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samedi 9 mars 2019

Tunisie: manifestations de joie en Suisse

lundi 14 mai 2018

«Ces délinquants sont venus pour se faire de l’argent»

Interview Le chef de la police judiciaire lausannoise analyse l’explosion des délits commis par des Maghrébins.

A la tête des enquêteurs de la police municipale de Lausanne depuis novembre 2011, le capitaine Jean-Luc Gremaud est aussi un expert de l’identité judiciaire reconnu sur le plan international. Il mène la lutte contre une petite délinquance qui a explosé depuis le Printemps arabe. L’an dernier, 2500 Tunisiens ont demandé l’asile dans notre pays. Déboutés ou en attente d’une réponse, une partie d’entre eux s’adonnent au vol et au trafic de drogue. A Lausanne, les petits délits ont doublé.

Missions à l’étranger

La spécialité du capitaine Jean-Luc Gremaud, 49 ans, c’est l’identification des personnes décédées. C’était le sujet de la thèse de doctorat qui a couronné ses études à l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne. Il a ensuite dirigé l’Identité judiciaire de la police cantonale valaisanne. Et il a participé à des missions à l’étranger. Il s’est ainsi rendu au Kosovo en 1999 dans le cadre du mandat de procureure générale du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) confié à Carla Del Ponte. Il a participé à la création en 2001 de l’équipe suisse d’identification des victimes de catastrophes (Disaster Victim Identification, DVI), avec laquelle il est parti en Thaïlande à la suite du tsunami du 26 décembre 2004. Il a aussi été appelé à travailler sur l’accident de car qui a fait 28 morts le 13 mars dernier à Sierre (VS).

Jean-Luc Gremaud a observé depuis deux ans une explosion de la petite délinquance, attribuée pour une grande part aux Maghrébins.
Image: JEAN-PAUL GUINNARD

 

On parle toujours de «Maghrébins», mais a-t-on une idée plus précise des nationalités de ces petits délinquants?

- Les Tunisiens sont clairement surreprésentés. Si on considère le trafic de stupéfiants, 80% des délinquants arrivés ici après le Printemps arabe proviennent de Tunisie. On compte ensuite 8% d’Algériens et 4% de Libyens. Les Egyptiens sont faiblement présents. Le nombre de demandes d’asile déposées par des Syriens est en croissance, mais cela ne se traduit pas par une augmentation des délits. Nous sommes prudents avec ces chiffres. En effet, il nous est difficile de vérifier l’origine réelle de ces personnes. Comme il n’existe pas d’accord de réadmission ni de protocole de renvoi entre la Suisse et la Tunisie, certains ont intérêt à se présenter comme Tunisiens pour éviter un retour forcé dans leur vrai pays.

On entend parfois dire qu’une partie d’entre eux étaient des prisonniers de droit commun évadés dans leur pays. Est-ce vrai?

- Il est difficile de connaître leur parcours. La plupart ont un objectif clair: se faire de l’argent. Je dirais que cette population se répartit entre une minorité, d’un côté, qui menait une existence modèle dans le pays d’origine; à l’autre extrémité, on trouve une autre minorité formée de délinquants qui ont probablement passé quelques années en prison; et au milieu, une majorité qui a choisi de commettre des petits délits pour gagner de l’argent. Ce ne sont pas des criminels de haut vol, mais plutôt des touche-à-tout. Leur habileté et la facilité avec laquelle ils décident d’enfreindre la loi montrent qu’ils ne sont pas des débutants.

Ont-ils l’image d’une Suisse peu sévère sur le plan pénal?

- Oui, ils le savent. Ils évaluent le rapport entre les risques encourus et les avantages souhaités. Ils veulent obtenir de l’argent et acceptent, comme prix à payer, de passer quelques heures, voire quelques jours, dans des geôles suisses. Dans notre pays, ce rapport est à leur avantage. Ils commettent des petits délits qui pourrissent la vie des citoyens mais qui restent des actes de peu de gravité d’un point de vue pénal. Cela leur vaut quelques ennuis qu’ils sont prêts à assumer. Sur un plan plus local, je constate que Lausanne est confrontée à des phénomènes urbains spécifiques, mais avec des procédures extrêmement lourdes imposées par le canton. De ce fait, Lausanne fait face à des problèmes comparables à ceux de Genève, par exemple, mais avec des armes bien moins efficaces.

Combien de ces Maghrébins avez-vous arrêtés, et pour quels délits?

- Dans les six premiers mois de 2012, nous avons interpellé 475 personnes originaires du Maghreb. Ce sont principalement des hommes âgés de 20 à 30 ans. Dans le classement des délits, les infractions à la loi sur les étrangers se trouvent en première position: ils sont dans une situation irrégulière. Ensuite viennent les vols, notamment les vols par effraction dans les véhicules, et le trafic de drogue. On observe un glissement vers les cambriolages d’appartements et de commerces. Ce sont des délinquants polyvalents.

