Base de données presse et documentaires francophones sur toutes les relations entre la Tunisie et la Suisse.
Tous domaines confondus (politique, histoire, culture, sport, etc.)
Tribune | Par Angela Kontouli publié le 21.02.2018
La doyenne des Suisses en Tunisie, Paulette Charbonnier – Kaaniche veuve
de feu Aly Kaaniche fête aujourd’hui mercredi 21 février son 100e
anniversaire. Elle vit pendant les derniers 30 ans entourée de sa fille
et son gendre, mais aussi de ses petits enfants et
arrière-petits-enfants.
La doyenne a encore tout son esprit et une mémoire limpide. Elle a
connu la fin de la 1ère Guerre Mondiale, la 2nde Guerre Mondiale,
l’Indépendance de la Tunisie, le droit au vote pour les femmes en Suisse
et en Tunisie et la Révolution.
Née
le 21 février 1918, à Begnins dans le canton de Vaud, Paulette était la
plus jeune de quatre enfants. Après son enfance en Suisse, sa mère,
Anne Koela divorcée quitte la Suisse pour Paris où elle commence à
travailler pour les Editions Buchet/Chastel.
Elle se rappelle de façon très vive de sa rencontre, à Paris à l’age
de 20 ans, avec Aly, celui qui deviendrait plus tard son mari. Après une
année de flirt elle est invitée à passer des vacances à Sfax en Tunisie
pour rencontrer sa future belle-famille.
Mais, ce qui devait être des vacances de courte durée est scellé par
un destin différent. La Seconde Guerre mondiale est déclarée, et Paris
est occupé par l’armée allemande. Elle ne peut plus revenir chez elle.
Son futur mari, décide de précipiter le mariage qui a lieu en Tunisie,
sans la famille de la mariée. Jusqu’à la fin de la Guerre elle n’aura
aucune nouvelle de sa famille malgré les interventions auprès de la
Croix Rouge. Elle ne la reverra qu’en 1947.
De ces premières années en Tunisie, Paulette garde encore une énorme
fascination. Elle se rappelle que tous les hommes dans la famille de son
mari étaient bien éduqués et parlaient un français impeccable. Les
femmes non, mais elles l’ont tout de suite adoptée malgré les
différences.
« Je me promenais en pantalon et chemises en mousseline transparente
amenant la mode de Paris à Sfax, ce qui était quasi scandaleux à
l’époque » dit-elle avec un sourire espiègle. « J’étais d’ailleurs une
de premières femmes à porter un pantalon même à Tunis ! Mon mari était
un dandy, il aimait me voir habillée dernier cri» affirme-t-elle.
Après leur mariage, Paulette et son mari Aly vivent à Tunis où il est
commerçant et importateur. Ils habitent d’abord Rue du Sabre qui
donnait sur la rue du Pacha entourés de familles françaises
principalement. Puis ils décident de s’installer au Kram. «A partir de
1950 mon mari a commencé à œuvrer ouvertement pour l’Indépendance.
Il avait connu, Habib Achour et Bourguiba et d’ailleurs quand
Bourguiba était à Paris et qu’on devait lui remettre une lettre, on
venait au magasin et lui, à son tour, l’envoyait à ma mère à Paris. Ma
mère par la suite la passait à Bourguiba ».
La sanction pour son combat ne tarde pas d’arriver. En 1952 un
inspecteur Corse a commencé à tourner autour de la maison. Puis une
nuit, sa voiture s’est arrêtée devant la maison, et il a jeté une bombe
devant la véranda. Tout le monde – Paulette, Aly, leur fille Radia qui
avait 5 ans, et la mère d’Aly – dormait.
La maison bombardée par la Main Rouge
Le
toit est tombé, heureusement sans faire des morts. « La déflagration
était tellement importante que même les vitres des maisons voisines sont
parties en éclats ! Regarde, touche ce tableau », m’incite elle, « tu
sens les morceaux métalliques ? C’est les éclats de la bombe ! J’aurais
pu le réparer, mais je le garde comme ça, pour me rappeler… ».
