Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est démocratie. Afficher tous les articles

samedi 22 juin 2019

Des maires tunisiens à l’école de la démocratie directe

Article paru le 25 juin, écrit par Isolda Agazzi

Huit maires tunisiens sont venus à Genève découvrir le système fédéral suisse. Dans le but, non de le copier, mais de s’en inspirer pour asseoir le processus de décentralisation et relever les nombreux défis de la jeune démocratie, à commencer par la gestion de l’environnement et la faiblesse de la participation citoyenne.
«Genève a été à la pointe de l’opposition à l’ancien dictateur Ben Ali», s’enthousiasme Jalel Matri, président de l’association Le Pont qui promeut des échanges citoyens entre la Suisse et la Tunisie. L’ONG a invité en Suisse 8 maires tunisiens de différentes sensibilités politiques pour rencontrer les autorités communales et fédérales, dans le but de les aider à mieux gérer leurs municipalités.
Jalel Matri poursuit: «Les défenseurs tunisiens des droits humains venaient aux réunions des organisations internationales et nous les avons soutenus et accompagnés dans leur combat. Depuis la révolution de 2011, nous aidons à construire la jeune démocratie depuis Genève.»
Membre de l’exécutif de la ville, Rémy Pagani abonde: « La Ville de Genève a une attache très forte avec la Tunisie car elle a toujours soutenu les opposants. Lors de sa première venue en Suisse, Moncef Marzouki, le premier président démocratiquement élu, est venu nous remercier personnellement.»
Le 12 juin, les maires – quatre hommes et quatre femmes – étaient invités au Palais Eynard (mairie) pour assister à une conférence du professeur de droit François Bellanger portant sur la décentralisation et la démocratie directe.
Premières élections municipales de l’histoire de la Tunisie
D’emblée, la décentralisation a été inscrite dans la nouvelle constitution tunisienne de 2014. En avril 2018, le parlement a adopté le code des collectivités locales et les premières élections municipales libres et démocratiques ont eu lieu le 6 mai 2018. Les conseils municipaux ont été élus pour cinq ans et ils ne sont donc pas concernés par les élections législatives et présidentielles qui se tiendront à la fin de cette année. Fiscalement, les communes tunisiennes sont partiellement autonomes: elles se financent en prélevant certains impôts, comme les taxes locatives et celles sur les terrains non bâtis, et en recevant des transferts de fonds de l’Etat. «Mais nous comptons avoir plus d’autonomie fiscale dans les années à venir», précisent les maires.
«Le code des collectivités locales n’est que le premier pas sur le chemin de la décentralisation. Une trentaine d’actes législatifs sont en cours de préparation pour le mettre en œuvre et transférer les compétences au niveau local. Nous ne sommes pas ici pour copier le modèle suisse, mais pour nous en inspirer dans notre transition démocratique», nous confie Faouzi Boussoffara, maire adjoint de Djerba Houmek Souk.
 « Processus irréversible », malgré la difficulté de faire participer la population
Son principal souci, c’est la gestion de l’énorme masse de déchets produits par le million de touristes qui visitent l’île de Djerba chaque année. «C’est un sujet de discorde, reconnaît-il. Il n’y a pas de solidarité au niveau du gouvernorat. On se dirige donc vers une structure intercommunale de gestion des déchets avec les trois communes de l’île à laquelle participeront es structures professionnelles, patronales et syndicales et les autres composantes de la société civile – une première en Tunisie.» Un souci largement partagé par les autres maires présents, très intéressés par la gestion des ordures en Suisse, où elle est du ressort des communes.
«Votre expérience de la démocratie directe est très jolie, mais notre problème, c’est le manque d’habitude des citoyens à participer à la prise de décisions, s’exclame Imen Sahnoun, maire adjointe de Al Ain, dans le gouvernorat de Sfax. Les citoyens sont réticents à participer aux élections. Le taux de participation est à peine de 30%. Dans les conseils municipaux, ils ne s’impliquent pas, même pour soutenir les élus. Quelle stratégie de communication adoptez-vous pour avoir des citoyens aussi avertis ?»
François Bellanger concède qu’en Suisse aussi, la participation aux élections tourne autour de 30 – 40%. «Mais ceux qui n’ont pas voté acceptent les décisions de la majorité. C’est la pratique qui va amener la participation démocratique, avec des débats dans les associations, les médias, en groupe… La liberté d’expression est le bien le plus précieux.»
Malgré tout, Imen Sahnoun est optimiste : «Le transfert de compétences vers les communes va se faire progressivement, mais rapidement. L’être humain aime le pouvoir, mais au niveau du gouvernement, ils n’ont pas d’autre choix que de décentraliser. C’est un processus irréversible. On sent une volonté de faire échouer cette tentative, mais nous avons une société civile extraordinaire qui travaille sur le terrain, observe, dérange. Et qui devient de plus en plus forte depuis la révolution.»
Maroua Dridi qui, à 26 ans, est la plus jeune maire de Tunisie, espère nouer des partenariats avec des communes suisses, comme cela a déjà été fait avec des communes françaises.
Dans une analyse qui vient de paraître, l’International Crisis Group relève que le processus de décentralisation tunisien est de plus en plus clivant. Vu l’austérité budgétaire, il appelle les bailleurs internationaux à augmenter leur soutien. A partir de 2021, la Direction du développement et de la coopération (DDC, coopération suisse) prévoit d’augmenter son soutien au processus de décentralisation en Tunisie.