Quel est leur impact sur l’évolution de la petite délinquance?

- On a observé une véritable explosion entre 2010 et 2011, notamment pour les vols à l’arraché (+198%), les vols avec effraction dans les véhicules (+68%), les vols à la tire et à l’astuce (+83%). 3382 cas ont été comptés pour ces trois domaines en 2011, soit un accroissement de 1514. En 2012, cette situation s’est encore accentuée. On peut attribuer une très grande partie de cette petite délinquance aux Maghrébins.

Entrent-ils en concurrence avec d’autres groupes ethniques?

- A Lausanne, nous avions réussi à juguler le rôle des Albanais dans le trafic d’héroïne. Ce marché a été repris par les Maghrébins. Ils achètent le produit aux Albanais de Genève et le coupent avant de le revendre. Sur le front de la cocaïne, on peut parler d’une sorte d’accord tacite avec les Africains de l’Ouest. Mais on voit apparaître des tensions, par exemple dans le secteur de Bel-Air, qui nous inquiètent car elles se durcissent. Elles sont dues à la concurrence sur le produit ou à l’occupation du territoire.

Ces délinquants peuvent-ils se montrer violents?

- Si on parle des vols de collier commis sur des passantes, forcément, c’est un acte violent, puisqu’il faut soit trancher l’objet, soit l’arracher, ce qui peut provoquer des blessures. Mais, d’une manière générale, il serait incorrect de considérer que les Maghrébins sont plus agressifs que les autres délinquants. On observe actuellement une dérive. Certains ne se contentent plus de vendre des stupéfiants. Ils exercent une contrainte sur des toxicomanes qui, en échange d’une dose, doivent eux-mêmes vendre de la drogue puis leur remettre la recette.

Les aides au retour, comme le «plan Maghreb» genevois doté de 4000 fr., sont-elles efficaces?

- D’une manière générale, ce type d’aide pose un problème. Elle s’adresse à des gens en partie venus en Suisse pour gagner de l’argent de manière délictueuse. Et on leur propose de rentrer volontairement. Vous imaginez l’impact que cela peut avoir. Une telle aide au retour revient à contrarier leurs plans.

La police intervient au nord de la place de la Riponne, les délinquants se déplacent au sud. Après une interpellation, la libération suit rapidement. Votre travail est-il utile?

- Un cas est un cas, un lésé est un lésé. Si on peut retrouver l’auteur d’un délit, c’est notre mission. S’il s’agit d’une goutte d’eau dans un océan, j’en prends acte, mais, face au lésé concerné, je suis satisfait. Le tsunami de 2004 en Asie a provoqué la mort de 230 000 personnes. Quand je suis parti là-bas pour participer à l’identification des corps, je savais que nous n’identifierions peut-être que 5% des victimes. Mais si on se met à la place de quelqu’un dont on vient d’identifier un proche, notre action prend une autre dimension.

Une situation inextricable
Karim se trouve en Suisse depuis un an. Dans sa vie antérieure, cet homme de 35 ans vivait chichement de la pêche dans le sud de la Tunisie, à Kerkena. Il a traversé la Méditerranée sur un bateau chargé de 16 compatriotes qui a failli chavirer à cause d’une tempête. Karim a débarqué à Lampedusa, l’île italienne aux premières loges de l’immigration venue d’Afrique. «J’ai ensuite passé six mois en Italie dans un centre. Puis ils m’ont libéré et je suis venu en Suisse par Chiasso. J’ai demandé l’asile à deux reprises, ça a été refusé et j’ai été refoulé en Italie. Je suis revenu en Suisse où je vis maintenant dans la clandestinité», raconte-t-il. 

Comment vit Karim? «Je me débrouille. On est obligés de faire des conneries pour s’en sortir.» Il admet avoir fait du trafic de marijuana. Et aussi avoir pratiqué le vol à l’étalage quand il n’avait pas de quoi s’acheter des produits de toilette. «Mais c’est fini, tout ça», affirme-t-il. L’avenir? «Pour le moment, je ne sais pas», répond-il. Et l’aide au retour? La Confédération a mis sur pied un programme destiné aux Tunisiens, applicable du 15 juillet 2012 au 30 juin 2013. Karim s’est renseigné. Mais, assure-t-il, l’appui est insuffisant: «J’ai demandé 10 000 fr. pour que je puisse acheter une barque. On m’a parlé de 4000 fr. Mais avec cette somme, il n’est pas possible de lancer un projet et vivre correctement. Le niveau de vie est plus élevé. Après la révolution, les prix des matières premières de base ont flambé.» 