La mère d’Aly sortie difficilement sous les décombres a dû être
hospitalisée mais s’en est sortie. La presse de l’époque a évoqué la
Main Rouge. Quelques jours plus tard Aly partait en Suisse pour mettre
sa famille à l’abri, qui n’est revenue qu’en 1955, d’ailleurs dans le
même bateau que Habib Bourguiba, le paquebot Ville d’Alger…
Paulette Charbonnier-Kaaniche parle de la Tunisie, avec amour et
respect. Elle dit y avoir vécu une vie pleine et agréable, entourée
toujours par sa famille et des amis.
Elle démarre son anniversaire de 100 ans avec des bonnes résolutions :
après avoir fumé pendant 70 ans et notamment des cigarettes Cristal
(paquet souple) elle décide d’arrêter de fumer. « Je ne suis pas sûre
que fumer est mauvais pour la santé, mais on dit que ça fait des rides »
dit elle en rigolant !
Nous lui souhaitons un Joyeux Anniversaire et plein d’autres encore à venir !
Malika el Aroud: l'histoire de la veuve de l'assassin de Massoud
Slug News — , mis à jour le 21.06.2017 à 6 h 02
Femme de moudjahid, de combattant, promue veuve de martyr après que
son mari a assassiné le commandant Massoud, cette pasionaria du djihad
est un modèle pour les jeunes recrues du terrorisme islamiste. Voici son
histoire.
Elle est charismatique, radicale, déterminée. Fière de ses deux maris
tombés «en martyrs». La presse belge l’a surnommée «la Veuve noire du
djihad». Condamnée en 2010 à huit ans de prison pour avoir «diffusé
durant des années l’idéologie du mouvement terroriste Al Qaïda (…) et
d’avoir directement participé au recrutement de candidats au combat…(…)
et financé la filière…», elle a purgé sa peine entièrement et depuis le 8 décembre 2016, Malika el Aroud est libre.
Malika El Aroud a réussi une prouesse : devenir, dans l’univers viril
des guerriers d’Allah, la première femme occidentale à se faire une
légende. Et pour en garder la maîtrise, elle a voulu l’écrire à la
première personne. Dans son livre Les Soldats de Lumière (2004),
elle relate son épopée afghane aux côtés de son homme, l’assassin du
commandant Massoud, ennemi juré des Talibans. C’était le 9 septembre
2001 et deux jours plus tard à New-York, deux avions percutaient les
tours jumelles du World Trade Center.
À sa sortie en 2004, le récit de Malika devient le livre
de chevet d’une génération d’apprenti-djihadistes. Lors des
perquisitions, les agents de l’antiterrorisme trouvent encore ses écrits
en version PDF dans les disques durs de certains.
Pourtant, loin de cette vie d’aventures et des combats au nom de
Dieu, la vie de Malika a commencé dans la capitale belge. Comme beaucoup
de femmes au parcours similaire, avant d’embrasser l’islam radical, «elle a vécu une adolescence chaotique,
explique le journaliste Jean-Pierre Martin, auteur d’un ouvrage sur les
origines du terrorisme en Belgique. Il a personnellement rencontré
Malika El Aroud en de rares occasions. «Malika n’a jamais terminé le
lycée, elle a vécu de petits boulots. Elle a fréquenté les bars, les
boites de nuit, et a eu plusieurs aventures amoureuses, une vie de jeune
bruxelloise loin de la religion. D’ailleurs elle ne s’en cache pas dans
son livre, même si tout cela est évoqué rapidement et avec pudeur. Mais
cela a été confirmé par des membres de sa famille qui avaient rompu
avec elle à une époque car ils ne supportaient pas ce type de vie.»