samedi 13 avril 2019

«L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit»

19 juin 2016 par Sophie Simon


DébatDes étudiants genevois et tunisiens ont échangé sur l’état respectif de leur démocratie. Rafraîchissant.


«Ce qui me frappe, c’est à quel point on prend notre démocratie pour un acquis, comme quelque chose de normal, presque au sens d’ennuyeux.» Cette réflexion de la chancelière d’Etat Anja Wyden Guelpa l’a conduite à inviter des étudiants d’une démocratie plus jeune, la Tunisie, pour échanger ce lundi soir avec leurs homologues genevois, sur le mode de la curiosité bienveillante, pour la semaine de la démocratie.
Un dialogue un peu maladroit s’établit entre Ema, genevoise, et Youssef, tunisien. Elle lui demande sa vision de la modernité et de la tradition, et de la pensée du sociologue Franco Cassano à ce sujet. Ce dernier invite les Méditerranéens à ne pas se laisser happer par la marchandisation et à cesser de voir tout ce qui n’est pas moderne comme forcément archaïque. «J’ai l’impression que l’Occident impose sa définition de la modernité, confirme Youssef. Pour nous elle n’est pas synonyme de laïcité. En étant pragmatique, elle est impossible dans le monde arabo-musulman maintenant. Le changement peut passer par une lecture plus spirituelle de la religion, selon la tradition soufie. L’Etat devrait utiliser la religion pour modeler la façon de penser des Tunisiens.»

