Base de données presse et documentaires francophones sur toutes les relations entre la Tunisie et la Suisse.
Tous domaines confondus (politique, histoire, culture, sport, etc.)
Des policiers entrent dans le bureau du procureur général suisse à Berne, Suisse, 25 octobre 2017.
Un Franco-Tunisien, soupçonné de liens avec une organisation
terroriste, a été expulsé cette semaine de la Suisse vers la France,
selon une source policière et des médias suisses.
La police fédérale suisse a confirmé à l'AFP la "décision d'expulsion
d'une personne à l'encontre de laquelle une procédure pénale pour
participation et/ou soutien à une organisation terroriste est en cours".
"En cas de danger pour la sécurité intérieure et extérieure de la
Suisse", la police peut "ordonner l'expulsion de cette personne, selon
l'article 68 de la Loi sur les étrangers", a-t-on précisé. Il est
toutefois rare que la Suisse expulse une personne faisant l'objet d'une
enquête sur son territoire.
Selon des médias suisses, la personne expulsée est un Franco-Tunisien
d'une quarantaine d'années qui travaillait en tant que chauffeur de
taxi avant d'être arrêté à Genève en juin dernier.
Il aurait tenté de voyager en Syrie avec sa famille et aurait aidé à
recruter d'autres personnes pour qu'elles rejoignent les rangs
jihadistes dans ce pays.
La personne a été expulsée mercredi vers la France, où elle fait
aussi l'objet d'une procédure pénale à l'initiative du Parquet
antiterroriste de Paris, d'après le quotidien La Tribune de Genève.
«L’islam radical s’est invité dans les mosquées suisses»
Après
des années d’enquête, la présidente du Forum pour un islam progressiste
publie à Zurich «La Suisse, plaque tournante islamiste». Sans
concessions et de façon documentée, elle y dénonce l’infiltration et la
propagation d’un islam radical dans les lieux de culte musulmans
La Suisse, plaque tournante islamiste. C’est le titre
inquiétant de l’ouvrage signé par Saïda Keller-Messahli, présidente et
directrice du Forum pour un islam progressiste. Depuis des années et
sans relâche, la Zurichoise d’origine tunisienne enquête sur les
mosquées suisses, alerte et dénonce la montée du salafisme. Selon elle,
la plupart des lieux de culte sont infiltrés par les courants radicaux,
lesquels font le lit du djihadisme. Après le sanglant attentat de
Barcelone, perpétré par un jeune radicalisé dans une mosquée, ainsi
qu’une enquête du Tages-Anzeiger révélant qu’un imam prêchait la haine à Bienne, son livre sonne comme une mise en garde alarmante.
Pensez-vous que l’imam démasqué à Bienne soit un cas particulier?
Non,
je ne le pense pas. Ce cas a été rendu public, mais d’autres sont
encore dans l’ombre. La Suisse compte plusieurs prédicateurs islamistes
et certaines mosquées, albanaises surtout, invitent régulièrement des
prédicateurs salafistes étrangers. Comme celles de Regensdorf (ZH), de
Viège et de Brigue. Car le wahhabisme, qui fonde la pensée salafiste, a
mis le grappin sur les pays balkaniques musulmans après les guerres des
années 90.
La plupart des mosquées suisses seraient dangereuses. N’exagérez-vous pas le danger?
Non.
L’islam radical s’est invité dans les mosquées suisses. Mon travail est
un travail d’alerte. Je montre ce qui, sur le plan organisationnel, est
mis en œuvre, à notre insu, pour nous imposer un mode de vie différent.
J’explique comment des organisations islamistes internationales
s’appuient sur nos mosquées pour investir notre pays. Il s’agit
d’une stratégie globale qui vise à implanter un islam conservateur,
rétrograde, discriminant et parfois violent.
Quel est votre «modus operandi» d’enquêtrice?
Outre
mes recherches et mes contacts, j’ai aussi des relais dans les prisons,
où une forte proportion de détenus sont musulmans. Je reçois des
informations que ni les journalistes ni les politiques ne possèdent,
j’ai accès à la littérature salafiste qui y circule, imprimée en Arabie
saoudite, au Kosovo, en Macédoine et en Bosnie. Ce qui me permet
d’affirmer qu’on ne devrait pas envoyer d’imams dans les prisons, mais
des travailleurs sociaux ou des psychologues uniquement.
Ce serait une inégalité de traitement par rapport aux détenus d’autres confessions…
Sauf
que, dans la religion musulmane, le concept d’aumônier n’existe pas. On
l’a inventé par souci d’égalité, justement. S’il faut absolument s’y
soumettre, sachons au moins qui ils sont. Car il n’existe aucune liste
des imams aumôniers, contrairement à ce qui se passe pour les aumôniers
catholiques ou protestants. Ceux sur lesquels j’ai fait des recherches
ne sont pas dignes de confiance.
Vous vous en prenez aussi aux jardins d’enfants islamiques?
Chaque
mosquée ou presque a son jardin d’enfants ou son groupe de jeunes.
Plusieurs mosquées proposent des gardes d’enfants le week-end ou des
camps de vacances, or il s’avère que ce sont des lieux d’endoctrinement
religieux. Une étude autrichienne a démontré que plus de la moitié de
ces lieux véhiculaient des valeurs non compatibles avec la démocratie.