Le foyer du CIB
En 1991, à 32 ans, Malika El Aroud, désemparée, se tourne vers
l’Islam sur les conseils de son grand frère. Quelques années plus tard,
elle fait la connaissance d’un homme qui va changer sa vie : le cheikh
Bassam Ayachi. Derrière sa longue barbe blanche, l’homme est un
véritable gourou. Réfugié politique, issu d’une noble famille syrienne,
il est imprégné de l’idéologie des frères musulmans. Il a obtenu la
nationalité française avant de partir conquérir des âmes en Belgique.
Là, il fonde le Centre Islamique Belge (CIB).
Dans les années 1990 cette pépinière d’islamistes avait pignon sur
rue dans la capitale européenne. Le Centre était installé dans la
localité de Molenbeek... On y prêchait ouvertement le djihad «défensif» contre les «ennemis de l’Islam». Les
Américains, les sionistes… Et surtout, à l’époque, les Russes qui
faisaient couler le sang en Afghanistan comme en Tchétchénie ou dans les
Balkans. «Ce qui me choque avec le recul, concède aujourd’hui
Redouane Ahrouch, membre du micro-parti politique belge ISLAM (pour
Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité et Moralité) et ancien du
CIB, c’est l’impunité dont on bénéficiait. On nous laissait tout
dire. Il serait aujourd’hui impensable de tenir de tels discours en
public. Je pense que les services de renseignements étaient au courant,
mais ils nous laissaient carte blanche…»
Et Cheikh Bassam «était un peu l’émir de Bruxelles» selon Ahrouch.
«Pour lui, il y avait les Musulmans d’un côté, les ennemis de l’Islam
de l’autre… Et il fallait choisir son camp. Il citait des sourates du
coran et des exemples de la vie du prophète, il expliquait que les
musulmans vivaient partout sous occupation américaine ou russe, et qu’il
fallait combattre à leurs côtés pour les libérer.»
D’après Jean-Pierre Martin, «Cheick Bassam a toujours été
soupçonné, mais jamais pris. La littérature du Centre Islamique Belge a
largement répandu l’idéologie et le terreau du djihadisme à Bruxelles,
et en particulier à Molenbeek». Il prônait «l’islam le plus rigoriste et mettait sans cesse en avant le rôle du martyr dans l’islam».
Le CIB devient un lieu important pour Malika. «Elle y trouve une
écoute, de l’amitié, de la compassion. En moins d’une année, elle est
totalement convaincue par l’idéologie de Cheick Bassam», poursuit
Jean Pierre Martin. Comme beaucoup de femmes qui plongent dans l’Islam
radical et la stricte observance des règles, elle y trouve aussi la
possibilité d’une rédemption, la promesse de voir ses péchés effacés.
Marier «deux poids lourds»
C’est dans ce centre que Malika El Aroud va rencontrer Abdessatar
Dahmane : l’un des assassins du commandant Massoud, celui qui va faire
d’elle la veuve d’un héros, une veuve mythique.
Ils font connaissance en avril 1999 et se marient religieusement. D’après Redouane Ahrouch, cette rencontre «n’est
pas le fruit du hasard. Bassam savait que Malika et Abdessatar étaient
deux poids lourds. C’était son rôle d’unir des personnes du même bord,
des personnes compatibles.»
Le journaliste Jean Pierre Martin poursuit: «je n’en ai aucun doute. Cheikh Bassam était un marieur. Il
a décidé de l’avenir de Dahmane et de l’avenir de Malika. Là où l’on ne
peut pas s’avancer, c’est de savoir si cheikh Bassam les a envoyés en
Afghanistan pour mener à bien le projet d’assassinat du commandant
Massoud. Les spécialistes du terrorisme n’ont jamais recueilli la
moindre preuve, et Cheick Bassam a toujours échappé à la justice. Mais à
mon avis c’est bien là que cela s’est passé, au Centre Islamique de
Bruxelles…»
De Bruxelles à l’Afghanistan…
Début 2001, Malika quitte les faubourgs de Bruxelles pour les
montagnes afghanes. Elle y retrouve Abdessatar, parti le premier. En
quelques mois, Dahmane s’est approché du sommet de la hiérarchie d’Al
Qaïda et a gagné la confiance d’Oussama Ben Laden en personne.
