Base de données presse et documentaires francophones sur toutes les relations entre la Tunisie et la Suisse.
Tous domaines confondus (politique, histoire, culture, sport, etc.)
Les montagnes suisses, les vaches suisses, le fromage suisse, le chocolat suisse, les montres suisses, la ponctualité suisse, la propreté suisse, et j’en oublie, mais pas l’essentiel : le fameux système bancaire suisse qui est tout, sauf un cliché et c’est tout naturellement, que j’en arrive aux fonds placés chez nos amis helvètes, par le clan de l’ancien président Zine El Abdine Ben Ali.
Après quatre années d’attente et d’accusations à peine voilées de laxisme, voire de double langage à l’endroit des autorités helvétiques, ces fonds vont-ils enfin être restitués à l’Etat tunisien? Le bon peuple va-il enfin voir la couleur de biens mal acquis qui se chiffrent en milliards de dollars? Deux questions et non des moindres, auxquelles il va falloir trouver des réponses et vite si on veut calmer une opinion publique gonflée à bloc et qui en est toujours à se demander jusqu’à quand le clan maudit va-t-il continuer à profiter des sommes colossales volées aux contribuables?
Une grosse colère mêlée à une certaine lassitude et un message clair que le président de la République, avec le tact qu’on lui connait, a sans doute transmis à ses hôtes suisses, chez qui il était en visite d’Etat.
Aura-il réussi à faire bouger les lignes dans un dossier qui n’a pas échappé à une pesanteur bureaucratique évidente dont on peut deviner les motivations. En tout cas, on peut se réjouir, qu’après avoir longtemps affirmé que la demande d’assistance juridique fournie par la partie tunisienne était sommaire, les autorités à Berne soient revenues à des sentiments allant dans le sens de l’assouplissement et de la facilitation des procédures en cours, combien même on sait leur souci tatillon à ce sujet.
Le fait que le procureur général de la Confédération Michael Lauder ait été en 2015 dans nos murs, peut laisser supposer que la gestion du dossier des avoirs spoliés est sur la bonne voie, d’autant que ce dernier a parlé de la possibilité de restituer d’ici peu et dans un premier temps, quelque 60 millions de francs suisses appartenant à la famille élargie de l’ancien président.
Comme pour rassurer ses interlocuteurs tunisiens devenus circonspects par la force des choses, le magistrat suisse a tenu à souligner que le dossier était actuellement en phase décisive et que la progression des enquêtes était importante. On veut d’autant plus bien le croire sur parole que jusque là, c’est le langage diplomatique bien huilé qui a prévalu. Je ne sais pas, si dans la foulée, le chef de l’Etat et son ex-ministre des Affaires étrangères Taïeb Baccouche qui l’a précédé à Berne, ont réussi à convaincre leurs hôtes de la nécessité d’envoyer un signal au peuple tunisien qui attend un geste. Je ne sais pas non plus si les autorités confédérales vont tenir leurs promesses et accélérer les choses, même si on sait d’avance que la tache est rude pour déverrouiller un système bancaire dont on dit qu’il n’a pas son pareil pour accueillir et recycler à l’abri des regards indiscrets, les capitaux étrangers suspects.
Faut-il rappeler dans ce contexte qu’à l’origine, la fortune du clan déposée dans les banques suisses était estimée à environ 60 millions d’euros, un chiffre revu à la baisse pour atteindre les 43 millions d’euros, après le blanchiment par la justice suisse de certains membres de la famille?
Faut-il également rappeler que le seul pays à avoir restitué à ce jour les avoirs de la famille du président déchu (Son épouse Leila Trabelsi en l’occurrence), a été le Liban? Cela, sans oublier de mentionner que la plupart des procédures, engagées par les gouvernements tunisiens successifs, n’ont pas bougé d’un iota, ce qui décuple le mérite des autorités libanaises qui ont affiché dés le début leur entière disposition à coopérer et on a vu le résultat, même si l’ancien président provisoire Moncef Marzouki en a fait honteusement un usage détourné dans le cadre d’une mascarade qui a complément occulté le rôle de notre mission diplomatique à Beyrouth et celui de la Banque centrale, et que personne n’a oublié.