A g., Waël et Youssef ont croisé le fer avec Ema (cinquième à dr.).
Image: Steeve Iuncker-Gomez
Même exercice sur le rôle joué par la société civile, gagnante du Prix Nobel de la paix en 2015 (via le quartette de dialogue). Waël explique son engagement dans une association. «Des internats ont été créés ou réaménagés. On a organisé des «voitures mules» pour acheminer les élèves à l’école, car beaucoup d’entre eux arrivaient déjà fatigués par un long trajet et n’arrivaient pas à se concentrer.» Carmela lui demande: «Tu penses que ça peut avoir une influence sur le gouvernement?» «Il est trop tôt pour le dire. L’association soulève des problèmes dont tout le monde n’a pas conscience.»
Concernant les pratiques sécuritaires, Fanny explique la modification de la loi sur le renseignement sur laquelle le peuple va bientôt voter, tandis qu’Ahmed soutient qu’«en Tunisie, la présence de l’Etat n’est presque que sécuritaire. Elle ne doit pas se résumer à un poste de police, il faut travailler sur le modèle de l’Etat-providence.» Pour Nicolas, l’obligation de servir en vigueur dans les deux pays est «fondamentale. On peut l’envisager comme une alternative idéologique au discours terroriste sur la communauté de destins.»
Slim évoque une initiative porteuse: «En Tunisie, un budget participatif a été mis en place dans quatre communes. Entre 2 et 5% du budget a été voté par les habitants. Je trouve ça incroyable, on va de l’avant.» Roxane vante alors les contrats de quartiers impliquant les habitants de la Ville de Vernier, qui auraient permis une augmentation de 4% de la participation aux scrutins.
La vérité n’est pas sortie de la bouche des enfants, mais de celle d’Angélique Mounier-Kuhn, une intervenante qui a rappelé que le droit de vote des femmes a été obtenu en 1957 en Tunisie, et seulement en 1971 en Suisse. «L’éclaireur en démocratie n’est pas forcément celui qu’on croit.»
(TDG)
Créé: 19.09.2016, 22h47







samedi 16 février 2019

L’avenir de la Tunisie passe par la décentralisation

Par Renat Kuenzi, swissinfo.ch, publié le 14 mai 2015


Forum de Tunis 2015




Spécialiste de la démocratie directe suisse, Andreas Gross a aussi une profonde connaissance de sa situation en Tunisie, où il s'est déjà rendu à de nombreuses reprises, notamment pour surveiller de déroulement des élections.
(Keystone)


 

La décentralisation est l’un des grands défis de la Tunisie issue de la révolution. Le pouvoir devrait être partagé avec les communes et les provinces. Mais pour le moment, «ces dernières ressemblent plutôt à des coquilles vides dont les structures doivent être remplies», estime Andreas Gross, expert suisse de la démocratie directe.

La décentralisation figure aussi parmi les thèmes proposés lors du Forum global sur la démocratie directe moderne, qui a lieu à Tunis du 14 au 17 mai. Andreas Gross y prendra la parole en ouverture de la manifestation. Interview.

swissinfo.ch: La Tunisie a de gros problèmes économiques et pour les gens, la situation est plutôt plus mauvaise qu’avant la révolution de 2010-2011. Le Forum global représente-t-il un signe d’espoir pour les citoyens?

Andreas Gross: Les Tunisiens semblent en tout cas le percevoir ainsi. Beaucoup se réjouissent des discussions, car ils sont convaincus que celles-ci vont continuer à les faire avancer. Par ailleurs, pour beaucoup de Tunisiens, chaque visiteur étranger – et une très grande partie des quelque 400 participants officiels au Forum le sont – représente un signe d’encouragement et de soutien. La révolution démocratique tunisienne est la seule qui ait connu le succès dans le monde arabe et elle mérite tout notre soutien.

swissinfo.ch: «La décentralisation par la participation» est à la fois le mot d’ordre de la constitution tunisienne et le titre de ce Forum. Quels sont les principaux problèmes pour parvenir à une plus grande autonomie des communes et des provinces?

A. G. : La structure extrêmement centralisée de l’Etat actuel et le manque d’expérience en matière d’auto administration au niveau local et régional. Bien qu’elle n’ait jamais été une colonie de la France, la Tunisie a repris le système centralisé et hiérarchisé de ce pays. Les différences entre les régions en matière de perspectives de vie sont énormes. Ces disparités économiques entre régions ont été une des causes de la révolution. Dans certaines parties du pays, il n’a jamais été possible de vivre dignement. Changer cela représente une tâche énorme, mais c’est justement ce à quoi s’attaquent le nouveau gouvernement et le nouveau parlement.
C’est là que peuvent aider des expériences en matière de démocratie directe et de fédéralisme, les deux se caractérisant par la répartition du pouvoir. La culture de la subsidiarité signifie: plus les problèmes sont résolus à un échelon proche des citoyens, meilleur est le résultat. Il est par conséquent nécessaire de poursuivre les réformes de la révolution, car l’élan révolutionnaire n’est pas encore émoussé et doit continuer à être utilisé.

swissinfo.ch: Il existe manifestement aussi des tendances contre-révolutionnaires.