L’auteur de cette étude, d’origine turque, a été accusé de manipulation
et une commission indépendante se penche actuellement sur son travail.
En Suisse alémanique, des imams donnent des cours d’islam à l’école
publique. Personne ne s’offusque du fait que le matériel didactique
provient d’Arabie saoudite ou de Turquie.
Mais le salafisme ne conduit pas immanquablement au djihadisme!
En
effet, mais tout djihadiste est un salafiste. Le salafisme est une
idéologie radicale, qui diabolise notre manière de vivre et notre
société au point de déshumaniser ceux qui ne vivent pas selon sa
doctrine. Mais il n’y a pas que cette extrémité qui soit préoccupante.
L’islam politique, dont le salafisme est une facette, est le ferment de
la ségrégation sociale, de l’exclusion, du mépris des femmes, des crimes
d’honneur. Beaucoup de jeunes me contactent, désespérés parce que leur
famille leur interdit de fréquenter un partenaire non musulman. Vous
n’imaginez pas combien de souffrances je constate au sein des
communautés musulmanes.
Revenons au djihadisme. Beaucoup
d’experts avancent que le recrutement se fait par Internet et non dans
les mosquées. Le recruteur tunisien de Meyrin arrêté récemment opérait
dans des restaurants tunisiens. Ne vous trompez-vous pas de cible?
Non.
La radicalisation ne se fait pas nécessairement dans les mosquées, mais
c’est souvent le lieu où l’on repère des jeunes en proie à un vide
émotionnel et intellectuel ou en recherche de sens à leur vie. Ils
auront déjà été pénétrés par les discours radicaux. Une fois identifiés,
ils sont endoctrinés au-dehors. La radicalisation peut aussi commencer
sur la Toile, mais elle doit ensuite évoluer dans une relation humaine
pour aboutir au passage à l’acte. Nous savons qu’un imam de la mosquée
An’Nur de Winterthour allait chercher à la sortie de l’école un frère et
une sœur bosniaques, connus pour être partis faire le djihad.
En Suisse romande, quelles mosquées présentent un danger, selon vous?
A
Genève, celle du Petit-Saconnex et celle des Eaux-Vives sont clairement
sous la coupe, pour la première, du salafisme, et pour la seconde, des
Frères musulmans. Mais les mosquées albanaises présentent aussi un
danger, à la notable exception de celles qui sont affiliées à
l’organisation de l’imam bernois Mustafa Memeti. En revanche, les
quarante mosquées réunies sous la bannière de l’Union des imams albanais
de Suisse de Nehat Ismaili sont salafistes. Cette
organisation promulgue notamment des fatwas. Elle est liée à une union
similaire du Bade-Wurtemberg, en Allemagne, salafiste, qui fait de la
publicité sur sa plateforme pour les pires prêcheurs balkaniques et fait
la promotion de discours violents et misogynes, par la distribution de
milliers de CD aux mosquées allemandes et suisses. Une autre
organisation basée à Onex (GE), l’Organisation européenne des centres
islamiques (OECI), dont le but est de financer la construction de
mosquées en Europe, est constituée de représentants de centres
islamiques saoudiens en Europe et de prédicateurs qataris et saoudiens.
Il se peut que cinq mosquées en aient profité en Suisse: à Volketswil,
Netstal, Wil, Frauenfeld et Plan-les-Ouates – et peut-être bientôt
Fribourg, où il existe un projet de construction de mosquée pour
8 millions de francs.
A Plan-les-Ouates, vous voulez parler de la mosquée Dituria (lire LT du 19.01.2017)?
Tout
à fait. Dituria est d’obédience salafiste. Lors de son inauguration,
les autorités locales étaient présentes, mais aussi le mufti du Kosovo,
lequel avait reçu à Pristina, un mois plus tôt, le secrétaire général de
la Ligue islamique mondiale (LIM) des Saoudiens, dont le but est de
répandre de par le monde l’islam salafiste. Deux «savants» saoudiens qui
publient des nouvelles en arabe ont salué son ouverture, avançant un
coût de 4 millions de francs et la présence de personnalités religieuses
importantes du Kosovo et même de l’ambassadeur du Koweït en Albanie. Si
cette mosquée n’était pas importante, ces gens n’auraient pas fait le
déplacement.
Ses responsables, que «Le Temps» a rencontrés, assurent que
le financement de leur mosquée est local et qu’ils ne dépendent pas de
l’Arabie saoudite…
Ils ont beau jeu de l’affirmer, puisque
l’opacité financière et organisationnelle prévaut. Mais, encore une
fois, les invités présents à l’inauguration d’une mosquée donnent des
indications sur ses liens. Il faut comprendre que les réseaux de
mosquées sont organisés de manière pyramidale. En Suisse, douze
organisations fédèrent chacune plusieurs dizaines de mosquées,
chapeautées par une fédération. Au sommet trône la Ligue islamique
mondiale. C’est une véritable structure de pouvoir, un système pensé
pour implanter partout un courant ultra-conservateur.
Dans cette nébuleuse, où se situent les mosquées turques?