Cela dit et tout angélisme mis à part, je trouve extrêmement dommageable le fait qu’un Etat qui n’a eu cesse, et c’est à son honneur, de dénoncer avec vigueur les dérives totalitaires et mafieuses de l’ancien régime, quitte à provoquer une crise diplomatique qui a abouti à une rétrogradation du niveau de la représentation diplomatique à celui de chargé d’affaires ( Votre humble serviteur en sait quelque chose), et qui par la suite a applaudi, puis encouragé la révolution, en vienne aujourd’hui à s’embarrasser de questions procédurales pour retarder la restitution de biens spoliés, en ajoutant au ressentiment du citoyen lambda qui ne comprend pas qu’un pays démocratique comme la Suisse puisse s’en tenir à de tels scrupules.
On verra bien si après le passage à Berne du président Béji Caid Essebsi, toutes les appréhensions vont être levées ou pas.
Un millier de personnes ont défilé aujourd'hui à Lausanne et à Genève, dans l'ouest de la Suisse, pour célébrer la chute du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, a rapporté l'agence suisse ATS.
Quelque 200 personnes ont manifesté à Lausanne et 800 à Genève, en brandissant des pancartes avec des inscriptions comme: "Vive la révolution en Tunisie. Tout le pouvoir au peuple" ou "Dictateur Ben Ali va-t-en".
Une quarantaine de Tunisiens ont passé la journée de mercredi devant l'ambassade de Tunisie à Berne. Ils réclament leur passeport.
Les manifestants se disent prêts rester là aussi longtemps qu'ils ne recevront pas leur passeport.
Depuis lundi, des exilés exigent que les autorités tunisiennes leur remettent leur passeport, ce que celles-ci refusent. L'action est appelée à se prolonger.
Une trentaine de Tunisiens désirant rentrer au pays après le changement de régime se trouvaient encore en soirée devant l'ambassade, où des couvertures leur ont été apportées, a constaté un journaliste de l'ATS. Ils se disent prêts à passer la nuit et à rester là aussi longtemps qu'ils ne recevront pas leur passeport, un droit personnel, précisent-ils.
«Certains ont même donné les papiers nécessaires et ont reçu des promesses de la part des responsables de l'ambassade pour avoir leurs passeports aujourd'hui même», a écrit mercredi soir dans un communiqué le coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT), Anouar Gharbi. «Ces promesses n'ont pas été respectées, ce qui a révolté les gens qui ont tellement envie de rentrer au pays après plusieurs années d'exil».
«Ces gens sont déterminés»
«Nous demandons donc à nos compatriotes fonctionnaires de l'ambassade de comprendre l'urgence de la situation et de faire le nécessaire pour délivrer les passeports dans les meilleurs délais», a ajouté le Comité de soutien. Jusqu'à maintenant, seuls cinq passeports ont été délivrés.
Selon M. Gharbi, ce mouvement, soutenu par son comité, est «spontané». Et il pourrait durer: «Ces gens sont déterminés», a-t-il averti. «Nous resterons là jusqu'à obtenir gain de cause», a confirmé sur place un immigré tunisien, Ibrahim Naouar.
Devant l'ambassade, dans le quartier des représentations diplomatiques de Kirchenfeld, le climat était parfois tendu mercredi, mais il est resté pacifique. On entendait ça et là des cris contre l'ex-chef de l'Etat Ben Ali. La police contrôlait la situation et se préparait, elle aussi, à passer la nuit là. (ats)
Les compétences tunisiennes qui ont
travaillé sous le régime de Ben Ali sont de plus en plus convoitées par
les entreprises internationales et autres cabinets de conseil qui
veulent profiter de leur expérience et leur savoir faire.
C’est
ainsi qu’un discret duo helvético-tunisien a entrepris de fédérer
plusieurs technocrates stars au sein d'un même cabinet. Dans son dernier
numéro en date du 26 mai 2016, Maghreb Confidentiel rapporte que
Taoufik Baccar, qui a été ministre des finances et gouverneur de la
Banque centrale, ainsi que Rafaâ Dhékhil qui a été deux fois ministres
et ancien PDG de deux grandes entreprises nationales, la CPG et la SNDP,
ont été embauchés en tant qu’experts consultants sur certains dossiers
par Ronigger Maghreb créée en mars dernier et qui représente dans la
région la société de conseil suisse Ronigger Advisory Partners.
