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samedi 24 août 2019

Faouzi Mellah ecrivain tunisien installé en suisse

Par Mhamed Hassine Fantar le 17 mars 2014.

Histoire et littérature francophone de Tunisie: Avec Faouzi Mellah et la Reine vagabonde

HISTOIRE - Nous sommes toujours en compagnie de Fawzi Mellah qui nous raconte l'aventure d'Elyssa, la reine vagabonde. Le premier panneau se termine par une escale à Chypre qui constitue l'objet du second panneau de notre triptique. Nous voilà dans l'île de Chypre pour nous réjouir de ses merveilles et nous laisser aller au rêve.


Nous sommes toujours en compagnie de Fawzi Mellah qui nous raconte l'aventure d'Elyssa, la reine vagabonde.
Le premier panneau se termine par une escale à Chypre qui constitue l'objet du second panneau de notre triptique. Nous voilà dans l'île de Chypre pour nous réjouir de ses merveilles et nous laisser aller au rêve. Pour une princesse phénicienne, l'île de Chypre n'est point une contrée inconnue. Les marins de Tyr et des autres cités cananéennes la connaissaient depuis toujours. Ils y avaient établi une fondation, Kition, bien connue par les auteurs des écrits bibliques et les archéologues qui ont dégagé les vestiges.
Aux navigateurs phéniciens, Kition servaient d'escale, de refuge, de pied-à-terre et de comptoir pour le commerce des métaux, notamment le cuivre dont leurs métallurgistes faisaient du bronze. L'expédition d'Elissa ne manqua pas de s'enrichir. Elle se dota de femmes nécessaires à la multiplication et à l'équilibre du groupe.
Cet épisode, tel que décrit par le mythe, est incontestablement retouché: Dans le palimpseste, des vierges, qui se trouvaient au bord de la mer, furent enlevées par les compagnons d'Elissa. Fawzi Mellah a préféré y voir un don offert par les Chypriotes pour garantir la pérennité des migrants. En outre, il y a, une omission. La lettre conçue par l'auteur d'Elissa, la princesse vagabonde, passe sous silence l'apparition du grand prêtre de Chypre qui, dans le récit originel, se montra généreux à l'égard de la reine fugitive: d'après Justin, il vint accueillir la reine vagabonde. Pourquoi cette omission?
Au lieu de se perdre dans les méandres des explications gratuites, laissons les compagnons de la Princesse Vagabonde reprendre la mer en direction du couchant, vers les côtes d'Afrique, où, jadis, les Phéniciens installèrent un comptoir auprès de la population autochtone: c'était Utique dont le nom reste une énigme. Et le troisième tableau du triptique de se déployer pour nous introduire dans de nouveaux paysages naturels et ethnoculturels. On peut titrer ce panneau: Elissa au pays du roi Hiarbas. Au cours de cette longue traversée, on fit escale à Sabrata et à Hadrumète avant d'atteindre la Colline Parfumée, où la reine décida d'élire pied-à terre. La population accourut sous la houlette du roi Hiarbas, non point hostile mais inquiète et interrogatrice. Sur la scène se déroulent des palabres chargées de convoitises, de passions, de ruses, qui aboutissent à la naissance de la ville Neuve, Qart Hadasht, sur un terrain, qui livre aux fondateurs d'abord une tête de taureau et puis une tête de cheval, deux signes, dont il fallait pouvoir faire le décryptage. Le tableau se termine par le feu, qui offre à la reine la possibilité de poursuivre sa chaste fuite et de rejoindre, sans doute, l'âme de son mari, Acherbas. La vie de Carthage en dépendait; elle accepta de se donner la mort.
Voilà donc le récit de la fondation de Carthage, remodelé et instrumentalisé par Fawzi Mellah. Comment faut-il justifier les modifications introduites sur les versions les plus courantes, notamment celles de Timée de Taormine, qui vivait au IIe siècle avant J.C., et de Trogue-Pompée, un historien gaulois, contemporain d'Auguste, dont le récit fut adopté et transmis par Justin, entre le IIe et le troisième siècle de l'ère chrétienne.
Ces modifications touchent certains faits et leur interprétation comme par exemple l'affaire des vierges Chypriotes. La tradition classique parle de leur rapt, alors qu'elles vaquaient à l'accomplissement de leur devoir de jeunes filles envers la déesse Ashtart, dont le culte relevait de la prostitution sacrée: c'était une pratique religieuse bien établie en Mésopotamie et en Méditerranée. Des textes en parlent et des faits archéologiques en témoignent. Fawzi Mellah semble avoir estimé plus simple de justifier leur présence au sein du groupe par le don. Ainsi, il évita les méandres de la prostitution sacrée. Il fallait du temps et de la patience pour instruire ce dossier. Gustave Flaubert l'aurait sûrement fait; féru d'érudition, il n'aurait pas hésité de s'y investir. Parmi les modifications relevées, on relève l'absence du prêtre du temple de Junon à Chypre. Dans les deux plus grandes traditions, il est dit que la reine fut bien accueillie par le prêtre de Junon, lequel accepta de l'accompagner à condition que la magistrature sacerdotale lui fût reconnue et resta l'apanage de sa descendance. Pourquoi Fawzi Mellah a préféré écarter ces données pourtant admises par les principales versions disponibles du mythe, sachant que le fait religieux ne saurait être absent quand il s'agit d'une communauté humaine?
En revanche, il a jugé nécessaire d'inventer deux épisodes étrangers au récit de base : il s'agit des deux escales que nous avons déjà évoquées: l'une à Sabrata et l'autre à Hadrumète. Je ne veux pas croire qu'il s'agirait d'un acte gratuit. Mais il me serait difficile de trouver une justification convaincante si non celle qui offrirait à l'auteur l'opportunité de nous faire le portrait de chacune de ces deux villes telles qu'ils se les représentait et de dire ce qu'il voulait nous dire. Sabrata serait d'origine libyque. Elle représente l'altérité, un peuple différent, dont l'auteur fait un portrait laudatif. Fawzi Mellah se montre berbérophile. C'est la découverte d'un monde nouveau. Le maître d'œuvre et de l'ouvrage donne libre cours à son imagination : il crée un univers, qu'il anime en se référant à son propre cru, voire à ses fantasmes, tant pour le profane que pour le sacré. Mais là aussi, il tord le cou à l'histoire en faisant de Magon un Libyen de Sabrata au grand dam de Carthage et de l'histoire.
Quant à Hadrumetum, la rencontre ne semble pas avoir été heureuse. A tort, Fawzi Mellah la reconnaît antérieure à Carthage sur les côtes libyques. Il la présente comme l'incarnation de la laideur. Des erreurs sont commises tant pour les faits que pour leur interprétation, sans que l'on puisse savoir si elles sont volontaires ou inconscientes. Pourquoi un portrait si réducteur, voire répulsif ? Serait-ce pour le contraste? La beauté de Sabrata ferait ainsi le pendant à la laideur d'Hadrumète. Peut-être faudra-t-il fouiller dans les rapports de Fawzi Mellah avec Sousse, la perle du Sahel.
Mais là aussi, c'est à l'auteur de rendre compte ou de justifier ses assertions. Les Hadrumétins se montrent méprisants à l'égard des immigrés, "Gens venus de l'horizon": Aurions-nous déjà la semence de ce chauvinisme que l'on attribue aux Soussiens?
L'auteur rappelle une vieille expression que les Tunisois utilisaient naguère pour désigner, non sans orgueil, ceux qui venaient de la Tunisie profonde le terme d'afaqioun c'est-à-dire ceux des horizons lointains qui sont sensés être "gens grossiers et barbares". Pour le Soussien désignaient ceux qui n'étaient de Sousse par le terme péjoratif Zran, dont j'ignore l'étymologie.

samedi 13 avril 2019

«L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit»

19 juin 2016 par Sophie Simon


DébatDes étudiants genevois et tunisiens ont échangé sur l’état respectif de leur démocratie. Rafraîchissant.