Dans le canton de Vaud, personne n’a encore bénéficié de ce programme. Aux côtés de Karim, Fathi Othmani, membre du bureau exécutif de la Communauté tunisienne en Suisse, tente d’apporter son aide et sert d’interprète. Installé depuis de nombreuses années dans notre pays, enseignant à Lausanne, il fait un constat désabusé: «Je comprends les habitants agacés par cette petite délinquance. C’est une situation absurde, qu’il faudrait résoudre au niveau européen. Ces jeunes Tunisiens sont sans solution. Et toute la communauté tunisienne, même ceux qui sont intégrés depuis des années, est stigmatisée». (24 heures)

Créé: 19.09.2012, 07h10 par Philippe Maspoli

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jeudi 10 mai 2018

Entretien avec Mondher Kilani


Propos recueillis par A. M.-K.
Publié vendredi 19 décembre 2014 à 22:07.


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«La chance de la Tunisie, c’est son histoire»


Mondher Kilani est anthropologue et professeur honoraire à l’Université de Lausanne. Il a publié cet automne «Tunisie, carnets d’une révolution»*. D’après lui, la Tunisie a bénéficié dans sa transition d’un avantage exceptionnel, celui d’avoir de tout temps existé en tant qu’unité politique pertinente


Le Temps: La nouvelle Constitution a réduit les prérogatives présidentielles. Cette campagne a pourtant cristallisé les passions.
 
Mondher Kilani: Les Tunisiens sont un peu empruntés dans cette élection, car ils n’ont pas envie de revivre la figure de l’homme fort ou du sauveur qui a prévalu pendant des décennies. Or l’un et l’autre des candidats jouent de cette figure. Béji Caïd Essebsi se présente comme celui qui va remettre le pays sur des rails et Moncef Marzouki comme celui qui va sauver la révolution. Ils apparaissent tous deux comme des personnalités de circonstance. Le deuxième tour a été source de crispation car chacun a peur que le candidat de l’autre passe. D’autant plus que les autres partis n’ont pas choisi. Ennahda n’a ainsi donné aucune consigne claire à ses partisans. Cela montre que la société tunisienne est plus complexe que l’idée qu’on s’en fait.
 
– Ces derniers mois, elle est surtout apparue tiraillée entre les islamistes et les modernistes. Cette bipolarité a-t-elle émergé dans la révolution ou a-t-elle toujours existé?
 
– On a tendance à simplifier, en imaginant deux forces opposées. Cette dichotomie s’inscrit dans la suite de la dictature de Ben Ali, à laquelle on donnait une sorte de respectabilité démocratique parce qu’elle aurait été le rempart contre l’islamisme. Mais, si on prend le temps de réfléchir, cette opposition n’est pas si radicale: le parti islamiste Ennahda et Nidaa Tounes sont tous deux favorables au libéralisme économique. Sur le plan extérieur, ils endossent des positions pro-occidentales. Ils pourraient s’entendre, et d’ailleurs ils ont esquissé la possibilité de travailler ensemble. Ils sont parvenus à un accord à l’Assemblée nationale en nommant un président issu de Nidaa Tounes et un vice-président d’Ennahda. En Tunisie, les arrangements sont possibles sur la scène politique. Le pays ne fonctionne pas sur l’exclusion a priori de l’autre, c’est sans doute ce qui l’a sauvé institutionnellement.

– Où se situent alors les zones de fractures?
 
– Elles se retrouvent dans les référentiels historiques. Les modernistes se réfèrent plutôt à l’imaginaire nationaliste fondé par Bourguiba dans la suite du courant moderniste apparu au XIXe siècle. Ils insistent sur une forme de «tunisianité», empruntent au courant intellectuel et aux figures syndicales. Le référentiel des islamistes est religieux. Ils sont plus internationalistes, puisqu’ils vont puiser des références à l’étranger. Mais ces islamistes ne sont pas une génération spontanée. Ils sont Tunisiens avant tout. Ce n’est que parce qu’ils n’avaient jamais eu la possibilité de s’exprimer librement qu’on a tout d’un coup découvert leur existence.

– La Tunisie est en train d’achever sa transition là ou d’autres pays ont échoué. Quel est son atout maître?
 
– La force de la société tunisienne est qu’à chaque crise depuis la révolution, la multitude a su se reconstituer, en dehors des partis et des clivages. C’est une dynamique très forte qui s’inscrit dans un passé. La Tunisie a bénéficié d’une situation exceptionnelle: c’est un pays qui a une certaine profondeur historique. Au temps de Rome et de Byzance, sous toutes les dynasties musulmanes et l’Empire ottoman, la conscience d’appartenir à une entité politique pertinente a toujours existé. Contrairement à la Syrie ou à l’Irak, qui sont des créations des puissances coloniales après 1920, ou à la Libye, qui n’a jamais été qu’un patchwork.

– La révolution tunisienne a d’abord été celle des jeunes. Or, ils n’ont pas pris la relève sur le plan politique. Comment l’expliquer?
 