A. G. : J’en ai entendu parler. Mais la Tunisie dispose d’une société civile très développée et bien organisée. Si le gouvernement ou le parlement œuvraient dans la mauvaise direction, les gens iraient tout de suite dans la rue et rappelleraient les autorités à l’ordre - ainsi qu’ils l’ont fait à quelques reprises au cours de ces quatre dernières années.

swissinfo.ch: Où la Tunisie en est-elle exactement dans ce processus de répartition du pouvoir? Existe-t-il déjà des communes et des régions où les citoyens peuvent participer aux décisions?

A. G. : Elles existent, mais elles ressemblent plutôt à des coquilles vides. Ces structures doivent donc être entièrement remplies. Souvent, ceux qui ont beaucoup de pouvoir ne sont pas prêts à le partager. Il faut donc la pression du peuple. Lors des prochaines élections régionales, il est important de n’élire que ceux qui portent l’idée révolutionnaire et qui font avancer la décentralisation.

swissinfo.ch: Yadh Ben Achour, président de la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique a qualifié la modernisation de la société sous l’ère Bourguiba de fondement du succès de la révolution de Jasmin. Partagez-vous cette vision?

A. G. : Habib Bourguiba était certes aussi un dirigeant autoritaire. Mais en accordant l’égalité aux femmes en 1956, il allait bien plus loin que les Suisses de l’époque. Il a aussi instauré le libre accès à l’instruction. Cela a conduit à des organisations très fortes dans la société civile, qui sont l’une des raisons expliquant le succès de la révolution en Tunisie. Elles sont d’ailleurs aussi utiles dans le cadre du processus de décentralisation. 

swissinfo.ch: Beaucoup de postes importants au gouvernement et au parlement sont aux mains de politiciens assez âgés. Ceux-ci ont-ils vraiment la volonté de partager le pouvoir?

A. G. : La nature de votre question ne rend pas justice à ces gens. La révolution doit beaucoup à certains d’entre eux. Par exemple, c’est grâce à eux qu’il n’y a pas eu d’affrontements violents ou de revers importants. Le principal problème est la relation entre l’Etat et la religion. Le dictateur déchu interdisait ou marginalisait la religion. Maintenant, elle domine là où elle est à nouveau permise. Trouver le bon équilibre entre religion et Etat et un processus d’apprentissage de la société qui n’est possible que lorsqu’on est libre d’exprimer une critique.
Ces vieux messieurs étaient en partie déjà présents sous Bourguiba, mais ils se sont de plus en plus distanciés de Ben Ali au cours des 15 dernières années. Yadh Ben Achour fait aussi partie de ces gens. La commission révolutionnaire qu’il a présidée a construit un pont essentiel entre la révolution et l’Assemblée constituante qui a intégré les différents courants révolutionnaires et créé les bases pour deux élections libres. Il est âgé, mais très circonspect et sage. Tout comme Béji Caïd Essebsi, le nouveau président. Ils veulent vraiment appliquer les valeurs de la révolution et n’ont pas de grandes ambitions personnelles.
La Tunisie est un exemple qui montre que les personnes sages avec des racines dans l’ancienne société peuvent constituer un pont important vers la nouvelle société révolutionnaire.

swissinfo.ch: L’attaque terroriste contre le Musée national, en mars, montre la vulnérabilité de ce pays qui fournit la plupart des combattants de l’Etat islamique. Comment estimez-vous le danger représenté par ceux qui reviennent de Syrie?