«Ce qui me frappe, c’est à quel point on prend notre démocratie pour un acquis, comme quelque chose de normal, presque au sens d’ennuyeux.» Cette réflexion de la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa l’a conduite à inviter des étudiants d’une démocratie plus jeune, la Tunisie, pour échanger ce lundi soir avec leurs homologues genevois, sur le mode de la curiosité bienveillante, pour la semaine de la démocratie.
Un dialogue un peu maladroit s’établit entre Ema, genevoise, et Youssef, tunisien. Elle lui demande sa vision de la modernité et de la tradition, et de la pensée du sociologue Franco Cassano à ce sujet. Ce dernier invite les Méditerranéens à ne pas se laisser happer par la marchandisation et à cesser de voir tout ce qui n’est pas moderne comme forcément archaïque. «J’ai l’impression que l’Occident impose sa définition de la modernité, confirme Youssef. Pour nous elle n’est pas synonyme de laïcité. En étant pragmatique, elle est impossible dans le monde arabo-musulman maintenant. Le changement peut passer par une lecture plus spirituelle de la religion, selon la tradition soufie. L’Etat devrait utiliser la religion pour modeler la façon de penser des Tunisiens.»

A g., Waël et Youssef ont croisé le fer avec Ema (cinquième à dr.).
Image: Steeve Iuncker-Gomez
Même exercice sur le rôle joué par la société civile, gagnante du Prix Nobel de la paix en 2015 (via le quartette de dialogue). Waël explique son engagement dans une association. «Des internats ont été créés ou réaménagés. On a organisé des «voitures mules» pour acheminer les élèves à l’école, car beaucoup d’entre eux arrivaient déjà fatigués par un long trajet et n’arrivaient pas à se concentrer.» Carmela lui demande: «Tu penses que ça peut avoir une influence sur le gouvernement?» «Il est trop tôt pour le dire. L’association soulève des problèmes dont tout le monde n’a pas conscience.»
Concernant les pratiques sécuritaires, Fanny explique la modification de la loi sur le renseignement sur laquelle le peuple va bientôt voter, tandis qu’Ahmed soutient qu’«en Tunisie, la présence de l’Etat n’est presque que sécuritaire. Elle ne doit pas se résumer à un poste de police, il faut travailler sur le modèle de l’Etat-providence.» Pour Nicolas, l’obligation de servir en vigueur dans les deux pays est «fondamentale. On peut l’envisager comme une alternative idéologique au discours terroriste sur la communauté de destins.»
Slim évoque une initiative porteuse: «En Tunisie, un budget participatif a été mis en place dans quatre communes. Entre 2 et 5% du budget a été voté par les habitants. Je trouve ça incroyable, on va de l’avant.» Roxane vante alors les contrats de quartiers impliquant les habitants de la Ville de Vernier, qui auraient permis une augmentation de 4% de la participation aux scrutins.
La vérité n’est pas sortie de la bouche des enfants, mais de celle d’Angélique Mounier-Kuhn, une intervenante qui a rappelé que le droit de vote des femmes a été obtenu en 1957 en Tunisie, et seulement en 1971 en Suisse. «L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit.»
(TDG)
Créé: 19.09.2016, 22h47







samedi 6 avril 2019

Les liaisons dangereuses de l’islamiste tunisien emprisonné à Genève

Par Valérie de Graffenried, Publié mardi 20 janvier 2015 

Ahmed, un Tunisien de 35 ans, est jugé dangereux pour la sécurité intérieure par le Service de renseignement de la Confédération. L’étudiant pourrait être lié à la mouvance «Lis!» qui s’est implantée en Suisse. Son comportement extrême l’a fait remarquer à Lausanne et Fribourg. Son avocat le rencontrera pour la première fois ce mercredi matin.