– Ils sont largement majoritaires sur le plan démographique et ce sont eux qui ont été à l’origine de la constitution de la multitude: les jeunes, les chômeurs, les pauvres, rejoints par les classes moyennes. Tous ont convergé vers un même but: recouvrer une dignité. Dans le bouillonnement du début, on pensait que les jeunes parviendraient à occuper tous les espaces dans une sorte de démocratie participative. Mais les portes leur sont restées fermées, car assez rapidement le jeu institutionnel a repris le dessus. L’obsession de la transition s’est imposée, il fallait retrouver vite des institutions, ce qui a balayé les autres préoccupations de type révolutionnaire. Les jeunes n’ont pas disparu, les plus chanceux se sont investis dans la création, dans l’art. Mais pour les autres, c’est le désenchantement, et ce n’est pas pour rien que le mouvement migratoire a flambé. Les problèmes de fond n’ont pas été réglés. 
 
* Tunisie, carnets d’une révolution, Editions Petra, 2014, Paris.



Publié vendredi 9 mai 2014 par Em. G.

Bio/Biblio

Mondher Kilani

Les principaux livres du professeur d’anthropologie à l’Université de Lausanne

Mondher Kilani

Mondher Kilani est né en Tunisie et y a grandi jusqu’à l’âge de 19 ans, avant de séjourner en France puis de s’établir en Suisse. Il a été professeur à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne jusqu’en 2013. Il est notamment l’auteur d’une fameuse Introduction à l’anthropologie (Lausanne, Payot, 368 p.) pour les étudiants.

Voici ses principaux autres titres:

Anthropologie. Du local au global, Armand Colin, 2009

Guerre et Sacrifice. La violence extrême, P.U.F., 2006

L’Universalisme américain et les Banlieues de l’humanité, Lausanne, Payot, 2002

L’Invention de l’Autre. Essais sur le discours anthropologique, Lausanne, Payot, 2000

La Construction de la mémoire, Labor & Fides, 1992

Les Cultes du cargo mélanésiens. Mythe et rationalité en anthropologie, Editions d’en bas, 1983

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mardi 1 mai 2018

Le porte-voix genevois des révoltés tunisiens

 Publié le 23 janvier 2011 par Angélique Mounier-Kuhn

Contraint à quitter son pays en 1991, Anouar Gharbi foulera de nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier. L’activiste s’est révélé incontournable pour suivre la révolution du jasmin, depuis la Suisse. Depuis quelques semaines, il ne touche plus terre

Il passe un coup de fil contrit, pour prévenir: impossible de se garer dans les environs de Plainpalais. Avec une bonne vingtaine de minutes de retard, Anouar Gharbi finit par arriver, l’oreillette branchée et absorbé par une conversation téléphonique en arabe. Il tend une poigne ferme, s’assied, tout en abreuvant son interlocuteur de «chouf, chouf». Il raccroche et prend la précaution d’éteindre son portable. Nous pouvons enfin faire connaissance.

Anour Gharbi, coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT-Suisse) ne touche plus terre depuis que l’Histoire a pris un tour inattendu dans son pays d’origine. Radio, télévision, manifestations, il est sur tous les fronts. Sa disponibilité et son empressement à partager à toute heure ses informations de première main en ont fait le relais incontournable pour suivre, depuis la Suisse, les événements de Tunisie. «Cela fait trois semaines, je ne dors pas plus de deux ou trois heures par jour. Il m’arrive de passer des journées sans manger, sans même me rendre compte que j’ai faim.»

Cela tombe bien. C’est précisément pour le mettre à table que nous avons souhaité le rencontrer. Il a choisi l’endroit, Les Savoises, le restaurant-café «équitable» de la Maison des associations, à Genève, qu’il contribua à fonder il y a quelques années. En dépit de ses murs orange tapageur et jaune vif, l’endroit est accueillant, tout comme la serveuse, aimable et enjouée, qui régente toute seule la salle heureusement clairsemée. Dans la cuisine ouverte, le maître des lieux vaque à la préparation des plats. Anouar Gharbi se sustentera d’une salade mêlée au chèvre chaud. Nous misons sur un pot-au-feu. Pour les accompagner, un jus de pomme et une eau gazeuse.

Il y a tout juste un mois et un jour, Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, s’est transformé en torche vivante à Sidi Bouzid, une localité agricole du cœur de la Tunisie. Depuis ce geste sacrificiel, l’actualité du pays, où Anouar Gharbi naquit en 1964 dans la région côtière de Chebba, s’est emballée, jusqu’à la chute rocambolesque, le 14 janvier, de son autocrate de président, Zine el-Abidine Ben Ali. Demander à Anouar Gharbi comment il a vécu l’effondrement du régime, c’est s’embarquer pour un périple liant constamment passé, présent et avenir.