La
Turquie, membre de la Ligue, joue aussi un rôle de premier plan en
Suisse: la totalité des 70 mosquées turques en Suisse sont dans la
sphère d’influence d’Ankara. On a vu son pouvoir de mobilisation et
d’espionnage, d’ailleurs, lors des dernières élections en Turquie. Une
vingtaine de ces mosquées appartiennent au réseau Milli Görüs, islamiste
et nationaliste, en lien avec les Graue Wölfe en Allemagne, un
mouvement d’extrême droite turque. La Présidence des affaires
religieuses en Turquie (Diyanet) soutient les mosquées turques en
Suisse, y envoie et paie des imams ultra-conservateurs. Le président de
la Fédération d’organisations islamiques de Suisse, Montassar Ben Mrad,
est donc aussi lié à Diyanet. Il a d’ailleurs rencontré le président
turc, Recep Tayyip Erdogan, en mars 2017.
Et les courants modérés, où sont-ils?
En Suisse, je ne les vois nulle part, sauf peut-être autour de Mustafa Memeti.
Les autorités seraient donc naïves?
Absolument,
surtout la gauche, qui fait preuve d’angélisme, par souci de protéger
les minorités et le multiculturalisme. Elle craint aussi d’apporter de
l’eau au moulin de l’UDC. Ainsi, les autorités judiciaires zurichoises
viennent de nous retirer un cours que nous donnions au personnel de
prison sur le phénomène de radicalisation et qui avait un énorme succès,
au prétexte que cela allait faire des vagues. A droite et au centre,
les politiques préfèrent rester dans leur zone de confort et fermer les
yeux sur des sujets qui les exposent. On l’a bien vu à Bienne avec
l’imam libyen.
Que devraient-ils faire pour parer au danger?
Commencer
par légiférer, afin de préciser dans la loi les conséquences des
prêches de haine et d’intolérance. L’expulsion devrait être possible
pour les gens qui travaillent contre la société qui les accueille.
Vous
êtes membre fondatrice de la mosquée progressiste Ibn Rushd-Goethe à
Berlin, qui autorise les femmes imams, la prière mixte et les
homosexuels. Avec l’avocate Seyran Ates, activiste des droits des femmes
musulmanes, vous êtes la cible d’une fatwa. Cette mosquée de Berlin
n’est-elle pas une provocation inutile?
Non, ce n’est pas
une idée nouvelle, cela existe déjà à Londres, à Paris et aux
Etats-Unis, où deux imams homosexuels ont ouvert des mosquées
inclusives. Il n’y a aucune provocation dans le fait de vouloir changer
un rite archaïque et misogyne. La foi est une chose, le rite et le
discours en sont une autre. Malheureusement, beaucoup de musulmans
pratiquants ne font souvent pas la différence. Mais d’autres ne se
reconnaissent plus dans les mosquées existantes, qui endoctrinent au
lieu de stimuler la réflexion et le développement démocratique.
Il y a la philosophie, pour la réflexion. La religion, elle, est plutôt fille du dogme!
Les
deux autres religions révélées, christianisme et judaïsme, ont changé
au cours des siècles. Dans le christianisme par exemple, on assigne une
place à l’Eglise et le reste appartient aux individus. L’Eglise ne peut
pas entrer aussi facilement dans la vie des gens que l’islam.
Seriez-vous islamophobe?
Ce
mot me fait rire, car il ressort de la psychiatrie. Or, mon mari était
psychiatre et je puis vous dire que toute phobie renvoie à un état
pathologique. Ce terme a été détourné par les islamistes, Recep Tayyip
Erdogan notamment, qui a cultivé cette notion pour des motifs
politiques. Dès que les gens de sa sorte se voient refuser une
revendication, ils dégainent ce concept pour accuser ceux qui
prétendument les brident. Votre question démontre qu’ils ont réussi,
puisque critiquer l’islam, aujourd’hui, est devenu suspect. Donc non, je
ne suis pas islamophobe, mais bel et bien musulmane. L’islam est ma
foi, ma culture, mes racines, mon histoire personnelle.
Comment expliquer le silence de la majorité des musulmans devant les attentats?
Beaucoup
ont peur. A la mosquée An’Nur à Zurich, deux jeunes ont été sévèrement
battus pour avoir parlé à un journaliste. Et puis il y a le
communautarisme, qui commande de passer sous silence les méfaits de gens
de même origine. Dénoncer, c’est passer pour un traître. C’est ainsi
que je m’explique, par exemple, le silence des fidèles de la mosquée de
Bienne, qui ne devaient pas tous adhérer au discours haineux de l’imam.
Le communautarisme est un terrorisme psychologique qui muselle la
parole.
D’où vient votre côté rebelle?
Je l’ai
toujours eu, enfant déjà. Cela me vient peut-être d’un aïeul, mais
c’est devenu constitutif de ma personnalité. Tout comme la sensibilité
et la mélancolie. Je fais partie de ces gens qui sont obsédés par la
réalisation d’un objectif, quel qu’il soit, qui amènerait du meilleur.
Afin de… comment dire… atteindre une clarté. Je souhaiterais ne pas être
en permanence absorbée par mes préoccupations, qui ne me lâchent pas,
même lorsque je cueille des champignons en forêt. Mais rien ne peut me
détacher de ce que je considère être de ma responsabilité: alerter sur
le danger que court la Suisse en laissant une idéologie radicale
s’implanter et contaminer des citoyens. Il me serait insupportable
d’avoir vu venir et de n’avoir rien fait. Dussé-je y laisser ma
tranquillité et mes autres objets d’intérêt, qui sont nombreux.
