lundi 7 mai 2018

Entretien avec Omar Ben Hamida


 «Sans compromis, pas d’intégration»



Par Abdelhafidh Abdeleli, le 30 mars 2017

Immigration


En Suisse, les immigrés viennent régulièrement en tête des préoccupations des responsables politiques, des citoyens et des médias. Lesquels en donnent une image souvent négative, sans trop s’arrêter aux causes, ni au contexte historique. L’éclairage d’un écrivain et médiateur d’origine tunisienne, établi ici depuis près d’un demi-siècle.

Né en Tunisie en 1958, Omar Ben Hamida est arrivé en Suisse à l’âge de 12 ans. Formé au commerce et à l’informatique, il a travaillé chez IBM, à la banque UBS et chez l’assureur Swiss Re avant de se lancer en solo comme écrivain, éditeur et médiateur culturel. Naturalisé et marié à une Suissesse, qui anime avec lui les éditions et une fondation au profit de l’éducation en Tunisie, il est père de deux enfants.

swissinfo.ch: Comment évaluez-vous le traitement que la Suisse et de l’Europe, en général, réservent aux immigrés et aux demandeurs d’asile depuis quelques années?

Omar Ben Hamida: La Suisse et l’Europe, en général, ont très bien agi vis-à-vis des immigrés, en particulier ceux en provenance du monde arabe et musulman. Elles leur ont offert ce qu’ils ne pouvaient même pas avoir dans des pays musulmans riches. En effet, le Royaume d’Arabie Saoudite par exemple n’a apparemment accueilli sur son territoire aucun réfugié yéménite, ni syrien, ni irakien. Si on considère sa position, sa superficie et le nombre de ses habitants, on peut affirmer que la Suisse a davantage honoré son devoir humanitaire. Surtout si l’on se souvient que plus de 20% de ses habitants sont des étrangers.

swissinfo.ch:Il y a quelques mois, une partie des politiques suisses a appelé à la fermeture des frontières face à l’afflux des réfugiés. Cela trahit-il une rupture dans la tradition d’accueil que vous évoquez?

O.B.H.: C’est que de nombreuses données ont changé. Tout d’abord, les étrangers venus en Suisse dans les années cinquante et soixante étaient tous d’origine européenne et de confession chrétienne. Et déjà pendant cette période, lorsque le nombre d’Allemands, d’Italiens ou de Portugais devenait important, les Suisses réagissaient.

Mais par la suite, avec les immigrés arabes, turcs et albanais au début des années huitante et nonante, est arrivée une nouvelle religion sur le territoire suisse: l’Islam, avec des traditions et des cultures nouvelles. Le regard des Suisses sur l’étranger a changé. Puis le climat mondial, la multiplication des conflits armés, de la violence et du terrorisme ont aggravé une certaine perception négative.

Or cette image est fausse. Si les étrangers quittent la Suisse, les rouages de la vie s’arrêtent. Qui a construit les villes et qui les nettoie? Qui a bâti les routes, les tunnels et les ponts? Les étrangers, bien sûr. Ce pays ne peut en aucun cas assurer le fonctionnement de son système et garantir la préservation de son bien-être, ni maintenant, ni plus tard, sans les ingénieurs informaticiens indiens par exemple. Les hauts dirigeants des banques et des entreprises viennent d’Allemagne, des États-Unis, et d’ailleurs. Si les infirmiers et les médecins venus du Moyen-Orient et d’Asie quittaient le pays, le secteur de la santé serait fortement perturbé. La population suisse oublie parfois cette réalité. Les médias, au lieu de la présenter, montrent uniquement les problèmes et les aspects négatifs.

Arrivé enfant dans un village d'Appenzell Rhodes-Extérieures, Omar Ben Hamida vit et travaille aujourd'hui à Zurich.
(zvg)

swissinfo.ch: On dit souvent que les étrangers ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer dans leur nouvel environnement. Le problème de l’intégration s’est-il posé, à l’époque, aux immigrés italiens, tel qu’il se pose actuellement aux Albanais, aux Arabes et aux Turcs?

O.B.H.: En réalité, il n’y a pas de grand changement à ce sujet. Dans les années soixante et septante, je me souviens personnellement, comment les Italiens vivaient dans des ghettos, travaillaient du matin jusque tard dans la nuit, rentraient le soir dans leurs foyers ou se fréquentaient entre eux. J’ai des amis italiens qui vivent à Zurich depuis plus de cinquante ans et qui ne parlent toujours pas allemand.