Ces heures épiques lui rappellent, par leur intensité, ses souvenirs de militant syndicaliste, diplômé en agronomie, contraint à l’exil. C’était en 1991: «Un jour, on m’appelle pour me dire qu’une dizaine de policiers sont partis chercher celle qui allait devenir mon épouse (elle est Suisse par sa mère et alors professeur d’anglais) parce qu’ils me cherchent moi, sans parvenir à me trouver.» Quelques semaines auparavant, un autre coup de fil l’avait informé que son nom figurait dans le journal, au beau milieu d’une liste de personnes recherchées, islamistes pour la plupart. Annouar Gharbi se raconte dans le moindre détail. Il en néglige son assiette et oublie parfois de finir ses phrases. Dans la nôtre, le pot-au-feu, parfumé mais un peu filandreux, tiédit.

«J’ai été considéré comme le responsable des relations extérieures d’Ennahda (ndlr: le parti islamiste interdit dont les membres ont été traqués, torturés et qui demande aujourd’hui sa légalisation) parce qu’en 1990, je me suis rendu en Algérie, au Maroc et en Europe de l’Est pour négocier l’inscription dans les universités d’étudiants tunisiens qui n’avaient pas pu achever leurs études en raison de leur engagement. Oui, beaucoup d’entre eux étaient des islamistes», enchaîne le militant. En dépit du soupçon récurrent que lui a valu par le passé sa proximité avec Ennadha et certaines fréquentations plus récentes, Anouar Gharbi se défend de penchants islamistes. Sa barbe? Un bouc stylé, poivre et sel et taillé de frais. Son rapport à l’Islam? Parfaitement assumé: «Je me sens très bien avec Dieu. Je suis croyant, pratiquant, mais je suis un «musulman light». Je travaille trop pour faire me prières à temps. Il m’arrive, en voyage, de ne pas observer le ramadan». Le cœur à gauche alors, Anouar Gharbi? «Cela n’a rien strictement rien à voir. Je me sens proche des opprimés, et j’ai de la sympathie pour tout ce qui est résistance.»

Etonnant caméléon, cet hyperactif à l’œil sémillant, père de quatre enfants, menant carrière dans une entreprise internationale tout en militant, dit-il, au sein d’une quinzaine d’associations. Droit pour tous est l’une d’entre elles, qu’il préside et participa activement à l’organisation de la «Flottille de la liberté» pour Gaza au printemps dernier. Autre fait d’arme, dont Anouar Gharbi est fier d’évoquer le souvenir: cette visite express de Ben Ali à Genève, en 1995, qui s’acheva par une brouille diplomatique entre Tunis et Berne. Invité d’honneur de la Conférence internationale du travail, le président tunisien avait été copieusement sifflé par des manifestants, dont l’activiste était le coordinateur. Furieux, Ben Ali avait rappelé son ambassadeur à Berne.

Entre deux fourchetées faméliques, Anouar Gharbi relate les deux mois de clandestinité qui ont précédé son départ de Tunisie il y a vingt ans. Deux décennies pendant lesquelles il n’a jamais remis les pieds au pays, dont il connaît pourtant les contours par cœur. Dès le début du repas, il s’est appliqué à dessiner la Tunisie sur un brouillon pour que l’on suive pas à pas ses pérégrinations. Rentrer était trop risqué. Sauf à sacrifier sa liberté d’expression, ce à quoi il s’est toujours refusé. D’ailleurs, son passeport était en souffrance depuis 1998 à l’ambassade de Tunisie à Berne, où il avait été déposé pour une demande de renouvellement. De l’autre côté de la Méditerranée, ses parents ont à peine été mieux traités. Il leur a fallu des années pour obtenir un passeport; et ils ne lui ont rendu que deux visites à Genève. «Tu as tout ici. Merci à Dieu, lui lâche un jour sa mère dans le jardin de sa maison de Grand-Saconnex. Tu ne manques de rien, mais toi, tu nous manques.» Le déracinement, assure pourtant Anouar Gharbi, n’a pas été une si douloureuse expérience: «Bien sûr, lorsque l’on m’envoie des séquences vidéo de mon village, de mon école, ma gorge se serre. Mais d’un autre côté, je ne voulais pas donner à Ben Ali le crédit de ma présence.»