«Islamistische Drehscheibe Schweiz, Ein Blick hinter die Kulissen der Moscheen», Saïda Keller-Messahli, NZZ Libro
PROFIL
1957: Naissance dans un petit village au nord de Tunis.
1964: Est envoyée à Grindelwald dans une famille d’accueil où elle va passer cinq ans, puis rentre en Tunisie.
1979: Revient en Suisse et fait des études de linguistique, de littérature et de cinéma à Zurich.
1983: Rencontre son futur mari, avec qui elle aura deux garçons.
2004: Fonde le Forum pour un islam progressiste. QUESTIONNAIRE DE PROUST
Quelle est votre langue du cœur?
Le Bärndütsch
Quand avez-vous prié pour la dernière fois?
Il y a quelques jours, comme à chaque fois que je me trouve dans une situation difficile.
Quel est le personnage historique que vous méprisez le plus?
Tous
ceux qui ont utilisé leur chance d’accéder au pouvoir pour en faire le
contraire de ce qu’ils auraient dû. Ils sont nombreux.
Quelle est la réforme que vous estimez le plus?
Le droit de vote des femmes en 1971.
Quel est le don que vous aimeriez avoir?
Voler
comme un oiseau, connaître cette impression de légèreté et de liberté
pour pouvoir regarder le monde avec distance et le savourer.
Quels sont vos héros dans la vie réelle?
Les gens qui mobilisent leur courage et font du mieux qu’ils peuvent pour avancer et croire en la vie.
Malika el Aroud: l'histoire de la veuve de l'assassin de Massoud
Slug News — , mis à jour le 21.06.2017 à 6 h 02
Femme de moudjahid, de combattant, promue veuve de martyr après que
son mari a assassiné le commandant Massoud, cette pasionaria du djihad
est un modèle pour les jeunes recrues du terrorisme islamiste. Voici son
histoire.
Elle est charismatique, radicale, déterminée. Fière de ses deux maris
tombés «en martyrs». La presse belge l’a surnommée «la Veuve noire du
djihad». Condamnée en 2010 à huit ans de prison pour avoir «diffusé
durant des années l’idéologie du mouvement terroriste Al Qaïda (…) et
d’avoir directement participé au recrutement de candidats au combat…(…)
et financé la filière…», elle a purgé sa peine entièrement et depuis le 8 décembre 2016, Malika el Aroud est libre.
Malika El Aroud a réussi une prouesse : devenir, dans l’univers viril
des guerriers d’Allah, la première femme occidentale à se faire une
légende. Et pour en garder la maîtrise, elle a voulu l’écrire à la
première personne. Dans son livre Les Soldats de Lumière (2004),
elle relate son épopée afghane aux côtés de son homme, l’assassin du
commandant Massoud, ennemi juré des Talibans. C’était le 9 septembre
2001 et deux jours plus tard à New-York, deux avions percutaient les
tours jumelles du World Trade Center.
À sa sortie en 2004, le récit de Malika devient le livre
de chevet d’une génération d’apprenti-djihadistes. Lors des
perquisitions, les agents de l’antiterrorisme trouvent encore ses écrits
en version PDF dans les disques durs de certains.
Pourtant, loin de cette vie d’aventures et des combats au nom de
Dieu, la vie de Malika a commencé dans la capitale belge. Comme beaucoup
de femmes au parcours similaire, avant d’embrasser l’islam radical, «elle a vécu une adolescence chaotique,
explique le journaliste Jean-Pierre Martin, auteur d’un ouvrage sur les
origines du terrorisme en Belgique. Il a personnellement rencontré
Malika El Aroud en de rares occasions. «Malika n’a jamais terminé le
lycée, elle a vécu de petits boulots. Elle a fréquenté les bars, les
boites de nuit, et a eu plusieurs aventures amoureuses, une vie de jeune
bruxelloise loin de la religion. D’ailleurs elle ne s’en cache pas dans
son livre, même si tout cela est évoqué rapidement et avec pudeur. Mais
cela a été confirmé par des membres de sa famille qui avaient rompu
avec elle à une époque car ils ne supportaient pas ce type de vie.»
Le foyer du CIB
En 1991, à 32 ans, Malika El Aroud, désemparée, se tourne vers
l’Islam sur les conseils de son grand frère. Quelques années plus tard,
elle fait la connaissance d’un homme qui va changer sa vie : le cheikh
Bassam Ayachi. Derrière sa longue barbe blanche, l’homme est un
véritable gourou. Réfugié politique, issu d’une noble famille syrienne,
il est imprégné de l’idéologie des frères musulmans. Il a obtenu la
nationalité française avant de partir conquérir des âmes en Belgique.
Là, il fonde le Centre Islamique Belge (CIB).