L’intégration pour moi commence par la langue, c’est le premier outil de compréhension de ce qui se passe autour de nous. Ensuite, l’intégration est un processus complexe. Au début, l’État suisse lui-même ne l’encourageait pas. Mais, la situation a totalement changé. Aujourd’hui, nous avons dans chaque canton et dans chaque ville un bureau gouvernemental chargé d’aider les étrangers à participer à la vie publique, en plus des diverses opportunités offertes pour l’apprentissage des langues nationales.

Il faut aussi voir qu’à l’époque, l’idée des immigrés italiens, portugais ou français, était «je travaille cinq ans, je me construis une maison dans mon pays et je quitte la Suisse». C’est exactement ce qu’il s’est passé avec les Magrébins en France après la Deuxième Guerre mondiale. Donc, ces immigrés n’avaient pas envie d’apprendre les langues du pays de résidence, ni de comprendre les spécificités de la société suisse. Toutefois, après les premières années, dès que l’on a des enfants qui vont à l’école, cette illusion du retour se dissipe. Les Italiens sont restés en Suisse jusqu’à la retraite, et même au-delà, aussi parce que la réalité en Italie avait changé. 

Qui sont les 2 millions d'étrangers en Suisse?

Ce graphique montre le continent (anneau intérieur) et la nationalité (anneau extérieur) d'origine des 2 millions d'étrangers en Suisse en 2016.    
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swissinfo.ch:Quelle est alors la véritable signification de l’intégration?

O.B.H.: C’est une forme de vie entre deux mondes. Votre monde premier, d’origine, que vous ne pouvez en aucun cas oublier, et le nouveau monde. L’intégration dans ce dernier signifie que vous devez respecter ses traditions, vous conformer à ses lois et parler sa langue. Le succès du processus passe par l’établissement d’une harmonie entre votre culture d’origine et celle de votre nouveau pays.
Dans la réalité, la Suisse n’empêche pas l’étranger de préserver ses traditions et tolère la pratique de ses convictions religieuses. Par exemple, dans les années soixante, il n’y avait que trois mosquées dans le pays, contre des centaines actuellement. La loi suisse permet également la création d’associations civiles et religieuses. Dans les années septante, il n’était guère possible de trouver des magasins d’alimentation arabe, ni halal, tandis qu’aujourd’hui, on en trouve dans pratiquement toutes les villes. L’État suisse a autorisé les étrangers à créer une copie de leur monde d’origine.

swissinfo.ch: On a vu récemment pas mal de conflits autour des signes religieux, du foulard, des cours de natation ou des salutations à l’école. Si les musulmans ne comprennent pas que ce qui leur paraît normal est perçu ici comme illégitime, n’est est-ce pas simplement par méconnaissance de l’histoire locale?

O.B.H.: Effectivement, c’est la source des problèmes. Quelle est la place de la religion dans la société? Cette question s’est posée à la Suisse il y a 150 ans. Lorsque vous prenez part à une discussion qui a commencé depuis 5 minutes, il vous est déjà difficile de rattraper ce que vous avez raté. Alors imaginez un retard d’un siècle et demi… Ce que nous n’arrivons pas à comprendre en tant que musulmans, c’est cette séparation entre la religion, vue comme question personnelle, voire familiale, et la loi, qui régit l’ordre public dans les lieux publics. L’Europe n’est parvenue à cette équation équilibrée qu’après de longues guerres, qui ont fait des millions de morts.

Aujourd’hui, la règle, c’est «la religion à l’église et à la maison et la loi dans le domaine public». La plupart des tensions actuelles entre les immigrants musulmans et la société locale trouve là son origine profonde.

Prenez par exemple la pratique de la natation pour les filles dans les écoles. Les musulmans demandent une exemption à cause du refus de la mixité, mais la loi suisse, et la société ayant voulu cette loi, estiment que la natation est une discipline éducative obligatoire. De même, certains musulmans exigent le bannissement du signe de la croix dans les classes, alors qu’ils ne sont pas majoritaires dans cette société.

Ceci soulève une autre problématique: pour la première fois, ces musulmans se retrouvent en minorité, à vivre dans une société à majorité non musulmane. C’est ce qu’ils n’arrivent pas à digérer. Je me demande ce qu’il en serait si un chrétien résidant en Arabie Saoudite avait des revendications similaires à celles des musulmans en Occident. Si cela arrivait, la réaction serait beaucoup plus violente que celle des Suisses.

swissinfo.ch: Quelle serait selon vous l’équation magique pour une intégration réussie?