L’heure a tourné: trop tard pour le dessert, un expresso achèvera le repas. Anouar Gharbi foulera à nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier, accompagné d’une délégation de parlementaires et de militants des droits de l’homme en Suisse. S’il ne laisse pas encore libre cours à sa joie, «c’est parce le pays est tout entier à construire. Comment participer à ma manière? C’est la question qui me préoccupe aujourd’hui». Le militant se voit en «facilitateur», en tisseur de liens. Aussi, s’il s’engage en politique, «ce sera au sein d’une coalition et non dans un parti». Imagine-t-il se réinstaller dans la Tunisie affranchie de son despote? Il n’hésite pas; sa vie est ancrée à Genève. «Je suis devenu citoyen suisse. Jamais, en vingt ans d’engagements, je n’ai été l’objet de racisme. J’y suis profondément attaché.» Il aidera donc les Tunisiens à distance. Pourtant, lorsqu’au moment de se quitter on souligne le courage prodigieux de ces derniers et leur intelligence politique, il remercie, ému, touché par le compliment.

samedi 13 janvier 2018

Une journaliste suisse à la découverte de la Tunisie

Paru le 24 octobre 2017. écrit par E.B.A.

Maurine Mercier, une expatriée suisse vivant en Tunisie, explique les raisons qui l'ont poussée à venir vivre au pays de la révolution du jasmin.



Détentrice d'un master en droit international de l'institut des hautes études internationales et du développement à Genève (Suisse), et d'un diplôme en journalisme du centre romand de formation des journalistes (CRFJ), la suissesse est actuellement correspondante de la Radio Télévision Suisse (RTS), Radio-Fance, Radio-Canada, et Radio Télévision Belge de la communauté française (RTBF). Basée à Tunis, elle couvre toute la région de l'Afrique du Nord. 

Dans une interview à l'agence "swissinfo", publié sur son site web de langue arabe, la journaliste issue d'une ville du Canton de Vaud, a expliqué, que la raison principale qui l'a poussé à venir s'installer en Tunisie, en 2016, après avoir entamé une carrière professionnelle dans plusieurs médias suisses, est simple : les évènements survenus ces dernières années dans le pays du jasmin. 

"J'avais par ailleurs, choisi la Tunisie pour transmettre la voix des Tunisiens mais aussi des Lybiens. A partir de la Tunisie, je peux effectuer mes déplacements profesionnels en Lybie pour couvrir les évènements de ce pays oublié et victime d'une guerre sans merci", a expliqué Maurine Mercier, ajoutant : " Je souhaite rester dans cette région de l'Afrique du Nord pour comprendre beaucoup de choses. J'ai l'impression qu'il y a tellement de choses à découvrir sur l'Islam et sur les mouvements féministes."

Notons que Maurine Mercier a reçu trois prix et distinctions pour ses couvertures médiatiques sur divers sujets : Prix SUVA des médias (2015) et Swiss Press Award Radio (2014)


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mercredi 24 mai 2017

Entretien avec Valérie Loewensberg, réalisatrice de « Tunisie, l’ère de la révolution culturelle »

Projeté lors de la 32e édition du Festival du Film sur l’Art (FIFA), le documentaire de la Suissesse Valérie Loewensberg, Tunisie, l’ère d’une révolution culturelle, revient sur les bouleversements socio-politico-culturels qu’ont traversés le pays et son peuple. 

Entretien avec la réalisatrice et retour sur les coulisses de la réalisation du documentaire.





 Quel a été le déclic qui vous a menée à la réalisation, puis à la Tunisie ?
J’ai été membre active puis vice-présidente de la CODAP [le Centre de conseils et d’appuis pour les jeunes en matière de droits de l’homme] à Genève.
En 2012, nous avons décidé de favoriser la venue de quatre jeunes défenseurs tunisiens. La rencontre avec eux m’a beaucoup marquée. Ils étaient alors très impliqués au sein de leurs associations (Association Tunisienne pour les femmes démocrates, Conseil national pour les libertés en Tunisie, Amnesty International) visant à insérer des articles de lois dans la nouvelle constitution tunisienne, notamment pour la protection des personnes en situation de handicap, et pour conserver certains acquis sur l’égalité homme-femme, qui se voyaient menacés par la nouvelle constitution.
C’est à ce moment-là qu’est née l’idée de me rendre en Tunisie et d’étudier en profondeur l’engagement de jeunes activistes durant la transition démocratique. Tunisie, l’ère de la révolution culturelle, est mon premier projet de film documentaire.

Comment s’est organisé et articulé le tournage et la postproduction du documentaire ?
Mon film documentaire a été tourné uniquement à Tunis. J’avais eu jusque-là des expériences de formations avec le CODAP en Afrique de l’Ouest, mais c’était ma première rencontre avec la Tunisie.
Une amie expérimentée dans l’audiovisuel m’a rejointe pour tenter l’aventure avec moi. La durée du tournage a duré un peu plus d’un mois, et la postproduction a duré dix mois.
Faute de moyens, le documentaire a été réalisé avec des reflex numériques en qualité HD. Les fonds [quant à eux] ont été récoltés via une plateforme de financement participatif. La somme nécessaire n’ayant pas été réunie dans sa totalité, j’ai financé près de la moitié du projet avec mes économies.