Ce
cabinet est dirigé par une suissesse vivant à Hammamet, Irene Mag et
l'ex- directeur central de Tunisair, Souhail Boulaaba qui a, également,
dirigé la compagnie Koral Blue Airlines compagnie charter associant
Karthago Airlines à l’égyptien Orascom.
Taoufik Baccar a pris en charge le dossier financier tandis que Rafaâ Dekhil s’est chargé des affaires minières et pétrolières.
Toujours
selon la même source le cabinet Ronigger Maghreb travaille actuellement
au refinancement de l’une des principales institutions de Microfinance.
Il se pencherait sur la gestion de l’un des aéroports du compagnie en
Libye, ainsi que sur la création d’une compagnie aérienne privée dans ce
pays.
Il est à signaler que ce même
cabinet a engagé un ancien haut gradé de la marine nationale, l’amiral
Layouni et l’hôtelier Faouzi Belgacem.
Par Valérie de Graffenried Publié vendredi 21 janvier 2011 à 23:39.
Mohamed Sakhr El Materi y figure.
Son père Moncef El Materi, aussi. Ou encore Belhassen Trabelsi.
L’ordonnance du 19 janvier du Conseil fédéral qui prône le gel des
avoirs du clan Ben Ali comprend une liste d’une quarantaine de noms. A
part l’ex-président Ben Ali et sa femme Leila Trabelsi, y sont notamment
cités leurs enfants Nesrine et Halima, les trois enfants issus d’un
premier mariage de Zine el-Abidine Ben Ali, ses frères et sœurs, de même
que le clan Trabelsi et des membres de grandes familles proches du
couple présidentiel. Moncef El Materi, président du Conseil
d’administration de Nestlé Tunisie depuis 2006, a quitté ses fonctions
au lendemain de la publication de la liste noire, a révélé le Blick.
Nestlé confirme. Et affirme qu’il a démissionné «de son plein gré». PDG
de Adwya, leader des industries pharmaceutiques en Tunisie, Moncef El
Materi est un ami de promotion de Zine el-Abidine Ben Ali à l’Ecole
militaire de Saint-Cyr. Et a surtout été l’un des organisateurs de la
tentative du coup d’Etat contre le président Habib Bourguiba en 1962,
pour lequel il avait été condamné à mort, puis gracié. Autre personne
visée: Belhassen Trabelsi, frère de Leïla, propriétaire de
compagnies aériennes, d’hôtels et de chaînes radio-TV. WikiLeaks le
décrit comme «le membre le plus connu de la famille, qui serait impliqué
dans un grand nombre de faits de corruption». Sofiane Ben Ali, neveu
du président déchu, y est également. Selon des Tunisiens, il aurait été
aperçu en début de semaine à Genève, près d’une banque HSBC.
Ridha
Ajmi, avocat suisse d’origine tunisienne, a, dans sa dénonciation
pénale au Ministère public de la Confédération, établi sa propre liste.
Très différente. Il juge celle du Conseil fédéral «incomplète, car elle
exclut notamment les hommes politiquement engagés pendant la période de
la dictature». La sienne vise aussi des ministres encore au pouvoir. Et
comprend le nom de Mohamed Ben Ali, né en 2005. Un enfant du couple présidentiel que le Conseil fédéral n’a pas inscrit sur sa liste.
Le scandale de l’affaire HSBC Private Bank Suisse touche aussi la
Tunisie. Une liste de 256 clients a pu être établie dont des membres du
clan Trabelsi et Ben Ali, des traders, des hommes d’affaires.
La banque suisse HSBC a compté parmi ses clients des membres influents du clan Trabelsi-Ben Ali.