A. G.: La question est de savoir pourquoi des milliers de jeunes Tunisiens quittent leur pays pour rejoindre des extrémistes violents. Cela a à voir avec le manque de perspectives de vie et la misère noire de beaucoup de jeunes. En Tunisie, beaucoup de gens ont des difficultés économiques, notamment parce que désormais, de manière injuste, il y a beaucoup moins de touristes, ce qui nuit à la principale industrie du pays.
La proximité avec la Libye éclatée joue aussi un rôle. Ce pays est aujourd’hui un Etat en déliquescence et sans ordre, d’où sont venus un million de réfugiés vers la Tunisie. S’y ajoutent encore un autre million de réfugiés en provenance des zones de guerre au sud du Sahara. Pour la Tunisie et ses dix millions d’habitants, avoir 10 à 20% de réfugiés crée un problème énorme.
La principale difficulté est de sortir de la misère économique. Il faut tout de suite offrir de meilleures perspectives de vie aux jeunes, qui ont allumé la révolution en raison de la misère et du manque de perspectives. C’est le meilleur moyen de contrer l’instrumentalisation de la misère par les fondamentalistes islamiques.

swissinfo.ch: Pour en revenir au Forum, de quoi vous réjouissez-vous le plus durant ces quatre jours?

A. G.: Tout d’abord que je puisse, en tant que Suisse, donc en tant qu’enfant de la seule révolution réussie du «Printemps des peuples» de 1848, être aux côtés de la seule révolution réussie du «Printemps arabe» de 2011. Ensuite, je me réjouis des réponses à ma question qui est de savoir pourquoi ils ont rédigé une excellente constitution après la révolution, mais sans la soumettre au peuple par référendum, comme c’est habituellement le cas après une révolution démocratique. 

(Traduction de l'allemand: Olivier Pauchard), swissinfo.ch

Andreas Gross
Agé de 62 ans, Andreas Gross est historien, politologue et spécialiste des questions de démocratie directe.
Politiquement, il est depuis 24 ans membre de la Chambre basse du Parlement (socialiste). Il préside depuis huit ans le groupe socialiste du Conseil de l’Europe.
Dans le cadre du Conseil de l’Europe, Andreas Gross a surveillé à plusieurs reprises des processus électoraux dans différents pays. En Tunisie, il a été chef de la délégation des observateurs lors des élections de 2011 et de 2014. 

Plateforme internationale de la démocratie directe
Le Forum global pour la démocratie directe moderne a lieu du 14 au 17 mai à Tunis.
Le thème est «La décentralisation par la participation». Le hashtag pour Twitter est #globfor15.
Pour swissinfo.ch, le Forum de Tunis sera l’occasion de lancer au niveau international son nouveau portail consacré à la démocratie directe (hashtag #citizenpower).
Cette plateforme journalistique éclaire en dix langues les discussions, processus et défis actuels autour des thèmes des droits populaires, de la participation active des citoyens et de la démocratie participative.
 
Source

 

 

samedi 10 février 2018

Vous ne connaissez rien à la procédure pénale en Tunisie?

Cette plateforme en ligne didactique vous expliquera tout

Le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF Tunisie) a lancé le 26 octobre dernier une plateforme en ligne sur le système pénal en Tunisie disponible en version responsive qui s’adapte à tous les terminaux de lecture (ordinateur, Smart phones, tablettes).