Concernant le travail de recherches, comment vous êtes-vous préparée ?
En amont, mon travail a été de suivre l’actualité en Tunisie et de comprendre la situation dans laquelle se retrouvaient les Tunisiens un an après la révolution, en cherchant à les rencontrer.
J’ai notamment fait la connaissance des jeunes militants pour la défense des droits des femmes, un avocat des familles des martyrs et des blessés de la révolution, des jeunes de différents mouvements politiques, des journalistes au sein de l’assemblée générale constituante durant la justice transitionnelle. Toutes ces rencontres m’ont permis de prendre conscience de la situation du pays un peu plus d’un an après la chute de la dictature.

Aviez-vous des appréhensions particulières avant de vous rendre sur place ?
Pour tout vous dire, avant mon départ, j’avais quelques appréhensions d’ordre organisationnel, mais ce que je redoutais le plus à ce moment-là, c’était la viabilité du projet. De par mes contacts réguliers sur place, je me rendais compte de l’instabilité dans laquelle le pays évoluait.
J’ai donc décidé de partir en gardant une idée assez large sur ce qu’allait devenir mon film afin de rendre possible une certaine improvisation sur place qui me permettrait d’affiner ma thématique en fonction de la situation. J’avais uniquement préparé les quelques questions que je souhaitais poser à chacun des jeunes activistes.

En tenant compte de la situation médiaticopolitique au moment du tournage, la présence de votre camera pouvait-elle déranger ?
Après la chute de la dictature, la diversité des médias a explosé en Tunisie. Plus particulièrement, les journalistes et blogueurs se sont multipliés et ont pris les devants sur la scène médiatique, notamment les médias sociaux tels que Facebook. Durant la période de tournage, parmi la puissance numérique des journalistes présents, la présence de ma caméra passait quasi inaperçue.

Est-ce que le thème de la démocratisation de la culture s’est imposé de lui-même ?
Oui tout à fait, je dirai que la démocratisation de la culture s’est imposée de manière naturelle de par la nécessité qu’il y avait à ce moment-là en Tunisie de s’exprimer librement. La chute du régime a permis aux mouvements artistiques, nés dans l’ombre de la dictature, de s’exposer et de se manifester au grand jour.
J’aurai [toutefois] aimé aborder le rôle tout entier de la société civile tunisienne, majoritairement les jeunes et les femmes qui luttent jour après jour pour la défense des droits des familles de martyrs et contre l’impunité, pour le droit des femmes, le droit des chômeurs, la liberté d’expression, etc. Mais pour ne pas me disperser, il a fallu que je me restreigne.

Où sera prochainement projeté votre documentaire ? Avez-vous un projet en cours ?
En avril, il sera diffusé en Suisse lors du Festival du Film Oriental de Genève. [Pour ce qui est d’un projet en cours], j’ai l’idée d’un film documentaire qui parlerait des traditions ancestrales de la culture andine, mais pour l’instant je me concentre sur mes études en audiovisuels à l’Institut Universitaire National d’Art à Buenos Aires.
Valérie Loewensberg est diplômée de Sciences et Technologies du Vivant au sein de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Elle a travaillé trois ans dans la coordination d’études cliniques et des technologies des biomarqueurs.

mercredi 19 avril 2017

Vague d’espérance pour les Suisses de Tunisie

Les 1400 Suisses de Tunisie, souvent binationaux, et toujours bien intégrés, ont accueilli avec enthousiasme la révolution des jasmins. Tout en goûtant la liberté retrouvée, ils redoutent la crise économique qui se profile pour l’année 2011. Reportage.







Beat Frei a longtemps présidé l’Union Suisse de Tunisie qui rassemble, à l’occasion de fêtes et de sorties, les 600 familles à croix blanche que compte le pays. «Responsable des ventes d’une société suisse, j’ai longtemps travaillé dans tout le Maghreb. Je suis arrivé en Tunisie en 1985, initialement pour deux ans. Je me suis marié l’année suivante et je suis finalement resté. Je ne le regrette pas», lâche ce solide gaillard.
Il raconte avec émotion l’élan de solidarité qui a réuni Tunisiens et étrangers pendant la révolution des jasmins. Dans les quartiers, il s’agissait de se défendre tous ensemble contre les groupes armés, fidèles à l’ancien président Ben Ali, et qui tentaient de semer la terreur.
Une Suissesse de 67 ans a d’ailleurs été victime d’un «sniper» à Dar Chaabane, près de la station balnéaire de Hammamet. Alors qu’elle se trouvait sur la terrasse de sa maison, en compagnie d’une dizaine d’autres femmes, elle a été tuée d’une balle dans la tête.
«Nous n’avions comme seules armes que des pioches, des couteaux, des bâtons et un sabre, sourit Beat Frei. Il est important de souligner qu’aucun étranger n’a été agressé pendant cette révolution». La victime de Dar Chaabane était une Tunisienne naturalisée suisse. Mariée à un Suisse, elle vivait dans le Nord Vaudois. 