Dans le livre Son mari a tué Massoud, écrit par la
journaliste belge Marie Rose Armesto, l’une des rares à l’avoir
approchée, Malika El Aroud évoque cette période et décrit «un petit
paradis»: une maison confortable avec une vue magnifique. Les
combattants étrangers constituaient une élite, supérieure en droits aux
autochtones qu’ils prétendaient sauver. Un phénomène qui se répète
actuellement en Syrie.
Nombre d’Européennes parties en zone irako-syrienne ont d’ailleurs
été appâtées par la promesse d’une vie de princesse. Dix ans plus tôt,
Malika vit donc, à leur instar, une vie de colons en Afghanistan. Elle
fréquente les épouses des autres djihadistes étrangers. Là naît son
amitié avec la française Sylvie Beghal, la femme de Djamel Beghal. Cet
ancien du GIA «Groupe Islamique Armé» algérien, impliqué dans plusieurs
attentats terroristes, est venu se former au combat avec femme et
enfants. En 2015, on sait Beghal très proche des frères Kouachi et
d’Amedy Coulibaly, les tueurs de Charlie Hebdo et du supermarché
Hyper-Casher de la porte de Vincennes en janvier 2015.
A l’été 2001, Malika fait un bref aller-retour en Belgique. Elle veut
dénoncer dans les médias le blocus imposé par les Etats-Unis contre le
gouvernement des Talibans. Elle développe des réseaux, appelle des
familles belges à émigrer en Afghanistan. En août, elle revient auprès
de son mari.
Une nouvelle aura d’héroïne
Un mois plus tard, le 9 septembre 2001, Abdessatar Dahmane et un
autre Tunisien (tous deux prétendent être journalistes) parviennent à
approcher le chef de guerre tadjik Ahmed Shah Massoud. Le Lion du
Panshir, allié aux Américains, est alors le principal adversaire des
Talibans. Il ne cesse de dénoncer le danger de leur invité de marque,
Oussama Ben Laden. Le faux caméraman active sa ceinture d’explosifs.
Massoud et les terroristes meurent. Malika est effondrée. Mais la
nouvelle aussitôt connue, ses voisins se pressent chez elle, dans leur
maison de Jalalabad, pour féliciter la veuve du martyr, lui témoigner
son respect. Ben Laden en personne l’aurait félicitée par écrit. Elle
prend la mesure de son nouveau statut.
Deux jours après la mort du commandant Massoud, Al Qaïda frappe les
Etats-Unis. Le Président américain George W. Bush exige la tête
d’Oussama Ben Laden et lance l’US Army dans une longue chasse à l’homme.
Les marines marchent sur Kaboul. Pendant trois mois, Malika fuit à
travers les montagnes au milieu des bombes. Elle se terre dans les
grottes de Tora Bora avec les combattants d’Al Qaïda et leurs alliés
Talibans. Dans son livre, le récit de cette période est épique : «J’étais
entourée de vrais Moudjahidines, les lumières de la terre, comme je les
appelle à cause justement de cette lumière qui éblouit leur visage.
J’avais peur, mais en même temps, j’étais hyper excitée... (…) Ces
hommes-là ont su dire “NON”, ils sont prêts à se battre jusqu’à la mort
ou la victoire. Ma’cha’ALLAH... quelle chance !... Quel cadeau de la
part de mon Seigneur de m’avoir fait goûter à cette ambiance, je me sens
à ce moment-là, propulsée en arrière dans le 14ème siècle, à l’époque
du Prophète Mahomet.»