Dans les années 1990 cette pépinière d’islamistes avait pignon sur
rue dans la capitale européenne. Le Centre était installé dans la
localité de Molenbeek... On y prêchait ouvertement le djihad «défensif» contre les «ennemis de l’Islam». Les
Américains, les sionistes… Et surtout, à l’époque, les Russes qui
faisaient couler le sang en Afghanistan comme en Tchétchénie ou dans les
Balkans. «Ce qui me choque avec le recul, concède aujourd’hui
Redouane Ahrouch, membre du micro-parti politique belge ISLAM (pour
Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité et Moralité) et ancien du
CIB, c’est l’impunité dont on bénéficiait. On nous laissait tout
dire. Il serait aujourd’hui impensable de tenir de tels discours en
public. Je pense que les services de renseignements étaient au courant,
mais ils nous laissaient carte blanche…»
Et Cheikh Bassam «était un peu l’émir de Bruxelles» selon Ahrouch.
«Pour lui, il y avait les Musulmans d’un côté, les ennemis de l’Islam
de l’autre… Et il fallait choisir son camp. Il citait des sourates du
coran et des exemples de la vie du prophète, il expliquait que les
musulmans vivaient partout sous occupation américaine ou russe, et qu’il
fallait combattre à leurs côtés pour les libérer.»
D’après Jean-Pierre Martin, «Cheick Bassam a toujours été
soupçonné, mais jamais pris. La littérature du Centre Islamique Belge a
largement répandu l’idéologie et le terreau du djihadisme à Bruxelles,
et en particulier à Molenbeek». Il prônait «l’islam le plus rigoriste et mettait sans cesse en avant le rôle du martyr dans l’islam».
Le CIB devient un lieu important pour Malika. «Elle y trouve une
écoute, de l’amitié, de la compassion. En moins d’une année, elle est
totalement convaincue par l’idéologie de Cheick Bassam», poursuit
Jean Pierre Martin. Comme beaucoup de femmes qui plongent dans l’Islam
radical et la stricte observance des règles, elle y trouve aussi la
possibilité d’une rédemption, la promesse de voir ses péchés effacés.
Marier «deux poids lourds»
C’est dans ce centre que Malika El Aroud va rencontrer Abdessatar
Dahmane : l’un des assassins du commandant Massoud, celui qui va faire
d’elle la veuve d’un héros, une veuve mythique.
Ils font connaissance en avril 1999 et se marient religieusement. D’après Redouane Ahrouch, cette rencontre «n’est
pas le fruit du hasard. Bassam savait que Malika et Abdessatar étaient
deux poids lourds. C’était son rôle d’unir des personnes du même bord,
des personnes compatibles.»
Le journaliste Jean Pierre Martin poursuit: «je n’en ai aucun doute. Cheikh Bassam était un marieur. Il
a décidé de l’avenir de Dahmane et de l’avenir de Malika. Là où l’on ne
peut pas s’avancer, c’est de savoir si cheikh Bassam les a envoyés en
Afghanistan pour mener à bien le projet d’assassinat du commandant
Massoud. Les spécialistes du terrorisme n’ont jamais recueilli la
moindre preuve, et Cheick Bassam a toujours échappé à la justice. Mais à
mon avis c’est bien là que cela s’est passé, au Centre Islamique de
Bruxelles…»
De Bruxelles à l’Afghanistan…
Début 2001, Malika quitte les faubourgs de Bruxelles pour les
montagnes afghanes. Elle y retrouve Abdessatar, parti le premier. En
quelques mois, Dahmane s’est approché du sommet de la hiérarchie d’Al
Qaïda et a gagné la confiance d’Oussama Ben Laden en personne.
Dans le livre Son mari a tué Massoud, écrit par la
journaliste belge Marie Rose Armesto, l’une des rares à l’avoir
approchée, Malika El Aroud évoque cette période et décrit «un petit
paradis»: une maison confortable avec une vue magnifique. Les
combattants étrangers constituaient une élite, supérieure en droits aux
autochtones qu’ils prétendaient sauver. Un phénomène qui se répète
actuellement en Syrie.
Nombre d’Européennes parties en zone irako-syrienne ont d’ailleurs
été appâtées par la promesse d’une vie de princesse. Dix ans plus tôt,
Malika vit donc, à leur instar, une vie de colons en Afghanistan. Elle
fréquente les épouses des autres djihadistes étrangers. Là naît son
amitié avec la française Sylvie Beghal, la femme de Djamel Beghal. Cet
ancien du GIA «Groupe Islamique Armé» algérien, impliqué dans plusieurs
attentats terroristes, est venu se former au combat avec femme et
enfants. En 2015, on sait Beghal très proche des frères Kouachi et
d’Amedy Coulibaly, les tueurs de Charlie Hebdo et du supermarché
Hyper-Casher de la porte de Vincennes en janvier 2015.
A l’été 2001, Malika fait un bref aller-retour en Belgique. Elle veut
dénoncer dans les médias le blocus imposé par les Etats-Unis contre le
gouvernement des Talibans. Elle développe des réseaux, appelle des
familles belges à émigrer en Afghanistan. En août, elle revient auprès
de son mari.
Une nouvelle aura d’héroïne
Un mois plus tard, le 9 septembre 2001, Abdessatar Dahmane et un
autre Tunisien (tous deux prétendent être journalistes) parviennent à
approcher le chef de guerre tadjik Ahmed Shah Massoud. Le Lion du
Panshir, allié aux Américains, est alors le principal adversaire des
Talibans. Il ne cesse de dénoncer le danger de leur invité de marque,
Oussama Ben Laden. Le faux caméraman active sa ceinture d’explosifs.