La communauté n’a pas paniqué     
 
Opinion confirmée par Pierre Combernous, le nouvel ambassadeur de Suisse en Tunisie, arrivé quelques semaines avant la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite. «À aucun moment, je n’ai songé à recommander aux Suisses de partir. Et aucun membre de cette communauté de 1400 personnes n’a paniqué», se réjouit-il.
Le diplomate se montre optimiste. «Les Tunisiens découvrent la liberté. Grâce à Habib Bourguiba, le père de l’indépendance, le pays comptent beaucoup de diplômés. Bien évidemment, cette révolution pousse certains salariés à réclamer des augmentations de salaires. J’encourage les entreprises suisses à jouer le jeu», avance Pierre Combernous. 
Après la France, ancienne puissance coloniale, l’Italie et l’Allemagne, la Suisse est un partenaire important de la Tunisie. Après l’Union européenne, l’AELE a signé avec Tunis un accord de libre-échange, entré en vigueur en 2005. Une centaine d’entreprises suisses sont établies de ce côté de la Méditerranée. À côté de Nestlé, SGS, Sulzer ou Bobst, de nombreuses PME helvético-tunisiennes.

Pays ouvert sur l’Europe

«La majorité de ces entreprises sont des industries manufacturières, dont une bonne partie relève du secteur du textile», souligne Monia Riahi Maâouia, attachée commerciale et économique, tunisienne et tessinoise. L’ambassade de Suisse, par le plus pur hasard, est installée sur Les Berges du Lac à Tunis, à la rue du Lac d’Annecy.
À quelques pas de là, la société suisse Tadis, spécialisée dans le développement informatique, loge… rue du Lac Léman. Emna Allani, la directrice, est tunisienne et vaudoise. «C’est le pays le plus ouvert sur l’Europe et le plus adapté à nos exigences. Les gens parlent français et nous travaillons essentiellement avec la Suisse romande. Il n’y a pas de décalage horaire et un vol sur Genève prend moins de deux heures», explique la responsable de Tadis, entreprise créée en 2007. 


Carte de séjour de deux ans 
   
Malgré l’immense espoir qui s’est emparé des Tunisiens avec la révolution des jasmins, les craintes ne manquent pas. En fin de semaine dernière, des manifestations, pour réclamer la démission du gouvernement intérimaire, violemment réprimées par la police, ont fait cinq morts. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a été contraint de démissionner, aussitôt remplacé par Béji Caïd Essebsi, réputé intègre, mais âgé de 84 ans.   
«Je travaille dans les arts graphiques. Depuis le 14 janvier, quand je passe commande en Europe, les fournisseurs me demandent de payer d’avance. L’économie tunisienne risque de passer des mois difficiles», pronostique Beat Frei. Gisèle Nabli lui a succédé à la tête de l’Union Suisse de Tunisie. C’est son père qui s’est installé dans le pays. Elle y est née et ne l’a jamais quitté. «À 69 ans, je travaille toujours dans une agence de voyages spécialisée dans le tourisme saharien. Certes, un groupe de Suisses a annulé son séjour en Tunisie. Mais nous restons optimistes pour l’avenir», assure Gisèle Nabli. 
Elle n’a qu’un seul reproche à formuler: quoique née dans le pays, elle doit refaire tous les deux ans sa carte de séjour. «Les Français, eux, obtiennent un permis de résident pour dix ans, et les Italiens pour quatre ans.»

Faits et chiffres

Deux présidents. Vaste comme quatre fois la Suisse et peuplée de 10 millions d’habitants, la Tunisie, indépendante depuis 1956, n’a connu que deux présidents, Habib Bourguiba, jusqu’en 1987, et Zine el-Abidine Ben Ali, qui a démissionné et fui la Tunisie en pleine révolte populaire le14 janvier 2011. Les prochaines élections sont prévues pour la mi-juillet.        
 
Économie. Sans hydrocarbures, contrairement à ses voisins Algériens et Libyens, la Tunisie vit de l’agriculture, du tourisme et de la pêche. Elle attire dans les zones franches des entreprises européennes, notamment textiles, en pratiquant des salaires maintenus volontairement très bas. La révolution pourrait modifier la donne.   
Relations bilatérales. La Tunisie est le septième partenaire de la Suisse en Afrique. Elle lui vend notamment des machines, des appareils électriques et électroniques, des produits chimiques. Elle lui achète essentiellement des textiles et des produits agricoles.
Les investissements suisses représentent 165 millions de dinars (110 millions de francs). La centaine d’entreprises suisses et helvético-tunisiennes emploient 14’000 personnes. Un rapport de l’OSEC estime que «Berne pourrait prendre une position plus incisive» en Tunisie.   








Par Ian Hamel, de retour de Tunis le 05 mars 2011 sur Swissinfo.ch


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