O.B.H.: C’est un objectif très difficile à réaliser. Chaque individu qui souhaite vivre en Suisse doit conserver une moitié de lui pour ses origines et l’autre moitié, il doit la puiser dans son nouvel environnement. Si l’immigré n’est pas capable de se plier à des compromis, il ne réussira jamais son intégration. Celui qui veut vivre en Suisse comme s’il continuait à vivre dans son pays d’origine doit retourner d’où il vient. Ce serait probablement mieux pour lui et pour ses enfants. 

vendredi 4 mai 2018

L'islam est surexposé dans les médias, déplore Montassar BenMrad

 11.11.2017 par Jacques Berset, cath.ch 

 Montassar BenMrad et Martine Brunschwig Graf, entourant Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté ¦ © Jacques Berset

Dans le cadre de la Semaine suisse des Religions, le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère (GIIG) avait invité, vendredi soir 10 novembre, Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR), et Montassar BenMrad, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) et vice-président du Conseil suisse des Religions (SCR).

Depuis l’attentat sanglant du 7 janvier 2015 contre l’hebdomadaire satirique “Charlie Hebdo” et les nombreuses attaques djihadistes dans les rues de Paris, Nice, Londres, Berlin, Barcelone ou Bruxelles, l’image des musulmans d’Europe s’est fortement dégradée. Prônant le dialogue et l’interconnaissance, le GIIG  estime que la peur de l’autre provient essentiellement de l’ignorance et du manque de connaissance mutuelle. Des études montrent aussi que, par rapport à d’autres religions, l’islam est surexposé dans les médias.

“Construire le vivre ensemble, dans la diversité des croyances”
Une bonne soixantaine de personnes, venues de tout le canton, mais aussi de plus loin, s’étaient donné rendez-vous aux Halles de Bulle pour échanger avec les deux invités sur le thème “Diversités des croyances: construire le vivre ensemble”.  Au cours d’un débat de très bonne tenue, arbitré par Serge Gumy, rédacteur en chef du quotidien La Liberté, quelques remarques ont fusé des rangs du public, montrant qu’en matière de présence musulmane dans le pays, le climat reste tendu.

Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) ¦ © Jacques Berset

En Suisse, on compte dix religions principales et 190 nationalités vivent sur son territoire. Le pays vit ensemble avec toute cette diversité, même si un sondage a montré que plus d’un tiers des personnes interrogées déclarent être dérangées par ceux qui sont différents, a relevé la présidente de la CFR. A l’époque des initiatives xénophobes des années 1970 – les fameuses initiatives Schwarzenbach – qui vont exacerber les tensions face aux étrangers – c’étaient les travailleurs italiens qui étaient visés. “Il y avait déjà des discours de haine, des gens engagés contre ces initiatives ont reçu des menaces de mort…”

Les musulmans dans le collimateur

Aujourd’hui, outre les gens du voyage, les Roms, les Yéniches, sans parler des personnes de couleurs, ce sont les musulmans qui sont dans le collimateur. Le rejet de l’islam est en forte augmentation. Selon un sondage paru fin août dans la presse alémanique, quelque 38% des Suisses disent se sentir menacés par les musulmans de Suisse. La peur de l’islam a plus que doublé au cours des treize dernières années.
“Le lien entre musulmans et terrorisme est omniprésent sur les réseaux sociaux, sur Facebook, les blogs des journaux”, déplore Martine Brunschwig Graf, membre du Parti libéral-radical, ancienne conseillère nationale et conseillère d’Etat genevoise, par ailleurs présidente de la Fondation pour l’enseignement du judaïsme à l’Université de Lausanne.

