse et le Gouvernement de la République tunisienne concernant la prévention de l’extrémisme violent », lors de la visite du Président tunisien Béji Caïd Essebsi en 2016 à Berne. La « Stratégie de coopération 2017-2020 pour la Tunisie » intègre d’ailleurs un engagement en matière de PEV, et la Suisse soutient déjà plusieurs projets en lien avec la PEV en Tunisie.

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