Les liaisons dangereuses d’un islamiste
Un Tunisien de 35 ans va être expulsé en raison d’un profil jugé dangereux pourla sécurité intérieure
L’étudiant pourrait être lié à la mouvance «Lis!», qui a distribué des Corans gratuits dans les villes suisses
Son comportement extrême l’a fait remarquer à Lausanne et Fribourg
Avec l’arrestation d’Ahmed*, c’est un nouveau pan de la nébuleuse djihadiste en Suisse qui se dévoile. Le Tunisien de 35 ans domicilié à Marly (FR) croupit derrière les barreaux, à Champ-Dollon, en vue d’un renvoi par vol spécial. Jugé dangereux pour la sécurité intérieure, il a été arrêté début janvier à Fribourg.
Rejeté par les musulmans fribourgeois pour son comportement vindicatif, Ahmed a fait allégeance au chef du groupe l’Etat islamique, selon la Tribune de Genève , qui a eu accès à un jugement du Tribunal administratif de première instance (TAPI).
Un détail semble ne pas figurer dans ce document, mais pourrait expliquer pourquoi le Service de renseignement de la Confédération (SRC) s’est tellement intéressé à Ahmed. Selon nos informations, ce Tunisien pourrait être lié à un autre islamiste radical, Salahdin*. Les deux hommes ont distribué des Corans dans la rue, à Genève, à peu près au même moment l’an dernier.
Salahdin, qui récemment encore apparaissait sur Facebook avec le qualificatif «as-Swissry», affichait clairement sa sympathie pour l’Etat islamique. Sur Facebook, sa photo de profil reprenait le drapeau de l’organisation. Selon les informations du Temps,Salahdin a tout récemment quitté la Suisse. Il connaît Abou Suleyman Suissery, un djihadiste parti du Nord vaudois pour combattre aux côtés de l’Etat islamique en Syrie, où il se trouve actuellement.
Auparavant, Salahdin aurait appartenu au groupe «Lies!» («Lis!»), en français), une initiative lancée par des musulmans installés en Allemagne, qui distribue gratuitement des Corans. Dirigé par le prédicateur Ibrahim Abou-Nagie, un chef d’entreprise de Cologne d’origine palestinienne, proche des milieux salafistes, «Lis!» s’est implanté en Suisse et a son propre groupe sur Facebook, en français. Des distributions gratuites de Corans ont eu lieu dans plusieurs villes suisses.
«Selon les dires de Salahdin, le groupe «Lis!» a divisé la Suisse en «gouvernorats». Et lui-même serait responsable du gouvernorat de Genève», commente une source proche des milieux sécuritaires. Selon elle, «le groupe comprendrait une centaine de sympathisants en Suisse». Jusqu’ici, les autorités peinaient à établir un lien évident entre «Lis!» et des mouvements djihadistes, malgré certaines inscriptions douteuses sur leurs stands. Mais dans une vidéo faite lors d’une de leur manifestation à Lausanne, le logo d’Ansar al-Charia Tunisie était clairement visible.
Or, Ahmed est notamment dans le viseur des autorités fédérales depuis les 17 et 30 mai 2014, date auxquelles il participait précisément à une distribution gratuite de Corans sur la place de Plainpalais puis celle du Molard, à Genève. Alerté, le SRC a depuis mené son enquête et surveillé étroitement Ahmed.
Toujours selon le jugement cité par la Tribune de Genève , le SRC s’adresse le 26 septembre à l’Office fédéral des migrations (ODM, entre-temps devenu Secrétariat d’Etat aux migrations), pour lui faire part de ses inquiétudes. Il lui demande de ne pas renouveler l’autorisation de séjour d’Ahmed, qui était officiellement étudiant depuis son arrivée en Suisse en 2006. Le 26 novembre, l’ODM obtempère et le somme de quitter le pays. Genève est chargé de l’exécution du renvoi. Le Tunisien disparaît pendant un mois. Le 24 décembre, Fedpol, l’Office fédéral de police, prononce une interdiction du territoire. Il se fera finalement pincer dans un train début janvier, à Fribourg.
Selon la base de donnée Teledata, Ahmed a vécu à Lausanne, à Marly (FR), à Fribourg, puis à Onex (GE). Sa dernière adresse, depuis le 7 décembre 2010, est située à Marly, où il vivrait avec une femme et un enfant.
Il a tenté d’entrer en contact avec plusieurs associations de musulmans fribourgeoises. Mais son comportement, décrit comme agressif et arrogant, lui a fermé des portes.
«Partout où il est passé, il est persona non grata. Mais rien dans ses propos ne laissait penser qu’il représentait un risque terroriste, sinon nous l’aurions signalé aux autorités. C’est plutôt son attitude invasive qui dérangeait», souligne un membre de l’Association des musulmans de Fribourg. Lors des élections législatives en Tunisie, en octobre dernier, Ahmed a été aperçu devant le bureau de vote lausannois ouvert aux Tunisiens de Suisse. Il aurait harangué les électeurs pour tenter de les convaincre de boycotter le scrutin, en affirmant que «la démocratie est contraire à l’islam». Les organisateurs ont fini par appeler la police pour l’éloigner.
L’été dernier, rapporte-t-on encore au sein de la communauté musulmane, il avait tenté de s’associer à une manifestation de soutien aux populations touchées par les raids israéliens sur Gaza. On l’a prié de passer son chemin après qu’il a sermonné une femme musulmane sur sa tenue vestimentaire.
Condamné à plusieurs reprises pour lésions corporelles et violence ou menace contre des fonctionnaires, Ahmed aurait des contacts avec un «Tunisien condamné à l’étranger pour ses liens avec le terrorisme international». Contacté, le SRC ne fait pas de commentaire. Aucune procédure pénale n’a été ouverte contre lui, confirme au Temps son avocat Bernard Nuzzo. «J’ai été saisi du dossier lors de l’audience au TAPI le 12 janvier et n’ai pas encore pu voir mon client. Je le rencontre ce mercredi matin pour la première fois», précise-t-il. Impossible donc de savoir quelle sera sa ligne de défense.
Ces révélations interviennent au moment où la Suisse est pour la deuxième fois signalée comme cible possible par des djihadistes dans une vidéo. «Un profil comme celui du Tunisien arrêté interpelle. Et on doit considérer avec sérieux les liens et relations supposées de cet homme avec des individus en Suisse», commente Jean-Paul Rouiller, directeur du Geneva Centre for Training and Analysis of Terrorism (GCTAT).
* Prénoms fictifs
«Partout où il est passé, il est persona non grata. Mais rien ne laissait penser qu’il représentait un risque»

vendredi 30 novembre 2018

Suisse: Un étudiant tunisien reçoit le prix de la meilleure moyenne à l’EPFL de Lausanne

Par W.J Publié le 17 septembre 2018 - 12:57:15




L’Ambassade de Suisse en Tunisie a rendu hommage ce lundi 17 septembre 2018 à un jeune étudiant tunisien, prénommé Wassim Dhaouadi récompensé par la prestigieuse Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), après avoir reçu le Prix de la meilleure moyenne toutes sections confondues avec une moyenne de 5,87 sur 6.


Wassim Dhaouadi est Bachelor en Génie Mécanique. Il a été honoré à l’EPFL au cours d’une cérémonie à laquelle l’ambassadeur de Tunisie en Suisse, Mourad Bourehla a pris part.


« Investissez de l’effort, Plus vous investissez plus vous serez récompensés:
-La motivation, peut nous porter loin, la même où nous imaginons inatteignable. 
-Le travail, seul chemin légitime de la réussite et de l’accomplissement.
-La passion, source d’épanouissement, rien ne s’accomplit sans.
Mes remerciements a tous ceux qui m’ont instruit et supporté ces dernières années.
Mes remerciements à son Excellence l’Ambassadeur de Tunisie en Suisse Mr. Mourad Bourehla pour sa présence et ses félicitations.« Ainsi étaient les paroles de reconnaissance de l’étudiant après sa réussite.










Source

samedi 10 novembre 2018

La brutale dérive nocturne d’un Tunisien jugée à Lausanne

Par Fati Mansour. Publié lundi 28 septembre 2015 à 21:52.





Une victime qui résistait a eu le visage tailladé avec un couteau. Le prévenu, accusé de cinq brigandages aggravés commis durant la même nuit, voulait son téléphone. Récit d’audience

Les stigmates d’une violente nuit lausannoise
Vaud Une victime a eu le visage tailladé avec un couteau. Le prévenu voulait son téléphone

Devant la justice
On lui donnerait le bon Dieu sans confession. Poli, timide, tout en rondeurs. Et pourtant. Tarek, de son prénom d’emprunt, comparaît, tête très baissée, devant le Tribunal criminel de Lausanne pour une brutale virée nocturne. Une des victimes de cette série de cinq brigandages, le visage lacéré par plusieurs coups de couteau, porte encore les stigmates de ce déchaînement. «Je ne suis pas un ange, ni un diable», explique le prévenu qui ne se souvient pas de grand-chose mais veut bien tout avouer et tout regretter. «Ça fait du bien d’entendre des excuses», dira un plaignant quelque peu soulagé.

Les péchés

Né il y a 25 ans à Tunis, Tarek, habitué du séjour illégal et consommateur de stupéfiants de toutes sortes, cumule déjà des condamnations pour lésions corporel­les et bagarres. A Milan, notamment, où il a agressé un prêtre qui priait dans la rue. Dans la capitale vaudoise, il reconnaît avoir sévi avec un comparse – arrêté et détenu en Italie – durant cette nuit du 3 novembre 2013 à la recherche de téléphones portables et d’argent. Les victimes, menacées avec un couteau, ont été bousculées ou rouées de coups et délestées de leurs biens. «Ils étaient agressifs mais aussi assez affolés», explique un des molestés.
La deuxième cible de ce duo infernal, qui cheminait pour aller dormir chez sa grand-mère, ose la résistance. Le jeune homme, qui avait eu de récentes mésaventures tardives, s’était armé de deux poings américains et d’un cran d’arrêt apparemment oublié dans une poche. Ces objets interdits lui vaudront une procédure pénale qui est pour l’instant suspendue. Et ce n’est pas tout. Frappé à la tête, Tarek explique avoir réagi en faisant des «mouvements de balayage» avec son couteau. L’acte d’accusation du procureur Christian Buffat retient plutôt que le prévenu a poignardé sa victime à réitérées reprises à la main, au front, au nez, à la gorge et à l’arrière du crâne. Les plaies ont nécessité une quarantaine de points de suture.
A la demande du tribunal, le miraculé, représenté par Me Miriam Mazou, s’est approché des juges pour montrer ses cicatrices. Une longue balafre sur sa joue gauche et une autre sur son nez. Déjà fragilisé par une dépression et par la perte de sa place d’apprenti laborantin, le jeune homme a très mal vécu cette agression. La peur de sortir, la méfiance envers les étrangers, la gêne quand les enfants pointent du doigt son visage, tout lui est encore difficile. «Je vous souhaite du fond du cœur un bon rétablissement», répète le prévenu. La présidente lui suggère de lever la tête et de regarder sa victime lorsqu’il veut s’excuser.
L’alcool et la drogue aidant, Tarek, défendu par Me Pierre Charpié, assure qu’il ne se rappelle pas les détails de sa dérive. Il sait que les substances le rendent assez mauvais alors il doit bien admettre que tout cela est possible. En prison, il a continué à fumer du cannabis et s’est attiré quelques mises au cachot. Aujourd’hui, sa carrure massive et son esprit conciliant se dépensent dans la poterie et la cuisine. Après sa peine, que le tribunal fixera ce jeudi, le jeune homme veut rentrer au pays. Mais ça, c’est encore une autre histoire.