Montassar BenMrad, président de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse (FOIS) ¦ © Jacques Berset

“C’est la Suisse qui accueille le mieux les musulmans”

Engagé depuis plus de deux décennies dans le travail associatif et dans le dialogue interreligieux – il a été cofondateur de la Maison du dialogue de l’Arzillier, à Lausanne en 1998, et du Groupe musulmans et chrétiens pour le dialogue et l’amitié en 2001- le Vaudois Montassar BenMrad est à la tête de près de 200 associations musulmanes dans les quatre régions linguistiques de la Suisse.
S’il admet que l’on vit une période de tension en ce qui concerne la présence musulmane, il affirme, en comparaison notamment avec la France, que “c’est la Suisse qui accueille le mieux les musulmans, on favorise l’intégration…”

La situation s’est dégradée entre 2009 et 2017

Citant une étude de l’Université de Zurich sur des articles parus dans les médias, l’expert en informatique d’origine tunisienne, haut cadre dans une multinationale, affirme que la situation s’est beaucoup dégradée entre 2009 et 2017. “La plupart des articles montrent désormais de la distance par rapport aux musulmans, et ceux qui marquent de l’empathie ont fortement diminué”, regrette le scientifique, qui a obtenu son doctorat à l’EPFL en 1994.
Et de déplorer, en citant l’UDC et le PDC, que des partis politiques utilisent la question de l’islam et des musulmans à des fins purement politiques. Il estime “dommageable” que le PDC marche désormais sur les plates-bandes de la formation nationaliste conservatrice. Gerhard Pfister, président du PDC, s’est en effet récemment déclaré dans la presse fermement opposé à une reconnaissance de l’islam. Le président de la FOIS souligne cependant que cette attitude négative envers l’islam se rencontre avant tout dans le PDC de Suisse alémanique.

Les mantras de l’UDC

Quant à l’UDC, lors de son assemblée des délégués du 28 octobre dernier à Frauenfeld (TG), elle a une nouvelle fois déclaré qu'”une reconnaissance de droit public de l’islam ou une formation étatisée d’imams est hors de question”, arguant que “nous devons vivre selon nos valeurs chrétiennes”.
Ainsi, peut-on lire pêle-mêle sur le site internet du premier parti de Suisse: “L’activité pastorale des imams dans les prisons et à l’armée doit cesser […] Les imams peuvent être remplacés par des psychologues de l’armée ou des prisons […] Jusqu’à nouvel avis, les activités des imams doivent être surveillées dans toute la Suisse […] La viande halal, la dissimulation du visage etc. ne doivent pas être tolérées dans les lieux publics comme les écoles, les prisons, les hôpitaux ou dans l’armée”.
Serge Gumy, rédacteur en chef de La Liberté, face à Martine Brunschwig Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) ¦ © Jacques Berset

Primauté de l’Etat de droit et de la législation commune

Se déclarant, comme tout citoyen suisse, ferme partisan de l’Etat de droit et du respect de la législation de son pays, Montassar BenMrad se dit que lui et la FOIS sont tout autant intéressés à traiter les risques de dérives islamiques. Il partage la position de Martine Brunschwig Graf, pour qui l’Etat de droit et la loi commune en Suisse priment en tous les cas sur les préceptes de la loi religieuse, ajoutant que “les gens qui sont ici peuvent exercer leur religion en toute liberté, pour autant qu’ils respectent les règles de l’Etat de droit”. La politicienne genevoise, née à Fribourg, a rappelé par ailleurs que, dans le passé, les Eglises chrétiennes ont aussi connu des dérives.
Le représentant musulman se déclare en faveur de la reconnaissance de sa communauté au niveau cantonal – il y a des démarches dans ce sens, notamment dans les cantons de Vaud et Neuchâtel -, considérant que le processus de reconnaissance forcera les communautés musulmanes à se structurer. “Elles devront faire des efforts pour se fédérer. Il y aura plus de transparence, les livres de comptes seront ouverts…”

Le Centre Suisse Islam et Société

S’il salue le travail fourni par le Centre Suisse Islam et Société (CSIS) de l’Université de Fribourg, il rappelle que cette formation universitaire n’est pas un enseignement théologique. Ce sont les communautés locales qui sont responsables d’engager un imam. Dans le cas de l’imam radicalisé de la mosquée An’Nur de Winterthur, “il y a eu un gros dérapage, l’imam n’était pas formé, il était incompétent”. Le président de la FOIS souligne qu’en principe les imams ont suivi une formation universitaire, “mais de toute façon, il doit y avoir un contrôle de qualité des imams”.
Le président de la FOIS concède que beaucoup trop d’entre eux sont autodidactes, sans diplôme, et certains alimentent leur prêche avec les réseaux sociaux, où l’on trouve d’innombrables fausses informations sur l’islam. “Quand les communautés ont la capacité financière de payer le salaire d’un imam, un professionnel formé, il y a davantage de filtres!”