L’argent ne connaît pas de frontières. Un nouveau volet dans l’affaire SwissLeaks permet de mesurer
l’ampleur des informations contenues dans les listings fournis par un
informaticien de la banque, aux autorités françaises fin 2008. En tout,
203 pays sont concernés et un montant de 250 milliards de dollars est en
jeu. La Tunisie
en fait partie. Une liste de 256 clients détenant un total de 679
comptes a été établie. 142 noms de personnes physiques et 32 noms de sociétés
offshore, toutes en lien avec la Tunisie ont été identifiés par les
autorités françaises. Ces informations ont été obtenues par Le Monde.
C’est une liste de personnes ordinaires au milieu de laquelle les
noms d’hommes d’affaires importants apparaissent. Parmi eux, on retrouve
aussi les noms de membres du clan Ben Ali-Trabelsi. Petite sélection
des noms tunisiens du SwissLeaks. L’affaire SwissLeaks éclate en 2008,
quand un ancien informaticien de la banque, Hervé Falciani, remet aux
autorités françaises des listes de noms de clients de la HSBC Private Bank (Suisse).
En tout, une liste de 106 458 clients dans 203 pays. Une partie des
clients sont en règle avec la loi, d’autres sont des évadés fiscaux.
L’affaire et les chiffres en Tunisie
Pour
la période d’activité 2006-2007, on décompte un total de 256 clients en
lien avec la Tunisie : de part leur nationalité, leur lieu de naissance
ou leur résidence. Au total, 679 comptes sont reliés à la Tunisie. Une
liste de 230 comptes contenant de l’argent, de 142 noms de personnes
physiques et de 32 sociétés offshore a été dressée. La somme totale
s’élève à plus de 554 000 000 dollars.
Pour les personnalités
tunisiennes, la somme totale s’élève à plus de 52 000 000 dollars. Les
profils des clients sont divers : femme au foyer, retraité, commerçant,
bijoutier, manager,
employé de banque, médecin, négociant en diamant, journaliste, étudiant
en pharmacie… Si les comptes concernent des Tunisiens vivant en Tunisie
et à l’étranger, la majorité est reliée à des personnes de nationalité
française ou autre, nées en Tunisie, ce qui explique leur lien avec les
listings tunisiens. La première ouverture de compte recensée dans les
listings tunisiens date de 1969. Certains comptes ont été fermés depuis.
Pour d’autres, aucune date de clôture n’est indiquée, ce qui laisse penser que les comptes étaient toujours en activité en 2007.
Le clan Ben Ali-Trabelsi
Au milieu de la
liste d’anonymes, une poignée d’individus ressort : cinq personnes
proches de l’ancien régime et qui sont toutes concernées par une
ordonnance du Conseil fédéral suisse. Cet organe exécutif de la
Confédération suisse s’occupe, entre autres, de la politique
étrangère de son pays. Il a gelé les avoirs d’une liste de
ressortissants tunisiens, proches de l’ancien régime. En janvier 2011,
quelques jours à peine après le départ de Ben Ali, le Conseil fédéral
suisse a pris une mesure coercitive, afin de geler les avoirs et les ressources économiques de « certaines personnes originaires de Tunisie »
. Cette ordonnance n’avait effet que jusqu’en janvier 2014. Belhassen
Trabelsi est en tête du groupe des membres du clan de l’ancien régime,
mentionnés dans la liste. Le frère de Leila Trabelsi est un homme
d’affaires, fondateur du groupe Kartago, un groupe d’entreprises
dans les secteurs de l’aviation, de l’hôtellerie, du secteur bancaire
ou encore de la communication… Son compte est le deuxième plus fourni de
la liste des clients de nationalité tunisienne. Belhassen Trabelsi a
ainsi ouvert un compte, en juin 2006. Sur la période couverte par les
fichiers, et qui s’étend jusqu’à l’année 2007, le crédit du compte a
atteint jusqu’à 22 083 648 dollars.
Son nom est également lié aux comptes de deux trusts : Kaffal Trust
et The Kassar Trust, pour lesquels aucune indication d’ouverture de
compte ou de montant n’est mentionnée. Difficile d’avoir des réponses,
son avocat Me Hédi Lakhoua, joint par téléphone, a refusé de répondre
à des questions concernant son client, évoquant un droit de réserve.