mercredi 13 juin 2018

Salim Khelifi a faim de jeu

de Marc Fragnière, publié le 13 janvier 2015

Le milieu de terrain inter­national suisse M21 espère emmagasiner des minutes sur les pelouses, ce printemps. (Photo EQ Images)  

Transféré de Lausanne à Brunswick lors du mercato hivernal 2014, le Vaudois entend désormais s'établir en Basse-Saxe.

Après avoir vu sa progression perturbée par une blessure en 2014, Salim Khelifi a repris lundi le chemin de l'entraînement, avec la ferme intention de s'installer dans une position de titulaire, alors que son club, actuel 4e en 2e Bundesliga, se battra pour réintégrer l'élite allemande, un an après l'avoir quittée.

Salim, quel bilan tirez-vous de votre première année en Allemagne?

Il est mitigé. En arrivant ici en février 2014, j'avais d'autres ambitions. Tout ne s'est pas passé comme je l'aurais voulu. Ma progression a été perturbée par des blessures, mais j'ai confiance en mes ­moyens. Maintenant, je suis OK physiquement: la situation va évoluer dans le bon sens.

Il n'a pas été approché par la Tunisie
A l'instar d'autres membres des sélections juniors suisses, Salim Khelifi possède une autre nationalité. Alors que le Cameroun avait tenté de recruter le Bâlois Breel ­Embolo pour disputer la Coupe d'Afrique des Nations 2015 dès ce week-end, la Tunisie n'a pas fait le forcing auprès de Khelifi. «Je suis l'actualité de la sélection et j'ai des contacts avec des joueurs, mais il n'y a pas eu d'approche officielle et, de toute manière, mon absolue priorité, c'est mon club », a dit le Vaudois. 

Que peut-on vous souhaiter pour 2015?

J'espère petit à petit m'installer comme titulaire lors du deuxième tour. J'ai discuté avec l'entraîneur et les dirigeants de ma situation, de mon envie d'obtenir plus de temps de jeu et ils m'ont assuré de leur soutien et de leur confiance.

«Notre religion, ce n'est pas ça!»

De confession musulmane, ­Salim Khelifi n'a, comme beaucoup de ses coreligionnaires, pas été insensible à la vague d'attentats qui ont frappé la France la semaine dernière. «En tant que musulman, je suis choqué. Ces terroristes n'ont rien compris. Notre religion, ce n'est pas ça!» s'est indigné le Suisse d'origine tunisienne. 

Il vous reste trois ans de ­contrat à Brunswick...

Oui, et on m'a redit qu'on comptait sur moi à l'avenir.

Une bonne nouvelle puisque vous semblez enchanté par votre nouvel environnement...

Clairement, tout me plaît ici. Les gens, la ville, le football allemand, l'ambiance au stade, je suis vraiment heureux ici.

Vous qui avez connu l'anonymat de la Pontaise, cela doit vous changer d'évoluer régulièrement devant plus de 20'000 spectateurs...

Oui, c'est fantastique! A ­Brunswick, les gens vivent pour le football. Le statut de footballeur se vit de façon complètement différente ici par rapport à Lausanne.

A Brunswick, il y a d'autres Suisses dans le contingent. Quelles sont vos relations avec Ohran Ademi et Saulo Decarli, que vous côtoyez aussi en équipe nationale M21?

Ohran vient d'être prêté à Ahlen. Pour des raisons de langue, j'étais moins proche de lui que de Saulo, qui parle très bien français et que je connais depuis les sélections juniors suisses.

Comme vous, Decarli navigue entre l'équipe première et la 2...

Comme moi, il a commencé la saison comme titulaire, puis a été blessé. Mais si tout se passe bien pour lui, je pense qu'il va retrouver son ancien statut ce printemps.

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mardi 29 mai 2018

Blanchi de viol avec cruauté et indemnisé

Tribunal criminel  

Le procès du Tunisien, jugé depuis lundi à Vevey pour maltraitance extrême sur son épouse ramenée du pays, s’est dégonflé.

Cent vingt jours de prison d’une main, et de l’autre une indemnité de 2000 francs pour le tort moral qu’il a subi dans cette affaire. Cent vingt jours de prison qu’il n’aura pas à purger car il en a déjà subi 121 en préventive, ce qui lui vaut au passage de recevoir 200 francs pour ce jour de trop.

Le procès du ressortissant tunisien à permis C jugé depuis lundi devant le tribunal criminel de Vevey, notamment pour viol avec cruauté et tentative d’interruption de grossesse punissable sur son épouse, s’est lamentablement dégonflé. L’homme niait tout en bloc. N’ont finalement pu être retenues que les menaces qualifiées proférées par ce chauffeur presque quinquagénaire envers sa compatriote affirmant avoir vécu l’enfer durant les quatre mois qu’a duré leur mariage en 2014.
«Un doute irréductible majeur interdit à la Cour de prendre pour vérité les déclarations de la plaignante»
«La cour a acquis la conviction qu’un doute irréductible majeur lui interdisait de prendre pour vérité les déclarations de la plaignante», résume le tribunal, qui a suivi en tout point le raisonnement de Me Gafner au côté du prévenu. Résidant désormais en Tunisie, l’épouse, plus jeune de treize ans que son mari, n’avait pu être entendue par la procureure avant que celle-ci ne renvoie l’affaire devant une cour criminelle tant en raison de la gravité des accusations que du passé pénal du prévenu. Celui-ci avait en effet été condamné en 2000 pour viol avec cruauté perpétré sous la menace d’un couteau. Pour la magistrate, il n’était pas exclu qu’il eût récidivé selon le même schéma.

Longuement interrogée au procès hors la présence de son mari, la plaignante a considérablement modéré des accusations qu’elle avait jusqu’alors formulées uniquement par écrit. Les juges ont balayé celle de viol sous la menace d’un couteau, observant que Madame s’était inspirée du jugement de 2000 dont elle avait eu connaissance avant de déposer sa plainte. Rien n’a permis non plus d’étayer la tentative d’interruption de grossesse, sinon que le mari ne désirait pas cet enfant.