Sur les réseaux sociaux, aux premières années du conflit syrien, les
jeunes djihadistes Européens font souvent montre d’une exaltation
comparable…
En décembre 2001, quand elle rentre en Belgique via le Pakistan,
après plusieurs semaines de fuite dans les montagnes afghanes au côté
des combattants d’Al Qaïda, Malika est auréolée de gloire. Elle était
femme de moudjahid, de combattant, ce qui dans ce monde était déjà bien.
La voilà promue veuve de martyr… «Elle était une simple femme. Elle est devenue une Dame, ce qu’il y a de plus respecté dans la mouvance islamiste», poursuit Redouane Ahrouch. «Les
femmes dont les maris se sont sacrifiés, ont combattu le Mal, tué des
Américains par exemple, jouissent d’un véritable prestige dans ce
milieu. Non seulement elles sont sûres d’aller au paradis, mais en plus
elles pourront emmener cent personnes de leur choix avec elles, détaille monsieur Ahrouch. D’après lui, «Malika El Aroud aura toujours son fan club… Elle fera toujours des émules.»
La stratégie de l’innocence
Malika a-t-elle joué un rôle dans la mort du commandant Massoud? Elle n’a jamais caché son opinion : ce «mauvais musulman méritait de mourir.»… Etait-elle pour autant informée du projet d’attentat? A-t-elle eu un rôle logistique?
Une fois en Belgique, interrogée par les policiers de diverses
nationalités qui se pressent pour obtenir des informations, Malika ne
lâche rien. Elle les balade même : «tu te rends compte, confie-t-elle alors à la journaliste Marie-Rose Armesto, ils
me demandent : connais-tu tel ou tel homme, en me citant les noms. Je
dis non, mais grâce à leurs questions, je sais qui ils recherchent. Tu
trouves ça malin de leur part de me donner ce type d’informations?»
Les juges n’ont jamais pu établir sa culpabilité et Malika a toujours
nié avoir jamais su ce que son mari allait faire. En 2003, la Justice
belge échoue à prouver sa complicité dans l’assassinat de Massoud.
Malika est libre, mais surveillée par les services antiterroristes. Il
lui faut se mettre au vert.
Un nouveau mari et le djihad par la plume
La même année, elle rencontre justement sur un forum Internet un
autre Tunisien installé en Suisse : un islamiste bien connu des services
de son pays d’origine, Moezeddine Garsallaoui. Depuis 1998, «Moez» est
réfugié politique en Suisse, où il ne fait pas de vagues. Il souffre
d’une scoliose. Ses lunettes rondes et son air réservé lui donnent un
air d’intellectuel.
D’après Jean-Paul Rouiller, ancien commissaire de la police
antiterroriste suisse, c’est Moez qui aurait fait le premier pas. Il se
serait rendu à Bruxelles à une séance de dédicace des Soldats de Lumière… Les deux islamistes se plaisent. Ils se marient religieusement.
En 2004, Malika quitte donc la Belgique pour s’installer auprès de
son nouvel amour et dans la petite ville de Guin, dans le canton de
Fribourg, le couple se lance dans le djihad électronique. Le «djihad par la plume», comme disait Malika, est sa nouvelle mission.
Ils ouvrent une nébuleuse de sites et de forum Internet appelant à la
guerre sainte, sans ambiguïtés, en français comme en arabe.
«Minbar.sos» est l’un des plus connus. Des sympathisants d’Al Qaïda y
diffusent des vidéos de décapitations, de tortures, d’attentats, des
textes djihadistes, des manuels de guérilla ou des recettes d’explosifs.
«Elle prenait les décisions, et lui exécutait»
À l’été 2004 Jean-Paul Rouiller, aujourd’hui reconverti dans le
privé, apprend par hasard la présence en Suisse de Malika el Aroud, à la
suite d’une demande d’informations des autorités Pakistanaises. Ses
homologues enquêtent sur une énième tentative d’attentat contre une
personnalité politique locale. La revendication est postée sur un site
Internet hébergé en Suisse, à 5000 km. Avec stupeur, les agents de
l’antiterrorisme découvrent que Malika El Aroud en personne, la célèbre
Veuve noire du djihad, vit à Guin tout en consacrant ses journées à
l’apologie en ligne du terrorisme islamiste. Personne en Belgique ne les
a prévenus du déménagement de Malika.