Jusqu’à aujourd’hui, nos recherches ne nous ont pas permis de domicilier ces trusts. Belhassen Trabelsi a fait l’objet de poursuites judiciaires en Tunisie.
Le
nom de sa femme, Zohra Jilani, se trouve également dans le listing avec
un compte à son nom, mais sans indication de date d’ouverture et de
montant. Elle est la fille de Hédi Jilani, ex-président de l’Utica, lui
aussi concerné par la mesure suisse. Autre membre du clan, touché par
les mesures coercitives, présent dans la liste : Montassar Maherzi,
époux de Samira Trabelsi, sœur de Leila Trabelsi. Là aussi pas de
mention de date d’ouverture ni de montant et impossible d’entrer en
contact avec l’intéressé ou avec un représentant de la famille.
Moncef Mzabi, homme d’affaires, PDG de nombreuses sociétés du groupe
Mzabi, notamment en charge de la représentation officielle du groupe
Renault-Nissan en Tunisie, est également présent dans le listing. Un
site Web à son nom décrit l’homme, sa carrière et ses réalisations.
Moncef Mzabi y est présenté comme un « homme d’affaires hors pair ». Il est lui aussi concerné par l’ordonnance du Conseil fédéral suisse.
En janvier 2004, un compte est ouvert à son nom. Le montant le plus haut sur le compte atteint les 9 684 403 dollars. En « voyage » depuis des semaines M. Mzabi n’a pas pu entrer en contact avec nous directement. Pourtant, il semblait enclin à répondre aux questions afin de « défendre son honneur », comme nous l’a expliqué le représentant légal d’Artes, société du groupe Mzabi, qui a confirmé avoir transmis nos questions à l’intéressé. Autre membre du clan touché lui aussi par la décision de la justice suisse, Moncef el Materi. Ancien haut officier de l’armée tunisienne, condamné à mort, puis gracié, lors d’un procès
très médiatisé, pour tentative de coup d’Etat sous Bourguiba, cet homme
d’affaires est le père de Sakher el Materi, l’époux de Nesrine Ben Ali,
fille du président déchu. Il a créé, avec son frère, une entreprise
pharmaceutique, Adwya, avant d’être évincé de la direction générale,
en 2011, pour « mauvaise gestion ».
Il est en fuite en France
à la suite d’un jugement par contumace qui l’a condamné à huit ans de
prison et 31 millions de dinars d’amende pour possession d’armes et
trafic de pièces archéologiques. Un compte a été ouvert au nom de Moncef
el Materi, en novembre 2006 à la HSBC Private Bank. Mais le listing ne
comporte aucune indication quant à la somme. Nous avons essayé d’entrer
en contact avec un avocat ou un membre direct de la famille après avoir
discuté avec Tarek el Materi, neveu de Moncef el Materi. Il explique transmettre la demande à l’un des descendants de Moncef El Materi, mais nous n’avons jamais reçu de retour.
Les hommes d’affaires
Les
membres du clan Trabelsi-Ben Ali ne sont pas les seuls présents dans la
liste des comptes de la HSBC Private Bank. L’homme d’affaires Tarek
Bouchamaoui, ancien président de la commission d’arbitrage de la
Confédération africaine de football
(CAF) arrive en tête de liste. Le frère de Wided Bouchamaoui, à la tête
de l’Utica (syndicat des patrons), possède un compte ouvert à son nom,
en juillet 2004, et qui enregistre un dernier mouvement en mai 2007. Le
plus haut solde s’élève à 48 862 484 dollars. Selon le listing de la
banque, M. Bouchamoui est domicilié en Égypte. Il est présenté, dans le
listing de la banque, comme le directeur général du groupe familial du
même nom.
Tarek Bouchamaoui a en réalité quatre comptes clients reliés à son nom.
En plus de son compte personnel, deux comptes sont attachés à une
filiale du groupe familiale, Hédi Bouchamaoui and Sons (HBS International
Ltd), dont l’un des deux a été ouvert en juin 1996 et un quatrième
compte pour une société offshore, le trust Mellow Trust. Selon les
listings, ces trois sociétés sont hébergées aux Bahamas. Aucune
information sur la somme exacte déposée n’existe pour ces trois comptes.