Haro sur Blancho

Interrogé sur l’image négative de l’islam propagé par le Conseil central islamique suisse (CCIS), d’obédience salafiste, Montassar BenMrad estime que ce groupe ne compte que 42 membres actifs, avec, peut-être, tout au plus 2 à 3’000 sympathisants,  soit  moins de  1% des musulmans de Suisse. Tout comme sur l’autre bord Saïda Keller-Messalhi, fondatrice et présidente du Forum pour un islam progressiste, “ils ne représentent qu’eux-mêmes!” Par contre, le CCIS a fait “pas mal de dégâts” à l’image des musulmans de Suisse, “mais on fait en sorte qu’ils n’aient aucun accès à nos mosquées”. De toute façon, lance-t-il en guise de conclusion: “Depuis qu’ils ont des problèmes avec le Ministère public de la Confédération, ils se sont calmés…” Quant à lui, il veut faire entendre “la voix du milieu, celle de la modération”. (cath.ch/be)

Martine Brunschwig Graf visée par Vigilance Islam

Peu avant le début des débats, la police s’est brièvement montrée aux Halles. La raison: les menaces – “proches de menaces de mort” – reçues par Martine Brunschwig Graf dans le cadre du colloque à l’Université de Fribourg “Hostilité envers les musulmans: société, médias, politique”, le 11 septembre 2017. Ce débat scientifique était organisé par la CFR, en partenariat avec le Centre Suisse Islam et Société de l’Université de Fribourg (CSIS) et le Centre de recherche sur les religions de l’Université de Lucerne (ZRF). La présidente de la CFR avait été prise pour cible par un membre de l’association genevoise Vigilance Islam et a porté plainte.

Le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère

Pour le Groupe interreligieux et interculturel de la Gruyère (GIIG), la simple coexistence entre les diverses communautés vivant en Suisse n’est pas suffisante. “Dans un monde globalisé, avec le brassage grandissant de la population et des cultures différentes, écrit-elle, la nécessité de vivre ensemble est devenue vitale. Le monde a besoin d’unité dans l’action des croyants: les valeurs universelles communes aux différentes croyances ont le pouvoir de nourrir une société qui se laïcise et s’individualise de plus en plus. Les croyants ont une responsabilité spirituelle, morale et citoyenne d’ouverture vers l’autre: ils doivent témoigner ensemble, sans condition ni angélisme, de l’unité intrinsèque de la famille humaine, en dignité et en droit. Par le dialogue et les comportements, nous pouvons contribuer à la paix. Nos différences sont source d’enrichissement pour œuvrer ensemble!” JB

jeudi 3 mai 2018

Deux Biennoises sont parties rejoindre Daech

 Article de Pascal Schmuck Zurich

Suisse 

 La mosquée Ar'Rahman à Bienne refait parler d'elle. Image: Keystone

Deux femmes de 23 et 35 ans qui fréquentaient la mosquée Ar'Rahman de Bienne se sont engagées pour le djihad.

 Deux femmes de la région de Bienne sont parties en Syrie en août 2014 pour rejoindre l'état islamique (dont l’acronyme en langue arabe est Daech). Elles fréquentaient la mosquée Ar'Rahman, dont un des imams tenait des prêches haineux, et elles étaient proches de membres du Conseil central islamique suisse (CCIS), comme l'a découvert l'émission 10vor10 de la télévision alémanique SRF.

L'une d'elles est issue d'une famille d'origine tunisienne habitant à Nidau, où réside également l'imam libyen Abu Ramadan qui appelait à la violence contre des non-musulmans. Elle avait obtenu la nationalité suisse en 2011 mais elle trouvait la mosquée de Bienne pas assez radicale, comme l'avait raconté l'imam dans les colonnes du Tages-Anzeiger.

Après la fin de sa scolarité à La Neuveville, elle a rencontré à plusieurs reprises à Berne Ferah Ulucay, l'actuelle secrétaire générale du CCIS. Cette dernière affirme avoir tenté de détourner la jeune femme de 23 ans de son attirance pour l'état islamique en utilisant des arguments du Coran. La jeune Tunisienne affichait le logo du groupe terroriste sur son téléphone portable, ajoute 10vor10.

Elles seraient à Raqa

Quant à l'autre femme, il s'agit d'une convertie de 35 ans, qui était l'amie de Ferah Ulucay et une membre active du CCIS. La secrétaire générale a démenti que son organisation avait radicalisé la femme de 35 ans, mettant plutôt en cause la propagande de l'état islamique. Elle ignorait tout de ses intentions et de sa volonté de se rendre en Syrie.