Le tribunal n’a donc pas suivi la procureure Myriam Bourquin, qui avait requis quatre ans fermes, certes en abandonnant elle aussi le viol avec cruauté, mais en considérant que l’accusé était potentiellement dangereux. La magistrate avait par ailleurs demandé en vain son arrestation immédiate. Convaincue de la réalité de toutes les accusations, la partie civile demandait une indemnité de 10'000 francs pour tort moral. (24 heures)

07.03.2017 par Georges-Marie Becherraz

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mercredi 23 mai 2018

Anouar Gharbi «J’ai de la sympathie pour la résistance»

Par Barbara Pochinu Carta, Publié jeudi 3 juin 2010

L’un des organisateurs de la flottille est Genevois


Le sol du bureau d’Anouar Gharbi, à la Maison des associations à Genève, est jonché de cartons aux couleurs de la Palestine, de drapeaux et de keffiehs. «J’ai déménagé ce matériel hier», explique ce Suisse d’origine tunisienne, 45 ans, qui préside l’association genevoise Droit pour tous et qui est l’un des trois coordinateurs de la «Campagne européenne pour la fin du siège à Gaza». Ce désordre contraste avec son bureau: ordonné, fonctionnel, il ne contient qu’un ordinateur portable, un téléphone, un crayon. La «Campagne européenne» est l’une des associations à l’origine de la «Flottille de la liberté». Son bateau, le 8000 (en référence au nombre de Palestiniens emprisonnés en Israël), transportait des médicaments, des maisons préfabriquées et du matériel de construction ainsi que des parlementaires et des journalistes de divers pays. Budget de l’opération, achat du navire compris: 3 millions de dollars. «Son financement provient uniquement de dons, explique Anouar Gharbi. Je ne peux pas me résoudre à laisser des gens mourir à petit feu.»

Jeune étudiant, à Tunis, Anouar Gharbi était porte-parole du syndicat de son université avant de fuir son pays, il y a une vingtaine d’années. «Je ne supportais plus de vivre sous une dictature.» Il s’installe alors en Suisse pays dont sa femme possède la nationalité. Là, il se refait une vie. Sa femme travaille comme traductrice pour l’ONU. Lui devient cadre dans une entreprise informatique. Mais il conserve l’«âme d’un syndicaliste». Actif dans le milieu associatif, il est l’un des fondateurs de la Maison des associations.

La «Campagne européenne» a envoyé plus de 500 convois d’aide humanitaire à Gaza: «essentiellement des médicaments, pas des roquettes!» lâche-t-il provocateur. Il y a aussi les convois navals. Depuis cinq ans, seuls quatre bateaux ont réussi à atteindre les côtes de Gaza, trois autres ont été arrêtés en mer et un dernier a été endommagé par l’armée israélienne.

Un syndicaliste objet d’attaque

Durant l’été 2009, Anouar Gharbi s’est rendu à Gaza avec une délégation de parlementaires suisses dont Josef Zisyadis. Là, ils rencontrent Ismaël Haniyeh, l’un des leaders du Hamas. «Je ne regarde pas la religion ou la tendance politique, je suis internationaliste, je ne reçois des ordres de personne», raconte-t-il avant d’ajouter: «Je garde tout de même une distance critique.» De son côté, Josef Zisyadis précise qu’il ne soutient pas le mouvement islamiste et que, sur ce point, «nous avons des divergences» avec Anouar Gharbi.

Le syndicaliste ne craint-il pas d’être instrumentalisé par une organisation que de nombreux Etats qualifient de «terroriste»? «Pour Israël on est tous des terroristes, rétorque-t-il. Je suis du côté de ceux qui défendent leur terre, leur dignité. […] J’ai de la sympathie pour la résistance, que ce soit en Irak, au Venezuela ou en Palestine.» Si on lui rappelle que la charte du Hamas appelle à la destruction d’Israël, l’intéressé riposte: «Connaissez-vous la charte du Likoud, le parti au pouvoir en Israël. Elle stipule l’existence d’un Grand Israël depuis 3000 ans. Il n’y a donc pas de place pour les Palestiniens.»

Anouar Gharbi n’hésite pas à parler de «territoires occupés» à propos du territoire israélien dans ses communiqués appelant à manifester sur la place des Nations à Genève, à Berne ou à Zurich. Ueli Leuenberger, le président des Verts, qui a eu des contacts avec Anouar Gharbi le considère comme «quelqu’un de sérieux, qui réfléchit avant d’agir et n’hésite pas à demander conseil».

Combatif, Anouar Gharbi est également l’objet d’attaques. Ainsi a-t-il été pris à partie par certains médias et milieux antiracistes lorsqu’il a accueilli, en 2008, Azzam Tamimi, un intellectuel palestinien connu pour ses déclarations virulentes contre Israël. Ainsi est-il l’objet d’intimidations de la part des «sbires de Ben Ali». La semaine dernière encore, une voiture noire fonçait sur son scooter alors qu’il quittait sa maison. «Je les connais. Ce n’est pas la première fois, explique-t-il. J’ai déjà déposé plainte pénale auprès de la police fédérale. Pour l’heure elle n’y a pas donné suite.»

Anouar Gharbi est un musulman pratiquant: «Je crois en Dieu c’est tout», précise-t-il. Sur les étagères de sa bibliothèque, il y a plusieurs ouvrages de Tariq Ramadan. «C’est un ami, nous avons milité ensemble pour l’Irak, la Palestine, contre l’islamophobie.» Avant de se quitter, il offre une carte postale représentant des enfants aux abords d’un village de Cisjordanie, drapeaux palestiniens au vent. «J’aime bien cette image, cela me rappelle mon enfance. Il ne faut pas oublier la solidarité.»

jeudi 10 mai 2018

Entretien avec Mondher Kilani


Propos recueillis par A. M.-K.
Publié vendredi 19 décembre 2014 à 22:07.


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«La chance de la Tunisie, c’est son histoire»


Mondher Kilani est anthropologue et professeur honoraire à l’Université de Lausanne. Il a publié cet automne «Tunisie, carnets d’une révolution»*. D’après lui, la Tunisie a bénéficié dans sa transition d’un avantage exceptionnel, celui d’avoir de tout temps existé en tant qu’unité politique pertinente


Le Temps: La nouvelle Constitution a réduit les prérogatives présidentielles. Cette campagne a pourtant cristallisé les passions.
 
Mondher Kilani: Les Tunisiens sont un peu empruntés dans cette élection, car ils n’ont pas envie de revivre la figure de l’homme fort ou du sauveur qui a prévalu pendant des décennies. Or l’un et l’autre des candidats jouent de cette figure. Béji Caïd Essebsi se présente comme celui qui va remettre le pays sur des rails et Moncef Marzouki comme celui qui va sauver la révolution. Ils apparaissent tous deux comme des personnalités de circonstance. Le deuxième tour a été source de crispation car chacun a peur que le candidat de l’autre passe. D’autant plus que les autres partis n’ont pas choisi. Ennahda n’a ainsi donné aucune consigne claire à ses partisans. Cela montre que la société tunisienne est plus complexe que l’idée qu’on s’en fait.
 
– Ces derniers mois, elle est surtout apparue tiraillée entre les islamistes et les modernistes. Cette bipolarité a-t-elle émergé dans la révolution ou a-t-elle toujours existé?
 