Malgré plusieurs tentatives pour entrer en contact avec lui, nous
n’avons pas pu le joindre.
Finalement seules deux des personnalités dont le nom apparaît dans la liste ont accepté de nous recevoir.
Elles témoignent toutes les deux des pratiques de la banque. Youssef
Zarrouk est un homme d’affaires, aujourd’hui à la retraite. Son nom a
été médiatisé après une enquête
journalistique. Il y fait état de commissions perçues en tant
qu’intermédiaire dans le cadre d’un marché remporté par le constructeur
Gautrain, pour la construction d’un train, en Afrique du Sud. M. Zarrouk reçoit et répond aux questions sans difficulté, mais après s’être assuré, de « l’honnêteté de la démarche ».
Tout comme Moncef Mzabi, il prétend avoir subi des tentatives
d’extorsion. Quand il se présente, il explique son métier sans embarras.
« Je me mets entre une entreprise et un acheteur » et il prend de l’argent pour ses services. Il est intermédiaire et ne s’en cache pas.
Ses liens familiaux ont sans doute aidé : oncle de Zohra Jilani,
femme de Belhassen Trabelsi et fille de Hédi Jilani, l’ex président de
l’Utica. Questionné sur l’existence d’un compte à l’étranger, il
rétorque : « J’ai en même plusieurs. Je suis résident à l’étranger depuis mes 20 ans, en France et au Koweït. »
Il
a effectivement eu un compte à la HSBC Private Bank ouvert en juin 2006
et dont la somme maximale a atteint 3 299 278 dollars. Son compte a été
fermé en 2009 ou 2010, il ne se rappelle pas exactement : « C’était à l’époque où la banque se débarrassait de nous, les Arabes, qui n’avaient pas assez d’argent ».
Autre nom sur la liste, celui de Samir Abdelli, avocat d’affaires,
travaillant sur des contrats pétroliers et ex-candidat à l’élection
présidentielle 2014. Il reçoit tout sourire dans son cabinet, aux murs duquel sont encore accrochées quelques affiches de campagne.
Selon
la liste, il détient un compte à son nom à la HSBC Private Bank. Ouvert
en juillet 2006, il ne semble avoir servi que dans le cadre d’une
transaction bancaire unique d’un montant de 80 000 dollars. L’avocat
commence par prétendre ne pas être au courant de l’existence de ce compte. Seule possibilité selon lui : un client l’aurait ouvert afin d’y déposer des honoraires, sans doute lorsqu’il était résident à Dubaï, comme il l’est toujours actuellement. « Il n’y a ni fraude ni évasion fiscale, car même si ces fonds étaient rapatriés ils ne seraient pas imposables », finit-il par expliquer.
« En tout état de cause, étant non-résident et mes activités
d’avocat international dans le contentieux, l’arbitrage, négociation et
cautionnement de marché d’audit légal, pouvant être la raison
d’instauration d’un compte d’attente avec des montants similaires à la
demande d’un confrère ou d’un client étranger, nous ne pouvons pas vous confirmer l’existence d’un tel compte sans vérification avec la clientèle de l’époque »,
explique Samir Abdelli, dans un e-mail envoyé le lendemain de notre
rencontre. Mais là encore, d’après les informations du listing,
M. Abdelli est enregistré avec un document tunisien et donc comme
résident en Tunisie. L’avocat affirme le contraire et prétend qu’il
était déjà résident à Dubaï à l’époque, comme il affirme l’être encore
aujourd’hui.
Le démarchage de la banque
Youssef Zarrouk explique rapidement le système de démarchage de la banque : « Une femme de la banque est venue me voir pour ouvrir des “trustees”. Ce que j’ai fait, au nom de mes enfants, mais sans jamais mettre un sou dessus. C’était une arnaque ».
Sa fille et son fils sont également sur la liste. Pour Kmar, il s’agit
d’un numéro de compte différent mais comportant exactement la même somme
que le compte de son père. Mahmoud, le fils, n’est pas au courant de
l’affaire. Sur la défensive, il refuse de répondre. Son père coupe
court : « C’est moi qui ai ouvert ce compte ». La somme déposée
est dérisoire en comparaison aux autres, le compte, ouvert en
septembre 2006, affiche un solde de 3 415 dollars.