Le Ministère public de la Confédération a confirmé qu'il avait ouvert une procédure contre les deux personnes pour infraction à la loi interdisant la participation ou le soutien à des groupes criminels comme Daech ou Al-Qaïda. 

Les deux femmes se trouvent toujours à l'étranger, leur trace s'arrête à Raqa, la capitale de l'état islamique actuellement assiégée par une coalition composée de forces arabes et kurdes. (nxp)

Créé: 06.09.2017, 10h37

mardi 1 mai 2018

Le porte-voix genevois des révoltés tunisiens

 Publié le 23 janvier 2011 par Angélique Mounier-Kuhn

Contraint à quitter son pays en 1991, Anouar Gharbi foulera de nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier. L’activiste s’est révélé incontournable pour suivre la révolution du jasmin, depuis la Suisse. Depuis quelques semaines, il ne touche plus terre

Il passe un coup de fil contrit, pour prévenir: impossible de se garer dans les environs de Plainpalais. Avec une bonne vingtaine de minutes de retard, Anouar Gharbi finit par arriver, l’oreillette branchée et absorbé par une conversation téléphonique en arabe. Il tend une poigne ferme, s’assied, tout en abreuvant son interlocuteur de «chouf, chouf». Il raccroche et prend la précaution d’éteindre son portable. Nous pouvons enfin faire connaissance.

Anour Gharbi, coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT-Suisse) ne touche plus terre depuis que l’Histoire a pris un tour inattendu dans son pays d’origine. Radio, télévision, manifestations, il est sur tous les fronts. Sa disponibilité et son empressement à partager à toute heure ses informations de première main en ont fait le relais incontournable pour suivre, depuis la Suisse, les événements de Tunisie. «Cela fait trois semaines, je ne dors pas plus de deux ou trois heures par jour. Il m’arrive de passer des journées sans manger, sans même me rendre compte que j’ai faim.»

Cela tombe bien. C’est précisément pour le mettre à table que nous avons souhaité le rencontrer. Il a choisi l’endroit, Les Savoises, le restaurant-café «équitable» de la Maison des associations, à Genève, qu’il contribua à fonder il y a quelques années. En dépit de ses murs orange tapageur et jaune vif, l’endroit est accueillant, tout comme la serveuse, aimable et enjouée, qui régente toute seule la salle heureusement clairsemée. Dans la cuisine ouverte, le maître des lieux vaque à la préparation des plats. Anouar Gharbi se sustentera d’une salade mêlée au chèvre chaud. Nous misons sur un pot-au-feu. Pour les accompagner, un jus de pomme et une eau gazeuse.

Il y a tout juste un mois et un jour, Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant, s’est transformé en torche vivante à Sidi Bouzid, une localité agricole du cœur de la Tunisie. Depuis ce geste sacrificiel, l’actualité du pays, où Anouar Gharbi naquit en 1964 dans la région côtière de Chebba, s’est emballée, jusqu’à la chute rocambolesque, le 14 janvier, de son autocrate de président, Zine el-Abidine Ben Ali. Demander à Anouar Gharbi comment il a vécu l’effondrement du régime, c’est s’embarquer pour un périple liant constamment passé, présent et avenir.

Ces heures épiques lui rappellent, par leur intensité, ses souvenirs de militant syndicaliste, diplômé en agronomie, contraint à l’exil. C’était en 1991: «Un jour, on m’appelle pour me dire qu’une dizaine de policiers sont partis chercher celle qui allait devenir mon épouse (elle est Suisse par sa mère et alors professeur d’anglais) parce qu’ils me cherchent moi, sans parvenir à me trouver.» Quelques semaines auparavant, un autre coup de fil l’avait informé que son nom figurait dans le journal, au beau milieu d’une liste de personnes recherchées, islamistes pour la plupart. Annouar Gharbi se raconte dans le moindre détail. Il en néglige son assiette et oublie parfois de finir ses phrases. Dans la nôtre, le pot-au-feu, parfumé mais un peu filandreux, tiédit.