Massoud et les terroristes meurent. Malika est effondrée. Mais la
nouvelle aussitôt connue, ses voisins se pressent chez elle, dans leur
maison de Jalalabad, pour féliciter la veuve du martyr, lui témoigner
son respect. Ben Laden en personne l’aurait félicitée par écrit. Elle
prend la mesure de son nouveau statut.
Deux jours après la mort du commandant Massoud, Al Qaïda frappe les
Etats-Unis. Le Président américain George W. Bush exige la tête
d’Oussama Ben Laden et lance l’US Army dans une longue chasse à l’homme.
Les marines marchent sur Kaboul. Pendant trois mois, Malika fuit à
travers les montagnes au milieu des bombes. Elle se terre dans les
grottes de Tora Bora avec les combattants d’Al Qaïda et leurs alliés
Talibans. Dans son livre, le récit de cette période est épique : «J’étais
entourée de vrais Moudjahidines, les lumières de la terre, comme je les
appelle à cause justement de cette lumière qui éblouit leur visage.
J’avais peur, mais en même temps, j’étais hyper excitée... (…) Ces
hommes-là ont su dire “NON”, ils sont prêts à se battre jusqu’à la mort
ou la victoire. Ma’cha’ALLAH... quelle chance !... Quel cadeau de la
part de mon Seigneur de m’avoir fait goûter à cette ambiance, je me sens
à ce moment-là, propulsée en arrière dans le 14ème siècle, à l’époque
du Prophète Mahomet.»
Sur les réseaux sociaux, aux premières années du conflit syrien, les
jeunes djihadistes Européens font souvent montre d’une exaltation
comparable…
En décembre 2001, quand elle rentre en Belgique via le Pakistan,
après plusieurs semaines de fuite dans les montagnes afghanes au côté
des combattants d’Al Qaïda, Malika est auréolée de gloire. Elle était
femme de moudjahid, de combattant, ce qui dans ce monde était déjà bien.
La voilà promue veuve de martyr… «Elle était une simple femme. Elle est devenue une Dame, ce qu’il y a de plus respecté dans la mouvance islamiste», poursuit Redouane Ahrouch. «Les
femmes dont les maris se sont sacrifiés, ont combattu le Mal, tué des
Américains par exemple, jouissent d’un véritable prestige dans ce
milieu. Non seulement elles sont sûres d’aller au paradis, mais en plus
elles pourront emmener cent personnes de leur choix avec elles, détaille monsieur Ahrouch. D’après lui, «Malika El Aroud aura toujours son fan club… Elle fera toujours des émules.»
La stratégie de l’innocence
Malika a-t-elle joué un rôle dans la mort du commandant Massoud? Elle n’a jamais caché son opinion : ce «mauvais musulman méritait de mourir.»… Etait-elle pour autant informée du projet d’attentat? A-t-elle eu un rôle logistique?
Une fois en Belgique, interrogée par les policiers de diverses
nationalités qui se pressent pour obtenir des informations, Malika ne
lâche rien. Elle les balade même : «tu te rends compte, confie-t-elle alors à la journaliste Marie-Rose Armesto, ils
me demandent : connais-tu tel ou tel homme, en me citant les noms. Je
dis non, mais grâce à leurs questions, je sais qui ils recherchent. Tu
trouves ça malin de leur part de me donner ce type d’informations?»
Les juges n’ont jamais pu établir sa culpabilité et Malika a toujours
nié avoir jamais su ce que son mari allait faire. En 2003, la Justice
belge échoue à prouver sa complicité dans l’assassinat de Massoud.
Malika est libre, mais surveillée par les services antiterroristes. Il
lui faut se mettre au vert.
Un nouveau mari et le djihad par la plume
La même année, elle rencontre justement sur un forum Internet un
autre Tunisien installé en Suisse : un islamiste bien connu des services
de son pays d’origine, Moezeddine Garsallaoui. Depuis 1998, «Moez» est
réfugié politique en Suisse, où il ne fait pas de vagues. Il souffre
d’une scoliose. Ses lunettes rondes et son air réservé lui donnent un
air d’intellectuel.
D’après Jean-Paul Rouiller, ancien commissaire de la police
antiterroriste suisse, c’est Moez qui aurait fait le premier pas. Il se
serait rendu à Bruxelles à une séance de dédicace des Soldats de Lumière… Les deux islamistes se plaisent. Ils se marient religieusement.
En 2004, Malika quitte donc la Belgique pour s’installer auprès de
son nouvel amour et dans la petite ville de Guin, dans le canton de
Fribourg, le couple se lance dans le djihad électronique. Le «djihad par la plume», comme disait Malika, est sa nouvelle mission.
Ils ouvrent une nébuleuse de sites et de forum Internet appelant à la
guerre sainte, sans ambiguïtés, en français comme en arabe.
«Minbar.sos» est l’un des plus connus. Des sympathisants d’Al Qaïda y
diffusent des vidéos de décapitations, de tortures, d’attentats, des
textes djihadistes, des manuels de guérilla ou des recettes d’explosifs.