Youssef Zarrouk explique que la banque essayait d’approcher les
clients tunisiens fortunés, elle proposait des cartes de paiement « platinum », une approche qui collait avec le « show off que les Tunisiens apprécient » et la banque « faisait même des trafics de change »
en récupérant des dinars tunisiens qui étaient ensuite convertis.
Interrogé sur la légalité de son compte, il explique ne pas être
résident en Tunisie et n’être assujetti ni au fisc tunisien, ni au fisc
français. M. Abdelli explique être également au courant du système des
montages financiers complexes proposés par la banque, pour mettre les
avoirs, des clients approchés, à l’abri des autorités fiscales de leur
pays.
D’autres noms
D’autres comptes
existent sur les listings avec des sommes importantes comme le compte de
Saber Daboussi, trader tunisien basé en Suisse, et dont le plus haut
montant enregistré en 2007 avoisine les 20 000 000 dollars. Ou encore
Temimi Kablouti, Algérien naturalisé Tunisien en octobre 1998,
travaillant dans le secteur audiovisuel. Son compte, ouvert en
novembre 1998, présente un solde de plus de 5 000 000 dollars.
M. Kablouti a expressément demandé à la banque de ne pas le contacter en Tunisie comme on peut lire dans la case destinée aux commentaires du chargé du compte sur ses clients.
Salaheddine Bashir Gherfal, de nationalité libyenne, possède un
compte personnel de plus de 3 000 000 dollars et est également
représentant légal de deux sociétés, basées dans les Iles Vierges
britanniques. Le montant présent sur les comptes n’est pas indiqué. Il
est également relié à la société Assicom Sarl, domiciliée au 22, rue
Alain Savary à Tunis et dont le compte, ouvert en septembre 2004,
affiche un solde de 1 596 069 dollars. Le Franco-Tunisien Slim
Bourricha, fabricant de yacht, est également cité dans le listing pour
un compte ouvert en novembre 2002 et qui présente un solde de
957 806 dollars. Pour d’autres comptes, présents sur les listings
tunisiens, il n’a pas été possible de remonter jusqu’aux propriétaires.
Par Inkyfada.com, partenaire du Monde Afrique, publié le 11 févvrier 2015.
Selon le sociologue, la non-restitution des fonds illicites pénalise l'Afrique
Le sociologue suisse Jean Ziegler doit présenter mercredi devant le Conseil des droits de l'homme, actuellement réuni en session plénière à Genève, un rapport
sur les fonds illicites. Un groupe de travail a été chargé d'évaluer
les conséquences de la non-restitution de l'argent capté par les
dictateurs pour les pays concernés. Le document de 20 pages étrille les
banques suisses.
Vos détracteurs ne vont-ils pas voir dans ce rapport un nouveau brûlot antisuisse?
Je n'attaque pas la Suisse mais les banques suisses. C'est totalement
différent. Les diplomates comme Valentin Zellweger à Genève et la
Division droit international à Berne font tout leur possible pour
accélérer le rapatriement des fonds illicites séquestrés. Cet argent,
les gouvernements et leurs populations en ont besoin. Selon la
Commission économique pour l'Afrique, les fonds volés au continent
dépassent les 50 milliards de dollars. Aujourd'hui, l'argent de Ben Ali
et de Moubarak dort dans des coffres en Suisse alors que la Tunisie et
l'Egypte en ont cruellement besoin.
Mais la Suisse s'est engagée à restituer ces fonds
Cela prend beaucoup trop de temps. Des cabinets d'avocats de la place
s'enrichissent en multipliant les recours pour bloquer les procédures.
Et pendant ce temps, les banques font fructifier leur pactole. C'est
tout bénéfice pour elles puisqu'elles n'ont même plus de comptes à
rendre à leurs clients. En outre, la loi n'a rien prévu pour l'argent
déposé sur des comptes offshore et qui représente la plus grosse partie
de l'argent détourné.