«J’ai été considéré comme le responsable des relations extérieures d’Ennahda (ndlr: le parti islamiste interdit dont les membres ont été traqués, torturés et qui demande aujourd’hui sa légalisation) parce qu’en 1990, je me suis rendu en Algérie, au Maroc et en Europe de l’Est pour négocier l’inscription dans les universités d’étudiants tunisiens qui n’avaient pas pu achever leurs études en raison de leur engagement. Oui, beaucoup d’entre eux étaient des islamistes», enchaîne le militant. En dépit du soupçon récurrent que lui a valu par le passé sa proximité avec Ennadha et certaines fréquentations plus récentes, Anouar Gharbi se défend de penchants islamistes. Sa barbe? Un bouc stylé, poivre et sel et taillé de frais. Son rapport à l’Islam? Parfaitement assumé: «Je me sens très bien avec Dieu. Je suis croyant, pratiquant, mais je suis un «musulman light». Je travaille trop pour faire me prières à temps. Il m’arrive, en voyage, de ne pas observer le ramadan». Le cœur à gauche alors, Anouar Gharbi? «Cela n’a rien strictement rien à voir. Je me sens proche des opprimés, et j’ai de la sympathie pour tout ce qui est résistance.»

Etonnant caméléon, cet hyperactif à l’œil sémillant, père de quatre enfants, menant carrière dans une entreprise internationale tout en militant, dit-il, au sein d’une quinzaine d’associations. Droit pour tous est l’une d’entre elles, qu’il préside et participa activement à l’organisation de la «Flottille de la liberté» pour Gaza au printemps dernier. Autre fait d’arme, dont Anouar Gharbi est fier d’évoquer le souvenir: cette visite express de Ben Ali à Genève, en 1995, qui s’acheva par une brouille diplomatique entre Tunis et Berne. Invité d’honneur de la Conférence internationale du travail, le président tunisien avait été copieusement sifflé par des manifestants, dont l’activiste était le coordinateur. Furieux, Ben Ali avait rappelé son ambassadeur à Berne.

Entre deux fourchetées faméliques, Anouar Gharbi relate les deux mois de clandestinité qui ont précédé son départ de Tunisie il y a vingt ans. Deux décennies pendant lesquelles il n’a jamais remis les pieds au pays, dont il connaît pourtant les contours par cœur. Dès le début du repas, il s’est appliqué à dessiner la Tunisie sur un brouillon pour que l’on suive pas à pas ses pérégrinations. Rentrer était trop risqué. Sauf à sacrifier sa liberté d’expression, ce à quoi il s’est toujours refusé. D’ailleurs, son passeport était en souffrance depuis 1998 à l’ambassade de Tunisie à Berne, où il avait été déposé pour une demande de renouvellement. De l’autre côté de la Méditerranée, ses parents ont à peine été mieux traités. Il leur a fallu des années pour obtenir un passeport; et ils ne lui ont rendu que deux visites à Genève. «Tu as tout ici. Merci à Dieu, lui lâche un jour sa mère dans le jardin de sa maison de Grand-Saconnex. Tu ne manques de rien, mais toi, tu nous manques.» Le déracinement, assure pourtant Anouar Gharbi, n’a pas été une si douloureuse expérience: «Bien sûr, lorsque l’on m’envoie des séquences vidéo de mon village, de mon école, ma gorge se serre. Mais d’un autre côté, je ne voulais pas donner à Ben Ali le crédit de ma présence.»

L’heure a tourné: trop tard pour le dessert, un expresso achèvera le repas. Anouar Gharbi foulera à nouveau la terre de ses ancêtres le 29 janvier, accompagné d’une délégation de parlementaires et de militants des droits de l’homme en Suisse. S’il ne laisse pas encore libre cours à sa joie, «c’est parce le pays est tout entier à construire. Comment participer à ma manière? C’est la question qui me préoccupe aujourd’hui». Le militant se voit en «facilitateur», en tisseur de liens. Aussi, s’il s’engage en politique, «ce sera au sein d’une coalition et non dans un parti». Imagine-t-il se réinstaller dans la Tunisie affranchie de son despote? Il n’hésite pas; sa vie est ancrée à Genève. «Je suis devenu citoyen suisse. Jamais, en vingt ans d’engagements, je n’ai été l’objet de racisme. J’y suis profondément attaché.» Il aidera donc les Tunisiens à distance. Pourtant, lorsqu’au moment de se quitter on souligne le courage prodigieux de ces derniers et leur intelligence politique, il remercie, ému, touché par le compliment.

dimanche 29 avril 2018

La marque de montres suisse Swatch porte plainte contre l'organisation tunisienne de lutte contre la corruption I Watch