«Elle prenait les décisions, et lui exécutait»
À l’été 2004 Jean-Paul Rouiller, aujourd’hui reconverti dans le
privé, apprend par hasard la présence en Suisse de Malika el Aroud, à la
suite d’une demande d’informations des autorités Pakistanaises. Ses
homologues enquêtent sur une énième tentative d’attentat contre une
personnalité politique locale. La revendication est postée sur un site
Internet hébergé en Suisse, à 5000 km. Avec stupeur, les agents de
l’antiterrorisme découvrent que Malika El Aroud en personne, la célèbre
Veuve noire du djihad, vit à Guin tout en consacrant ses journées à
l’apologie en ligne du terrorisme islamiste. Personne en Belgique ne les
a prévenus du déménagement de Malika.
Pendant des mois, Jean Paul Rouiller et ses hommes espionnent les tourtereaux : «une
mission de longue haleine qui nous a permis d’étudier la dynamique du
couple. À cette époque, Malika est déjà sur le devant de la scène. Elle
jouit d’une aura au sein de la galaxie djihadiste, et cela se ressent
dans la dynamique du couple. Moez agit pour prouver à Malika qu’il est à
la hauteur d’un fantôme: celui d’Abdessatar Dahmane, l’homme qui a tué
Massoud. Il lui fallait être à la hauteur de cette ombre…» Même impression du procureur Claude Nicati, qui a instruit l’affaire pour apologie du terrorisme : «J’avais
le sentiment que c’était Madame qui dirigeait. Elle prenait les
décisions, et lui exécutait. Moezeddine était plus effacé, plus en
retrait.»
«Les lions sont blessés. Et un lion blessé, c’est très dangereux»
Le 22 février 2005, à 5h30 du matin, les policiers suisses disposent
de suffisamment de preuves pour défoncer la porte du couple. Et comme
avec les terroristes on n’est jamais trop prudents, ils jettent à tout
hasard dans l’appartement une grenade assourdissante. Moez se préparait à
faire sa prière de l’aube. Il mettra un long moment à retrouver ses
esprits. Malika, qui a déjà connu la musique de la guerre en
Afghanistan, se remet prestement. Elle contre-attaque en tenue de nuit,
crie au scandale, à sa pudeur bafouée, invective les policiers etc.
Pendant son procès, elle menacera le procureur Nicati dans la presse: «Je
vais le remettre à sa place ce Monsieur, je vous le jure. Tous mes
frères moudjahidin dans le monde entier sont au courant de ce qui s’est
passé ici. Ils sont furieux, fous de rage. Les lions, comme je les
appelle, sont blessés. Et un lion blessé, c’est très dangereux.»
En 2007, les amoureux seront finalement condamnés. «Ce procès constituait une première, en Suisse, conclue le procureur Nicati. Pour la première fois, on démontrait qu’Internet pouvait être utilisé comme une arme de guerre.» Le jugement rendu, le couple parvient sans peine à filer en Belgique. Bon débarras pour les Suisses.
Malika retrouve Bruxelles et ses amitiés islamistes. Moez, lui, ne va
pas traîner en Europe. En octobre 2007, il part au Waziristân, au cœur
des zones tribales pakistanaises, sur les pas d’Abdessatar, son défunt
et symbolique rival. En quelques mois, il prend du galon et devient
l’émir d’un groupe d’Al Qaïda, Jund Al-Khilafah traduction : les Soldats
du Califat. La NSA américaine intercepte ses communications avec Malika
restée en Belgique. Moez informe sa muse de ses progrès de moudjahidin.
En janvier 2008, il lui envoie une photo de lui-même tirant au
lance-roquette en tenue de combat sur un fond de montagnes rocheuses,
calotte blanche sur son crâne dégarni. «Oh comme tu es beau!», lui répond Malika. Le 5 juillet, via Internet, il se targue d’avoir tué cinq Américains en Afghanistan…
Recrutement actif
Après la période suisse, celle du djihad électronique, le couple
passe au recrutement actif. Malika convainc des Belges et des Français
d’aller combattre dans la région pakistano-afghane. A ceux qui hésitent
entre consacrer leur vie à leur famille ou mourir en martyr, elle
prodigue des conseils clairs. Elle fournit aussi des contacts.
Lorsqu’ils interpellent une nouvelle fois Malika el Aroud en décembre
2008, les policiers belges découvrent pas moins de 1577 messages privés
de conversation sur le site minbar-sos.com. Le 24 avril 2006 dans un
mail adressé à un français qui lui demande «est-il toujours possible de rejoindre nos frères?» Malika explique clairement : «Tous mes posts sont faits pour encourager, pousser mes frères à rejoindre la caravane, effectivement». La caravane… soit le terme utilisé pour évoquer les candidats djihadistes.
Installé dans les zones afghano-pakistanaises, son mari Moez reçoit et entraîne ces recrues. «J’espère que tu vas bien, ainsi que ton chat, tes poules et tes lapins», lui écrit un jour Malika, en langage à peine codé.
Merah pour recrue
L’un des stagiaires de Moez Garsallaoui sera un certain Mohamed Merah.