Le site www.comprendrelajusticepenale.tn voudrait permettre aux Tunisiens de comprendre "La justice pénale en Tunisie de A à Z". Disponible en dialecte tunisien, il se veut être accessible au plus grand nombre.
Le but de ce site est de faire face à la complexité pour le citoyen des procédures pénales en Tunisie et de "combler ce manque d’information et à simplifier le déroulement de la procédure pénale à travers des illustrations simplifiées et interactives permettant de l’expliquer et de la vulgariser d’une manière didactique".
Selon le DCAF, cette plateforme vise 3 objectifs:
  • "Renforcer l’accès à l’information relative à l’organisation et au fonctionnement du système de justice pénale tunisien et permettre au justiciable d’être informé des règles qui s’appliquent à sa situation et de la qualité et des pouvoirs des acteurs judiciaires qu’il va rencontrer
  • Expliquer et vulgariser le fonctionnement de la justice pénale auprès des personnes intéressées par la thématique ;
  • Promouvoir un débat inclusif autour de la réforme de la justice pénale en Tunisie, notamment concernant la simplification des procédures".
Un outil détaillé sur la procédure pénale en Tunisie
Sur le site la navigation permet de voir deux infographies, une générale, et une autre plus détaillée sur le fonctionnement de la justice pénale en Tunisie mais aussi des principaux acteurs qui y prennent part.
Un glossaire des termes juridiques mais aussi une comparaison avec des pratiques d'autres pays sont référencées sur le site.
Une infographie générale permet de montrer les différentes étapes de la procédure pénale du moment de la commission de l'infraction jusqu’à l’exécution du jugement.

aefr

Durant toutes ces étapes, vous pourrez avoir plus de détails en cliquant sur une petite croix rouge qui donne la base légale de cette procédure.

erg

Un mode de navigation détaillé rentre plus en détails dans chaque étape et la décortique au regard du code de procédure pénale et permet de suivre ses différentes issues.

afr

Le site met aussi en avant les acteurs de la procédure pénale.

artf

À partir de là, vous pourrez cliquer dessus et voir quels sont les droits, les devoirs et les prérogatives de chacun de ces acteurs tout au long de la procédure.

tgt

Le site permet aussi de voir le système de justice pénale en Tunisie en un coup d'oeil avec toutes les institutions qui y prennent part ainsi que leur rôle ainsi qu'une liste de questions-réponses relative à la justice pénale en Tunisie.
Selon la DCAF, "ces illustrations serviront (...) à identifier les points forts et les points faibles de la législation en vigueur et à stimuler le débat autour des questions de réforme du système de justice pénale".
Le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées (DCAF Tunisie) est une organisation internationale basée en Suisse qui assiste les États dans le développement de la bonne gouvernance du secteur de la sécurité mais aussi au respect de la démocratie et de l'État de droit.

Paru le 1er novembre 2017 par Yassine Bellamine

Source

mercredi 24 mai 2017

Entretien avec Valérie Loewensberg, réalisatrice de « Tunisie, l’ère de la révolution culturelle »

Projeté lors de la 32e édition du Festival du Film sur l’Art (FIFA), le documentaire de la Suissesse Valérie Loewensberg, Tunisie, l’ère d’une révolution culturelle, revient sur les bouleversements socio-politico-culturels qu’ont traversés le pays et son peuple. 

Entretien avec la réalisatrice et retour sur les coulisses de la réalisation du documentaire.





 Quel a été le déclic qui vous a menée à la réalisation, puis à la Tunisie ?
J’ai été membre active puis vice-présidente de la CODAP [le Centre de conseils et d’appuis pour les jeunes en matière de droits de l’homme] à Genève.
En 2012, nous avons décidé de favoriser la venue de quatre jeunes défenseurs tunisiens. La rencontre avec eux m’a beaucoup marquée. Ils étaient alors très impliqués au sein de leurs associations (Association Tunisienne pour les femmes démocrates, Conseil national pour les libertés en Tunisie, Amnesty International) visant à insérer des articles de lois dans la nouvelle constitution tunisienne, notamment pour la protection des personnes en situation de handicap, et pour conserver certains acquis sur l’égalité homme-femme, qui se voyaient menacés par la nouvelle constitution.
C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de me rendre en Tunisie et d’étudier en profondeur l’engagement de jeunes activistes durant la transition démocratique. Tunisie, l’ère de la révolution culturelle, est mon premier projet de film documentaire.