– On a tendance à simplifier, en imaginant deux forces opposées. Cette dichotomie s’inscrit dans la suite de la dictature de Ben Ali, à laquelle on donnait une sorte de respectabilité démocratique parce qu’elle aurait été le rempart contre l’islamisme. Mais, si on prend le temps de réfléchir, cette opposition n’est pas si radicale: le parti islamiste Ennahda et Nidaa Tounes sont tous deux favorables au libéralisme économique. Sur le plan extérieur, ils endossent des positions pro-occidentales. Ils pourraient s’entendre, et d’ailleurs ils ont esquissé la possibilité de travailler ensemble. Ils sont parvenus à un accord à l’Assemblée nationale en nommant un président issu de Nidaa Tounes et un vice-président d’Ennahda. En Tunisie, les arrangements sont possibles sur la scène politique. Le pays ne fonctionne pas sur l’exclusion a priori de l’autre, c’est sans doute ce qui l’a sauvé institutionnellement.

– Où se situent alors les zones de fractures?
 
– Elles se retrouvent dans les référentiels historiques. Les modernistes se réfèrent plutôt à l’imaginaire nationaliste fondé par Bourguiba dans la suite du courant moderniste apparu au XIXe siècle. Ils insistent sur une forme de «tunisianité», empruntent au courant intellectuel et aux figures syndicales. Le référentiel des islamistes est religieux. Ils sont plus internationalistes, puisqu’ils vont puiser des références à l’étranger. Mais ces islamistes ne sont pas une génération spontanée. Ils sont Tunisiens avant tout. Ce n’est que parce qu’ils n’avaient jamais eu la possibilité de s’exprimer librement qu’on a tout d’un coup découvert leur existence.

– La Tunisie est en train d’achever sa transition là ou d’autres pays ont échoué. Quel est son atout maître?
 
– La force de la société tunisienne est qu’à chaque crise depuis la révolution, la multitude a su se reconstituer, en dehors des partis et des clivages. C’est une dynamique très forte qui s’inscrit dans un passé. La Tunisie a bénéficié d’une situation exceptionnelle: c’est un pays qui a une certaine profondeur historique. Au temps de Rome et de Byzance, sous toutes les dynasties musulmanes et l’Empire ottoman, la conscience d’appartenir à une entité politique pertinente a toujours existé. Contrairement à la Syrie ou à l’Irak, qui sont des créations des puissances coloniales après 1920, ou à la Libye, qui n’a jamais été qu’un patchwork.

– La révolution tunisienne a d’abord été celle des jeunes. Or, ils n’ont pas pris la relève sur le plan politique. Comment l’expliquer?
 
– Ils sont largement majoritaires sur le plan démographique et ce sont eux qui ont été à l’origine de la constitution de la multitude: les jeunes, les chômeurs, les pauvres, rejoints par les classes moyennes. Tous ont convergé vers un même but: recouvrer une dignité. Dans le bouillonnement du début, on pensait que les jeunes parviendraient à occuper tous les espaces dans une sorte de démocratie participative. Mais les portes leur sont restées fermées, car assez rapidement le jeu institutionnel a repris le dessus. L’obsession de la transition s’est imposée, il fallait retrouver vite des institutions, ce qui a balayé les autres préoccupations de type révolutionnaire. Les jeunes n’ont pas disparu, les plus chanceux se sont investis dans la création, dans l’art. Mais pour les autres, c’est le désenchantement, et ce n’est pas pour rien que le mouvement migratoire a flambé. Les problèmes de fond n’ont pas été réglés. 
 
* Tunisie, carnets d’une révolution, Editions Petra, 2014, Paris.



Publié vendredi 9 mai 2014 par Em. G.

Bio/Biblio

Mondher Kilani

Les principaux livres du professeur d’anthropologie à l’Université de Lausanne

Mondher Kilani

Mondher Kilani est né en Tunisie et y a grandi jusqu’à l’âge de 19 ans, avant de séjourner en France puis de s’établir en Suisse. Il a été professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne jusqu’en 2013. Il est notamment l’auteur d’une fameuse Introduction à l’anthropologie (Lausanne, Payot, 368 p.) pour les étudiants.

Voici ses principaux autres titres:

Anthropologie. Du local au global, Armand Colin, 2009

Guerre et Sacrifice. La violence extrême, P.U.F., 2006

L’Universalisme américain et les Banlieues de l’humanité, Lausanne, Payot, 2002

L’Invention de l’Autre. Essais sur le discours anthropologique, Lausanne, Payot, 2000

La Construction de la mémoire, Labor & Fides, 1992

Les Cultes du cargo mélanésiens. Mythe et rationalité en anthropologie, Editions d’en bas, 1983

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vendredi 4 mai 2018

L'islam est surexposé dans les médias, déplore Montassar BenMrad

 11.11.2017 par Jacques Berset, cath.ch 

 Montassar BenMrad et Martine Brunschwig Graf, entourant Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté ¦ © Jacques Berset

Dans le cadre de la Semaine suisse des Religions, le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère (GIIG) avait invité, vendredi soir 10 novembre, Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR), et Montassar BenMrad, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) et vice-président du Conseil suisse des Religions (SCR).

Depuis l’attentat sanglant du 7 janvier 2015 contre l’hebdomadaire satirique “Charlie Hebdo” et les nombreuses attaques djihadistes dans les rues de Paris, Nice, Londres, Berlin, Barcelone ou Bruxelles, l’image des musulmans d’Europe s’est fortement dégradée. Prônant le dialogue et l’interconnaissance, le GIIG  estime que la peur de l’autre provient essentiellement de l’ignorance et du manque de connaissance mutuelle. Des études montrent aussi que, par rapport à d’autres religions, l’islam est surexposé dans les médias.

“Construire le vivre ensemble, dans la diversité des croyances”
Une bonne soixantaine de personnes, venues de tout le canton, mais aussi de plus loin, s’étaient donné rendez-vous aux Halles de Bulle pour échanger avec les deux invités sur le thème “Diversités des croyances: construire le vivre ensemble”.  Au cours d’un débat de très bonne tenue, arbitré par Serge Gumy, rédacteur en chef du quotidien La Liberté, quelques remarques ont fusé des rangs du public, montrant qu’en matière de présence musulmane dans le pays, le climat reste tendu.

Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) ¦ © Jacques Berset

En Suisse, on compte dix religions principales et 190 nationalités vivent sur son territoire. Le pays vit ensemble avec toute cette diversité, même si un sondage a montré que plus d’un tiers des personnes interrogées déclarent être dérangées par ceux qui sont différents, a relevé la présidente de la CFR. A l’époque des initiatives xénophobes des années 1970 – les fameuses initiatives Schwarzenbach – qui vont exacerber les tensions face aux étrangers – c’étaient les travailleurs italiens qui étaient visés. “Il y avait déjà des discours de haine, des gens engagés contre ces initiatives ont reçu des menaces de mort…”

Les musulmans dans le collimateur

Aujourd’hui, outre les gens du voyage, les Roms, les Yéniches, sans parler des personnes de couleurs, ce sont les musulmans qui sont dans le collimateur. Le rejet de l’islam est en forte augmentation. Selon un sondage paru fin août dans la presse alémanique, quelque 38% des Suisses disent se sentir menacés par les musulmans de Suisse. La peur de l’islam a plus que doublé au cours des treize dernières années.
“Le lien entre musulmans et terrorisme est omniprésent sur les réseaux sociaux, sur Facebook, les blogs des journaux”, déplore Martine Brunschwig Graf, membre du Parti libéral-radical, ancienne conseillère nationale et conseillère d’Etat genevoise, par ailleurs présidente de la Fondation pour l’enseignement du judaïsme à l’Université de Lausanne.