Pendant des mois, Jean Paul Rouiller et ses hommes espionnent les tourtereaux : «une
mission de longue haleine qui nous a permis d’étudier la dynamique du
couple. À cette époque, Malika est déjà sur le devant de la scène. Elle
jouit d’une aura au sein de la galaxie djihadiste, et cela se ressent
dans la dynamique du couple. Moez agit pour prouver à Malika qu’il est à
la hauteur d’un fantôme: celui d’Abdessatar Dahmane, l’homme qui a tué
Massoud. Il lui fallait être à la hauteur de cette ombre…» Même impression du procureur Claude Nicati, qui a instruit l’affaire pour apologie du terrorisme : «J’avais
le sentiment que c’était Madame qui dirigeait. Elle prenait les
décisions, et lui exécutait. Moezeddine était plus effacé, plus en
retrait.»
«Les lions sont blessés. Et un lion blessé, c’est très dangereux»
Le 22 février 2005, à 5h30 du matin, les policiers suisses disposent
de suffisamment de preuves pour défoncer la porte du couple. Et comme
avec les terroristes on n’est jamais trop prudents, ils jettent à tout
hasard dans l’appartement une grenade assourdissante. Moez se préparait à
faire sa prière de l’aube. Il mettra un long moment à retrouver ses
esprits. Malika, qui a déjà connu la musique de la guerre en
Afghanistan, se remet prestement. Elle contre-attaque en tenue de nuit,
crie au scandale, à sa pudeur bafouée, invective les policiers etc.
Pendant son procès, elle menacera le procureur Nicati dans la presse: «Je
vais le remettre à sa place ce Monsieur, je vous le jure. Tous mes
frères moudjahidin dans le monde entier sont au courant de ce qui s’est
passé ici. Ils sont furieux, fous de rage. Les lions, comme je les
appelle, sont blessés. Et un lion blessé, c’est très dangereux.»
En 2007, les amoureux seront finalement condamnés. «Ce procès constituait une première, en Suisse, conclue le procureur Nicati. Pour la première fois, on démontrait qu’Internet pouvait être utilisé comme une arme de guerre.» Le jugement rendu, le couple parvient sans peine à filer en Belgique. Bon débarras pour les Suisses.
Malika retrouve Bruxelles et ses amitiés islamistes. Moez, lui, ne va
pas traîner en Europe. En octobre 2007, il part au Waziristân, au cœur
des zones tribales pakistanaises, sur les pas d’Abdessatar, son défunt
et symbolique rival. En quelques mois, il prend du galon et devient
l’émir d’un groupe d’Al Qaïda, Jund Al-Khilafah traduction : les Soldats
du Califat. La NSA américaine intercepte ses communications avec Malika
restée en Belgique. Moez informe sa muse de ses progrès de moudjahidin.
En janvier 2008, il lui envoie une photo de lui-même tirant au
lance-roquette en tenue de combat sur un fond de montagnes rocheuses,
calotte blanche sur son crâne dégarni. «Oh comme tu es beau!», lui répond Malika. Le 5 juillet, via Internet, il se targue d’avoir tué cinq Américains en Afghanistan…
Recrutement actif
Après la période suisse, celle du djihad électronique, le couple
passe au recrutement actif. Malika convainc des Belges et des Français
d’aller combattre dans la région pakistano-afghane. A ceux qui hésitent
entre consacrer leur vie à leur famille ou mourir en martyr, elle
prodigue des conseils clairs. Elle fournit aussi des contacts.