Que reprochez-vous à l'Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA)?
Son inaction. Elle assure juste l'impunité aux banques. C'est un
scandale absolu. Le parlement a adopté l'une des législations les plus
avancées d'Europe avec la loi de diligence, mais elle est contournée par
les banquiers. Ils sont censés être vigilants lorsqu'ils ont affaire à
des personnes exposées politiquement (PEP). Mais on voit bien que toutes
les grandes affaires de détournement d'argent à travers le monde
passent par la Suisse. On l'a vu avec le Brésil et la Malaisie
dernièrement. Donc je m'interroge sur l'interprétation du terme PEP.
Qu'attendez-vous du Conseil des droits de l'homme?
Qu'il condamne l'action des banques suisses mais aussi américaines qui
jouent un rôle clef dans le transfert de l'argent illicite. Mais surtout
qu'il qualifie de crime contre l'humanité le prélèvement et l'accueil
des sommes détournées pour les rendre imprescriptibles. Alain Jourdan
Source
Article par Alain Jourdan paru dans 24heures, REGION, mardi 19 septembre 2017, p. 9
Le Ministère public de la Confédération confirme ce dimanche que Slim Chiboub a été condamné à 375 000 francs avec sursis pour complicité de corruption active en Libye
Un gendre de Ben Ali, le seul membre de la famille de l'ancien dictateur tunisien à avoir accepté de se soumettre à la justice transitionnelle dans son pays, a été condamné pour complicité de corruption par le Ministère public de la Confédération (MPC). Il écope d'une peine pécuniaire de 375'000 francs avec sursis. Des fonds ont également été confisqués.
L'accusé devait être jugé début novembre devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone. Celui-ci ayant retiré son recours contre l'ordonnance pénale, celle-ci est entrée en force, indique dimanche à l'ats le MPC, confirmant un article de la Zentralschweiz am Sonntag.
Concrètement, l'homme est reconnu coupable de complicité de corruption active d'agents publics étrangers. Il a été condamné à une peine pécuniaire de 150 jours-amende à 2500 francs, suspendue à une mise à l'épreuve de deux ans.
D'après les recherches de la Zentralschweiz am Sonntag, le gendre en question est Slim Chiboub, homme d'affaires et ancienne gloire sportive tunisienne.
Selon l'ordonnance pénale anonymisée, dont l'ats a obtenu une copie, il est intervenu en tant qu'intermédiaire dans une affaire de corruption en Libye impliquant le groupe d'ingénierie canadien SNC-Lavalin et un fils de Mouammar Kadhafi. En échange de son intervention, il a été rémunéré.
Au-delà de la procédure nationale, une procédure d'entraide avec la Tunisie est en cours. Une somme de 425'000 francs a été confisquée au profit de la Confédération, indique l'ordonnance pénale du MPC. Le MPC est dans ce contexte en contact avec ses homologues tunisiens.
Autres affaires
Avant l'éclatement du Printemps arabe, «Monsieur Gendre», comme l'appelaient les Tunisiens, avait été visé par une autre enquête du Ministère public de la Confédération. Les investigations concernaient l'obtention de pots-de-vin versés par la société Alstom.
Tout comme son épouse, fille cadette de l'ex-président Ben Ali et de sa première femme, Slim Chiboub figure sur une liste du Conseil fédéral, qui institue des mesures à l'encontre des proches de l'ancien chef d'Etat. En tout, le Conseil fédéral a bloqué près de soixante millions de francs appartenant au cercle des personnes proches de Ben Ali.
Reconnaissance des crimes
En mai dernier, l'Instance Vérité et dignité, qui doit réhabiliter les victimes de la répression sous le régime de Ben Ali, avait fait état d'une demande officielle de Slim Chiboub. Rentré en 2014 au pays, il a fait de la prison.
C'est le seul membre de la famille de Ben Ali à avoir accepté de se soumettre à la justice transitionnelle.
La loi sur la justice transitionnelle prévoit un abandon des poursuites contre les personnes incriminées si elles reconnaissent leurs crimes, s'excusent et restituent les sommes indûment perçues dans les cas de corruption financière.