Montassar BenMrad, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) ¦ © Jacques Berset

“C’est la Suisse qui accueille le mieux les musulmans”

Engagé depuis plus de deux décennies dans le travail associatif et dans le dialogue interreligieux – il a été cofondateur de la Maison du dialogue de l’Arzillier, à Lausanne en 1998, et du Groupe musulmans et chrétiens pour le dialogue et l’amitié en 2001- le Vaudois Montassar BenMrad est à la tête de près de 200 associations musulmanes dans les quatre régions linguistiques de la Suisse.
S’il admet que l’on vit une période de tension en ce qui concerne la présence musulmane, il affirme, en comparaison notamment avec la France, que “c’est la Suisse qui accueille le mieux les musulmans, on favorise l’intégration…”

La situation s’est dégradée entre 2009 et 2017

Citant une étude de l’Université de Zurich sur des articles parus dans les médias, l’expert en informatique d’origine tunisienne, haut cadre dans une multinationale, affirme que la situation s’est beaucoup dégradée entre 2009 et 2017. “La plupart des articles montrent désormais de la distance par rapport aux musulmans, et ceux qui marquent de l’empathie ont fortement diminué”, regrette le scientifique, qui a obtenu son doctorat à l’EPFL en 1994.
Et de déplorer, en citant l’UDC et le PDC, que des partis politiques utilisent la question de l’islam et des musulmans à des fins purement politiques. Il estime “dommageable” que le PDC marche désormais sur les plates-bandes de la formation nationaliste conservatrice. Gerhard Pfister, président du PDC, s’est en effet récemment déclaré dans la presse fermement opposé à une reconnaissance de l’islam. Le président de la FOIS souligne cependant que cette attitude négative envers l’islam se rencontre avant tout dans le PDC de Suisse alémanique.

Les mantras de l’UDC

Quant à l’UDC, lors de son assemblée des délégués du 28 octobre dernier à Frauenfeld (TG), elle a une nouvelle fois déclaré qu'”une reconnaissance de droit public de l’islam ou une formation étatisée d’imams est hors de question”, arguant que “nous devons vivre selon nos valeurs chrétiennes”.
Ainsi, peut-on lire pêle-mêle sur le site internet du premier parti de Suisse: “L’activité pastorale des imams dans les prisons et à l’armée doit cesser […] Les imams peuvent être remplacés par des psychologues de l’armée ou des prisons […] Jusqu’à nouvel avis, les activités des imams doivent être surveillées dans toute la Suisse […] La viande halal, la dissimulation du visage etc. ne doivent pas être tolérées dans les lieux publics comme les écoles, les prisons, les hôpitaux ou dans l’armée”.
Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté, face à Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) ¦ © Jacques Berset

Primauté de l’Etat de droit et de la législation commune

Se déclarant, comme tout citoyen suisse, ferme partisan de l’Etat de droit et du respect de la législation de son pays, Montassar BenMrad se dit que lui et la FOIS sont tout autant intéressés à traiter les risques de dérives islamiques. Il partage la position de Martine Brunschwig Graf, pour qui l’Etat de droit et la loi commune en Suisse priment en tous les cas sur les préceptes de la loi religieuse, ajoutant que “les gens qui sont ici peuvent exercer leur religion en toute liberté, pour autant qu’ils respectent les règles de l’Etat de droit”. La politicienne genevoise, née à Fribourg, a rappelé par ailleurs que, dans le passé, les Eglises chrétiennes ont aussi connu des dérives.
Le représentant musulman se déclare en faveur de la reconnaissance de sa communauté au niveau cantonal – il y a des démarches dans ce sens, notamment dans les cantons de Vaud et Neuchâtel -, considérant que le processus de reconnaissance forcera les communautés musulmanes à se structurer. “Elles devront faire des efforts pour se fédérer. Il y aura plus de transparence, les livres de comptes seront ouverts…”

Le Centre Suisse Islam et Société

S’il salue le travail fourni par le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg, il rappelle que cette formation universitaire n’est pas un enseignement théologique. Ce sont les communautés locales qui sont responsables d’engager un imam. Dans le cas de l’imam radicalisé de la mosquée An’Nur de Winterthur, “il y a eu un gros dérapage, l’imam n’était pas formé, il était incompétent”. Le président de la FOIS souligne qu’en principe les imams ont suivi une formation universitaire, “mais de toute façon, il doit y avoir un contrôle de qualité des imams”.
Le président de la FOIS concède que beaucoup trop d’entre eux sont autodidactes, sans diplôme, et certains alimentent leur prêche avec les réseaux sociaux, où l’on trouve d’innombrables fausses informations sur l’islam. “Quand les communautés ont la capacité financière de payer le salaire d’un imam, un professionnel formé, il y a davantage de filtres!”

Haro sur Blancho

Interrogé sur l’image négative de l’islam propagé par le Conseil central islamique suisse (CCIS), d’obédience salafiste, Montassar BenMrad estime que ce groupe ne compte que 42 membres actifs, avec, peut-être, tout au plus 2 à 3’000 sympathisants,  soit  moins de  1% des musulmans de Suisse. Tout comme sur l’autre bord Saïda Keller-Messalhi, fondatrice et présidente du Forum pour un islam progressiste, “ils ne représentent qu’eux-mêmes!” Par contre, le CCIS a fait “pas mal de dégâts” à l’image des musulmans de Suisse, “mais on fait en sorte qu’ils n’aient aucun accès à nos mosquées”. De toute façon, lance-t-il en guise de conclusion: “Depuis qu’ils ont des problèmes avec le Ministère public de la Confédération, ils se sont calmés…” Quant à lui, il veut faire entendre “la voix du milieu, celle de la modération”. (cath.ch/be)

Martine Brunschwig Graf visée par Vigilance Islam

Peu avant le début des débats, la police s’est brièvement montrée aux Halles. La raison: les menaces – “proches de menaces de mort” – reçues par Martine Brunschwig Graf dans le cadre du colloque à l’Université de Fribourg “Hostilité envers les musulmans: société, médias, politique”, le 11 septembre 2017. Ce débat scientifique était organisé par la CFR, en partenariat avec le Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg (CSIS) et le Centre de recherche sur les religions de l’Université de Lucerne (ZRF). La présidente de la CFR avait été prise pour cible par un membre de l’association genevoise Vigilance Islam et a porté plainte.

Le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère

Pour le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère (GIIG), la simple coexistence entre les diverses communautés vivant en Suisse n’est pas suffisante. “Dans un monde globalisé, avec le brassage grandissant de la population et des cultures différentes, écrit-elle, la nécessité de vivre ensemble est devenue vitale. Le monde a besoin d’unité dans l’action des croyants: les valeurs universelles communes aux différentes croyances ont le pouvoir de nourrir une société qui se laïcise et s’individualise de plus en plus. Les croyants ont une responsabilité spirituelle, morale et citoyenne d’ouverture vers l’autre: ils doivent témoigner ensemble, sans condition ni angélisme, de l’unité intrinsèque de la famille humaine, en dignité et en droit. Par le dialogue et les comportements, nous pouvons contribuer à la paix. Nos différences sont source d’enrichissement pour œuvrer ensemble!” JB

mardi 1 mai 2018

Le porte-voix genevois des révoltés tunisiens

 Publié le 23 janvier 2011 par Angélique Mounier-Kuhn

Contraint à quitter son pays en 1991, Anouar Gharbi foulera de nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier. L’activiste s’est révélé incontournable pour suivre la révolution du jasmin, depuis la Suisse. Depuis quelques semaines, il ne touche plus terre

Il passe un coup de fil contrit, pour prévenir: impossible de se garer dans les environs de Plainpalais. Avec une bonne vingtaine de minutes de retard, Anouar Gharbi finit par arriver, l’oreillette branchée et absorbé par une conversation téléphonique en arabe. Il tend une poigne ferme, s’assied, tout en abreuvant son interlocuteur de «chouf, chouf». Il raccroche et prend la précaution d’éteindre son portable. Nous pouvons enfin faire connaissance.