Lorsqu’ils interpellent une nouvelle fois Malika el Aroud en décembre
2008, les policiers belges découvrent pas moins de 1577 messages privés
de conversation sur le site minbar-sos.com. Le 24 avril 2006 dans un
mail adressé à un français qui lui demande «est-il toujours possible de rejoindre nos frères?» Malika explique clairement : «Tous mes posts sont faits pour encourager, pousser mes frères à rejoindre la caravane, effectivement». La caravane… soit le terme utilisé pour évoquer les candidats djihadistes.
Installé dans les zones afghano-pakistanaises, son mari Moez reçoit et entraîne ces recrues. «J’espère que tu vas bien, ainsi que ton chat, tes poules et tes lapins», lui écrit un jour Malika, en langage à peine codé.
Merah pour recrue
L’un des stagiaires de Moez Garsallaoui sera un certain Mohamed Merah.
En septembre 2011, le jeune salafiste toulousain passe deux semaines à
Miransha, un bourg pakistanais sous la coupe d’Al Qaïda. Moez en
personne l’aurait entrainé au maniement des armes à feu. Six mois plus
tard, le 11 mars 2012, Mohamed Merah assassine froidement un jeune
militaire français à Montauban. Les jours qui suivent, il exécute 2
autres militaires français. Le matin du 19 Mars 2012, il attaque une
école Juive de Toulouse, trois enfants sont assassinés, un autre blessé,
un homme est mort… La France est horrifiée. On parle de Loup Solitaire,
d’un tueur au scooter, et le 22 Mars, Mohamed Merah est tué lors de
l’assaut mené contre lui par les hommes du RAID.
Il n’est pas juste un tueur au scooter, seul et isolé qui aurait
décidé de passer à l’action. Le groupe les Soldats du Califat de Moez
Garzalaoui revendique les assassinats commis par Mohamed Merah.
Le 10 octobre de la même année, Moezeddine Garsallaoui est neutralisé
à Mir Ali au nord Waziristân par une frappe de drone américain.
La permanence du secret
A cette date, Malika El Aroud est en prison. Pendant toutes les
années 2000, la veuve noire du Djihad est citée dans de nombreuses
affaires terroristes, mais ce n’est qu’en 2010 qu’elle est condamnée par
la Justice belge à huit années de prison. Reconnue coupable par le
tribunal de Premier instance de Bruxelles d’avoir «participé, en
tant que membre dirigeant, à une activité d’un groupe terroriste, y
compris par la fourniture d’informations ou de moyens matériels au
groupe terroriste».
D’après Jean Paul Rouiller, «le réseau Moezeddine-Malika est à
l’origine de toute une série de réseaux et de structures qui vont
essaimer plus tard, comme Sharia 4Belgium, Forsane Alizza en France ou
Sharia4UK, en Angleterre. Cette dynamique va amener aux réseaux
impliqués dans les premiers départs en Syrie dès 2011-2012-2013. On va
retrouver des structures franco-belgo-suisses de deuxième ou troisième
génération issues des réseaux de Malika et Moez. Il y a une continuité.»
Provocatrice, volubile, sûre d’elle-même, Malika est aussi une femme
de secrets. Elle assumait ouvertement ses convictions djihadistes hier.
Depuis quelques mois, l’égérie du djihad est libre. A-t-elle renoncé à
ses inclinations profondes? Son avocat, maître Nicolas Cohen refuse de
s’exprimer en son nom. Et Malika El Aroud ne parle pas aux journalistes.
Slug News - Collectif de journalistes d'investigation
Amen Bank vient d’être certifiée sous la norme MSI 20000, gage d’attractivité économique et de confiance en matière financière.
Des experts de Paris et de Genève, ont fait le déplacement ce lundi
22 Mai pour la certification d’Amen Bank, au Standard MSI 20000.
Le directoire d’Amen Bank, présidé par Ahmed El Karm et composé de
Karim Ben Yedder, directeur général, et Mehrez Riahi et Néji Ghandri,
membres, s’est vu remettre par SGS les comptes rendus techniques et les
certificats de conformité au standard MSI 20 000, en présence des
directeurs de la banque et d’illustres invités, représentant la place
financière locale et régionale.