En septembre 2011, le jeune salafiste toulousain passe deux semaines à
Miransha, un bourg pakistanais sous la coupe d’Al Qaïda. Moez en
personne l’aurait entrainé au maniement des armes à feu. Six mois plus
tard, le 11 mars 2012, Mohamed Merah assassine froidement un jeune
militaire français à Montauban. Les jours qui suivent, il exécute 2
autres militaires français. Le matin du 19 Mars 2012, il attaque une
école Juive de Toulouse, trois enfants sont assassinés, un autre blessé,
un homme est mort… La France est horrifiée. On parle de Loup Solitaire,
d’un tueur au scooter, et le 22 Mars, Mohamed Merah est tué lors de
l’assaut mené contre lui par les hommes du RAID.
Il n’est pas juste un tueur au scooter, seul et isolé qui aurait
décidé de passer à l’action. Le groupe les Soldats du Califat de Moez
Garzalaoui revendique les assassinats commis par Mohamed Merah.
Le 10 octobre de la même année, Moezeddine Garsallaoui est neutralisé
à Mir Ali au nord Waziristân par une frappe de drone américain.
La permanence du secret
A cette date, Malika El Aroud est en prison. Pendant toutes les
années 2000, la veuve noire du Djihad est citée dans de nombreuses
affaires terroristes, mais ce n’est qu’en 2010 qu’elle est condamnée par
la Justice belge à huit années de prison. Reconnue coupable par le
tribunal de Premier instance de Bruxelles d’avoir «participé, en
tant que membre dirigeant, à une activité d’un groupe terroriste, y
compris par la fourniture d’informations ou de moyens matériels au
groupe terroriste».
D’après Jean Paul Rouiller, «le réseau Moezeddine-Malika est à
l’origine de toute une série de réseaux et de structures qui vont
essaimer plus tard, comme Sharia 4Belgium, Forsane Alizza en France ou
Sharia4UK, en Angleterre. Cette dynamique va amener aux réseaux
impliqués dans les premiers départs en Syrie dès 2011-2012-2013. On va
retrouver des structures franco-belgo-suisses de deuxième ou troisième
génération issues des réseaux de Malika et Moez. Il y a une continuité.»
Provocatrice, volubile, sûre d’elle-même, Malika est aussi une femme
de secrets. Elle assumait ouvertement ses convictions djihadistes hier.
Depuis quelques mois, l’égérie du djihad est libre. A-t-elle renoncé à
ses inclinations profondes? Son avocat, maître Nicolas Cohen refuse de
s’exprimer en son nom. Et Malika El Aroud ne parle pas aux journalistes.
Slug News - Collectif de journalistes d'investigation
Par Laure Lugnon Publié mardi 20 juin 2017 à 18:54,
modifié mercredi 21 juin 2017 à 17:34.
Appréhendé la semaine dernière à Meyrin pour ses accointances avec les
groupes Al-Qaida et Etat islamique, le Tunisien aurait servi de
recruteur
Mercredi dernier, à Meyrin, un père de famille tunisien (nom connu de la
rédaction) était arrêté par la police fédérale en collaboration avec la
police cantonale genevoise. Un déploiement qui n’est pas banal, pour
des charges qui ne le sont pas non plus. Lundi, le porte-parole du
Ministère public de la Confédération (MPC), Anthony Brovarone,
confirmait en effet au Temps «qu’il est reproché au prévenu
d’avoir violé l’article 2 de la loi fédérale interdisant les groupes
Al-Qaida et Etat islamique et les organisations apparentées. Il est par
ailleurs prévenu de soutien, respectivement de participation, à une
organisation criminelle».
L’homme, qui a vécu en région parisienne avant de s’établir à Meyrin,
serait recherché par les autorités suisses depuis au moins deux ans,
selon la Tribune de Genève. Il serait un pivot du recrutement
de djihadistes, soupçonné d’avoir envoyé plusieurs Genevois en Syrie et
en Irak. Plusieurs hommes se sont en effet rejoints sur la route du
djihad ces dernières années, notamment un jeune Suisse converti parti en
2015 avec un ami tunisien. Certains en sont revenus, d’autres non.
L’un
de ces hommes aurait-il parlé à son retour en Suisse et mis les
enquêteurs sur la trace du présumé recruteur de Meyrin? Ou serait-ce
plutôt des services de renseignement étrangers qui ont permis ce coup de
filet? Cette dernière piste est probable, si l’on en croit la réaction
du conseiller d’Etat Pierre Maudet, lundi, au sujet de cette
arrestation: «Par principe, je ne me prononce jamais sur les cas
particuliers. Tant la police fédérale que les polices cantonales ne
cessent d’enquêter avec des résultats concluants. C’est un travail
acharné, au quotidien, qui se fait bien souvent en collaboration avec
des services à l’étranger.» Mais en l’état et pour les besoins de
l’enquête, le MPC se refuse à fournir d’autres indications. Selon le
quotidien, les enquêteurs investiguent aussi sur les liens présumés
entre le père de famille de Meyrin et un Belge inculpé pour avoir
projeté un attentat dans son pays et détenu depuis lors. Ainsi que sur
son rôle éventuel dans le circuit financier de l’Etat islamique.
Aucun problème signalé à l’école
Les cinq enfants de l’homme
arrêté et placé en détention préventive sont scolarisés à Meyrin.
Contactée, la direction de l’établissement en question a fait savoir au Temps que «leur scolarité se déroule parfaitement bien et notre relation avec leur maman est excellente».