Comment s’est organisé et articulé le tournage et la postproduction du documentaire ?
Mon film documentaire a été tourné uniquement à Tunis. J’avais eu jusque-là des expériences de formations avec le CODAP en Afrique de l’Ouest, mais c’était ma première rencontre avec la Tunisie.
Une amie expérimentée dans l’audiovisuel m’a rejointe pour tenter l’aventure avec moi. La durée du tournage a duré un peu plus d’un mois, et la postproduction a duré dix mois.
Faute de moyens, le documentaire a été réalisé avec des reflex numériques en qualité HD. Les fonds [quant à eux] ont été récoltés via une plateforme de financement participatif. La somme nécessaire n’ayant pas été réunie dans sa totalité, j’ai financé près de la moitié du projet avec mes économies.

Concernant le travail de recherches, comment vous êtes-vous préparée ?
En amont, mon travail a été de suivre l’actualité en Tunisie et de comprendre la situation dans laquelle se retrouvaient les Tunisiens un an après la révolution, en cherchant à les rencontrer.
J’ai notamment fait la connaissance des jeunes militants pour la défense des droits des femmes, un avocat des familles des martyrs et des blessés de la révolution, des jeunes de différents mouvements politiques, des journalistes au sein de l’assemblée générale constituante durant la justice transitionnelle. Toutes ces rencontres m’ont permis de prendre conscience de la situation du pays un peu plus d’un an après la chute de la dictature.

Aviez-vous des appréhensions particulières avant de vous rendre sur place ?
Pour tout vous dire, avant mon départ, j’avais quelques appréhensions d’ordre organisationnel, mais ce que je redoutais le plus à ce moment-là, c’était la viabilité du projet. De par mes contacts réguliers sur place, je me rendais compte de l’instabilité dans laquelle le pays évoluait.
J’ai donc décidé de partir en gardant une idée assez large sur ce qu’allait devenir mon film afin de rendre possible une certaine improvisation sur place qui me permettrait d’affiner ma thématique en fonction de la situation. J’avais uniquement préparé les quelques questions que je souhaitais poser à chacun des jeunes activistes.

En tenant compte de la situation médiaticopolitique au moment du tournage, la présence de votre camera pouvait-elle déranger ?
Après la chute de la dictature, la diversité des médias a explosé en Tunisie. Plus particulièrement, les journalistes et blogueurs se sont multipliés et ont pris les devants sur la scène médiatique, notamment les médias sociaux tels que Facebook. Durant la période de tournage, parmi la puissance numérique des journalistes présents, la présence de ma caméra passait quasi inaperçue.

Est-ce que le thème de la démocratisation de la culture s’est imposé de lui-même ?
Oui tout à fait, je dirai que la démocratisation de la culture s’est imposée de manière naturelle de par la nécessité qu’il y avait à ce moment-là en Tunisie de s’exprimer librement. La chute du régime a permis aux mouvements artistiques, nés dans l’ombre de la dictature, de s’exposer et de se manifester au grand jour.
J’aurai [toutefois] aimé aborder le rôle tout entier de la société civile tunisienne, majoritairement les jeunes et les femmes qui luttent jour après jour pour la défense des droits des familles de martyrs et contre l’impunité, pour le droit des femmes, le droit des chômeurs, la liberté d’expression, etc. Mais pour ne pas me disperser, il a fallu que je me restreigne.

Où sera prochainement projeté votre documentaire ? Avez-vous un projet en cours ?
En avril, il sera diffusé en Suisse lors du Festival du Film Oriental de Genève. [Pour ce qui est d’un projet en cours], j’ai l’idée d’un film documentaire qui parlerait des traditions ancestrales de la culture andine, mais pour l’instant je me concentre sur mes études en audiovisuels à l’Institut Universitaire National d’Art à Buenos Aires.
Valérie Loewensberg est diplômée de Sciences et Technologies du Vivant au sein de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Elle a travaillé trois ans dans la coordination d’études cliniques et des technologies des biomarqueurs.