Il aura fallu douze semaines de travaux d’évaluation, à SGS, pour
conclure en la conformité d’Amen Bank au Standard MSI 20000 et aboutir à
la décision de certification. Un projet conduit de Paris par IWK
Corporate et piloté à Tunis par Maghreb Corporate, sous le contrôle de
SGS.
«C’est une nouvelle étape franchie, qui vient conforter Amen Bank
dans ses nouvelles orientations et ambitions. Après une période de
consolidation, la banque affiche de bonnes dispositions, pour faire face
aux défis qui sont les siens et pour envisager une croissance plus
stable et plus sereine», a expliqué Marc Flandin, président d’IWK Corporate.
Khaled Boukhris, secrétaire général et responsable de la
communication financière d’Amen Bank, souligne qu’avec la certification
MSI 20000, le directoire démontre son engagement à garantir la solidité
et la performance financière d’Amen Bank et confirme sa volonté de
l’engager dans un processus d’amélioration continue de son activité sur
la base des standards internationaux en matière bancaire.
«La certification MSI 20000 renseigne sur la gestion et la
gouvernance financière, et constitue un repère pour les acteurs
économiques et financiers, à l’échelle nationale et internationale», explique Me Laurent Hugelin – Expert spécialiste MSI 20000.
«Une certification de renom, qui procure à Amen Bank, une dimension internationale», précise Mr Elyes Derouich – Manager Maghreb sur les activités de Certification chez SGS.
La certification à une norme donnée est une initiative et une action
forte. La certification MSI 20000, gage d’attractivité économique et de
confiance en matière financière, octroie un statut d’excellence au
bénéficiaire et un avantage concurrentiel indéniable sur le marché; tout
en lui donnant les moyens du perfectionnement et de l’efficience de son
activité financière, à travers la pertinence des rapports d’évaluation
remis.
Sur la base des modèles et des schémas de mesure MSI, le management
de la banque s’est distingué par la productivité accrue de son
personnel, en adéquation avec les standards internationaux sur le
secteur bancaire; la maîtrise de ses charges opérationnelles et la
couverture satisfaisante de ses provisions techniques; la structure de
ses créances et la rentabilité de son portefeuille titre, mises en
relief par le diagnostic des actifs détenus par l’établissement; la
nouvelle orientation de ses stratégies en termes de gestion globale des
risques.
Un plan d’action, à moyen terme, a été arrêté conjointement entre le
certificateur et le bénéficiaire, afin de consolider les éléments en
conformité et procéder au suivi et au perfectionnement du reste des
éléments.
A travers l’ensemble de ces points, traduits sous forme de scoring et
matérialisés par une certification, Amen Bank fait ainsi son entrée
dans le cercle des entreprises certifiées sous la norme MSI 20000 en
Tunisie.
MSI 20000 pour Market Standard Indicator – index 20000, est le
standard dédié à la qualité financière des entreprises et des
institutions. Le cahier des charges MSI 20000 donne les exigences
requises en matière de qualité financière, par secteur d’activité. La
norme est aujourd’hui portée et régulée par l’Organisation Suisse MSI, à
Genève.
Avec plus de 90.000 employés et plus de 2.000 bureaux, répartis à
travers 140 pays dans le monde, SGS est le leader mondial des métiers de
la certification et de l’inspection. L’entreprise, qui fait partie du
top 10 des sociétés cotées sur la bourse de Genève, a enregistré un
chiffre d’affaires de plus de 6 milliards de € en 2016, affichant ainsi
une croissance annuelle de 6%.
Faisant partie d’un groupe solide et diversifié, Amen Bank est l’une
des premières banques privées en Tunisie, avec près de 1.200
collaborateurs et plus de 160 agences réparties sur l’ensemble du
territoire. En 2016, son total bilan a dépassé les 8 milliards de dinars
(3.25 MD $), avec un PNB avoisinant les 300 millions de dinars (122 M
$).