Anour Gharbi, coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT-Suisse) ne touche plus terre depuis que l’Histoire a pris un tour inattendu dans son pays d’origine. Radio, télévision, manifestations, il est sur tous les fronts. Sa disponibilité et son empressement à partager à toute heure ses informations de première main en ont fait le relais incontournable pour suivre, depuis la Suisse, les événements de Tunisie. «Cela fait trois semaines, je ne dors pas plus de deux ou trois heures par jour. Il m’arrive de passer des journées sans manger, sans même me rendre compte que j’ai faim.»

Cela tombe bien. C’est précisément pour le mettre à table que nous avons souhaité le rencontrer. Il a choisi l’endroit, Les Savoises, le restaurant-café «équitable» de la Maison des associations, à Genève, qu’il contribua à fonder il y a quelques années. En dépit de ses murs orange tapageur et jaune vif, l’endroit est accueillant, tout comme la serveuse, aimable et enjouée, qui régente toute seule la salle heureusement clairsemée. Dans la cuisine ouverte, le maître des lieux vaque à la préparation des plats. Anouar Gharbi se sustentera d’une salade mêlée au chèvre chaud. Nous misons sur un pot-au-feu. Pour les accompagner, un jus de pomme et une eau gazeuse.

Il y a tout juste un mois et un jour, Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, s’est transformé en torche vivante à Sidi Bouzid, une localité agricole du cœur de la Tunisie. Depuis ce geste sacrificiel, l’actualité du pays, où Anouar Gharbi naquit en 1964 dans la région côtière de Chebba, s’est emballée, jusqu’à la chute rocambolesque, le 14 janvier, de son autocrate de président, Zine el-Abidine Ben Ali. Demander à Anouar Gharbi comment il a vécu l’effondrement du régime, c’est s’embarquer pour un périple liant constamment passé, présent et avenir.

Ces heures épiques lui rappellent, par leur intensité, ses souvenirs de militant syndicaliste, diplômé en agronomie, contraint à l’exil. C’était en 1991: «Un jour, on m’appelle pour me dire qu’une dizaine de policiers sont partis chercher celle qui allait devenir mon épouse (elle est Suisse par sa mère et alors professeur d’anglais) parce qu’ils me cherchent moi, sans parvenir à me trouver.» Quelques semaines auparavant, un autre coup de fil l’avait informé que son nom figurait dans le journal, au beau milieu d’une liste de personnes recherchées, islamistes pour la plupart. Annouar Gharbi se raconte dans le moindre détail. Il en néglige son assiette et oublie parfois de finir ses phrases. Dans la nôtre, le pot-au-feu, parfumé mais un peu filandreux, tiédit.

«J’ai été considéré comme le responsable des relations extérieures d’Ennahda (ndlr: le parti islamiste interdit dont les membres ont été traqués, torturés et qui demande aujourd’hui sa légalisation) parce qu’en 1990, je me suis rendu en Algérie, au Maroc et en Europe de l’Est pour négocier l’inscription dans les universités d’étudiants tunisiens qui n’avaient pas pu achever leurs études en raison de leur engagement. Oui, beaucoup d’entre eux étaient des islamistes», enchaîne le militant. En dépit du soupçon récurrent que lui a valu par le passé sa proximité avec Ennadha et certaines fréquentations plus récentes, Anouar Gharbi se défend de penchants islamistes. Sa barbe? Un bouc stylé, poivre et sel et taillé de frais. Son rapport à l’Islam? Parfaitement assumé: «Je me sens très bien avec Dieu. Je suis croyant, pratiquant, mais je suis un «musulman light». Je travaille trop pour faire me prières à temps. Il m’arrive, en voyage, de ne pas observer le ramadan». Le cœur à gauche alors, Anouar Gharbi? «Cela n’a rien strictement rien à voir. Je me sens proche des opprimés, et j’ai de la sympathie pour tout ce qui est résistance.»

Etonnant caméléon, cet hyperactif à l’œil sémillant, père de quatre enfants, menant carrière dans une entreprise internationale tout en militant, dit-il, au sein d’une quinzaine d’associations. Droit pour tous est l’une d’entre elles, qu’il préside et participa activement à l’organisation de la «Flottille de la liberté» pour Gaza au printemps dernier. Autre fait d’arme, dont Anouar Gharbi est fier d’évoquer le souvenir: cette visite express de Ben Ali à Genève, en 1995, qui s’acheva par une brouille diplomatique entre Tunis et Berne. Invité d’honneur de la Conférence internationale du travail, le président tunisien avait été copieusement sifflé par des manifestants, dont l’activiste était le coordinateur. Furieux, Ben Ali avait rappelé son ambassadeur à Berne.

Entre deux fourchetées faméliques, Anouar Gharbi relate les deux mois de clandestinité qui ont précédé son départ de Tunisie il y a vingt ans. Deux décennies pendant lesquelles il n’a jamais remis les pieds au pays, dont il connaît pourtant les contours par cœur. Dès le début du repas, il s’est appliqué à dessiner la Tunisie sur un brouillon pour que l’on suive pas à pas ses pérégrinations. Rentrer était trop risqué. Sauf à sacrifier sa liberté d’expression, ce à quoi il s’est toujours refusé. D’ailleurs, son passeport était en souffrance depuis 1998 à l’ambassade de Tunisie à Berne, où il avait été déposé pour une demande de renouvellement. De l’autre côté de la Méditerranée, ses parents ont à peine été mieux traités. Il leur a fallu des années pour obtenir un passeport; et ils ne lui ont rendu que deux visites à Genève. «Tu as tout ici. Merci à Dieu, lui lâche un jour sa mère dans le jardin de sa maison de Grand-Saconnex. Tu ne manques de rien, mais toi, tu nous manques.» Le déracinement, assure pourtant Anouar Gharbi, n’a pas été une si douloureuse expérience: «Bien sûr, lorsque l’on m’envoie des séquences vidéo de mon village, de mon école, ma gorge se serre. Mais d’un autre côté, je ne voulais pas donner à Ben Ali le crédit de ma présence.»

L’heure a tourné: trop tard pour le dessert, un expresso achèvera le repas. Anouar Gharbi foulera à nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier, accompagné d’une délégation de parlementaires et de militants des droits de l’homme en Suisse. S’il ne laisse pas encore libre cours à sa joie, «c’est parce le pays est tout entier à construire. Comment participer à ma manière? C’est la question qui me préoccupe aujourd’hui». Le militant se voit en «facilitateur», en tisseur de liens. Aussi, s’il s’engage en politique, «ce sera au sein d’une coalition et non dans un parti». Imagine-t-il se réinstaller dans la Tunisie affranchie de son despote? Il n’hésite pas; sa vie est ancrée à Genève. «Je suis devenu citoyen suisse. Jamais, en vingt ans d’engagements, je n’ai été l’objet de racisme. J’y suis profondément attaché.» Il aidera donc les Tunisiens à distance. Pourtant, lorsqu’au moment de se quitter on souligne le courage prodigieux de ces derniers et leur intelligence politique, il remercie, ému, touché par le compliment.