Tunisie: La marque de montres suisse Swatch porte plainte contre l'organisation tunsienne de lutte contre la corruption I Watch

Publié le 14.02.2016



La marque suisse de montres "Swatch" a porté plainte devant le tribunal de première instance de Tunis contre l'organisation tunisienne de lutte contre la corruption I Watch organization pour avoir "copié" le nom de sa marque.
"Il n'y a aucun doute que le signe 'I Watch organization' est une copie de 'Watch', la partie essentielle composant la marque Swatch": C'est ce qu'on peut lire dans la convocation au tribunal reçue par I Watch et publiée dimanche sur sa page Facebook.
La marque suisse exige un dédommagement estimé à 100.000 dinars pour "préjudice moral" ainsi que 2.000 dinars pour le remboursement des frais d'avocat.
قامت شركة " Swatch" السويسرية برفع قضية ضد "منظمة أنا يقظ - I WATCH" لدى المحكمة الإبتدائية بتونس العاصمة وذلك على خلفي...
Posté par I WATCH Organization sur dimanche 14 février 2016
Selon I'organisation tunisienne cette plainte vient à la suite d'une demande qu'elle a déposée en 2014 à l'Institut national de normalisation et de la propriété industrielle (INNORPI), pour enregistrer sa marque. 

Swatch demande à ce que I Watch soit "rayée" du registre de cet établissement public qui délivre les brevets d’invention, enregistre les marques de fabrique et tous les actes affectant les droits de propriété industrielle, dénonçant "une atteinte à ses droits en Tunisie".


vendredi 27 avril 2018

Les bonnes feuilles : Récits et réflexions d’une touriste suisse sous l’ère Ben Ali

Un prestidigitateur policier et une folle au regard pénétrant

 

Nous continuons la publication des bonnes feuilles du récent ouvrage d’un récit de voyage  de Yvonne Bercher, auteure suisse, qui a pour intitulé «Récits et réflexions d’une touriste sous l’ère Ben Ali ». 

En 2006, 2007 et 2008, l’auteure qui s’est rendue en Tunisie, a accumulé une expérience à la fois sensitive, affective et intellectuelle d’un voyage dans un pays où le feu était déjà sous la cendre.

Musée du Bardo
 
Levés bien après le soleil, nous prenons notre petit déjeuner à la Rue d’Algérie, qui jouxte la venelle dans laquelle nous perchons. Une mosquée, des cafés et de petits commerces en font un lieu intime, vivant et chaleureux.

Nous projetons de visiter le Musée du Bardo, collection unique au monde de mosaïques romaines. Construit au milieu du XIXe siècle. le bâtiment qui l’abrite représentait autrefois le siège officiel du gouvernement. Il illustre l’art éclectique qui a régné en Tunisie du XVIIIe au XXe siècle. Influences orientales, hispano-mauresques, turco-persanes et européennes, (surtout italienne), on y trouve cet enchevêtrement de cultures qui donne vie, relief et richesse au lieu. Le plafond de l’ancienne salle des fêtes, une coupole dorée à seize pans, surmonte un lustre où des pendentifs de cristal alternent avec des calices rose fuchsia et blancs. Par ses proportions comme par sa facture, cet objet splendide pourrait provenir de tout le Moyen-Orient. Sur les murs de la salle, des mosaïques rappellent un peu celles de la mosquée des Omeyades et une tête de Zeus, ou autre barbu mythologique, donnent un ensemble exubérant, totalement hétéroclite, mais harmonieux. L’opulence n’y est pas étouffante. Dans une pièce voisine, des fers forgés peints en vert mettent en valeur des peintures dont certaines annoncent l’Art nouveau. Comme un bijou dans un écrin, un tableau dans les bleus-verts, représentant une baie, domine la salle. Il confère à la pièce une touche précieuse. Quant à la galerie de l’ancien patio du palais, elle respire la grandeur. Au-dessus de nos têtes, s’étend un plafond orné de plâtres blancs et dorés, de pendentifs, à l’origine destinés à retenir des lustres. Le fait que ces derniers manquent confère à la pièce un aspect insolite. Nullement éclipsées par un décor aussi riche, les mosaïques éclatent dans leur humanité et leur précision. Des visages expressifs aux combats d’animaux, même en pierre, elles ne sont pas inanimées. Leur unité de ton permet de se concentrer sur la grâce du sujet et d’entrevoir les Romains comme des ancêtres, souvent espiègles, qui laissent derrière eux un patrimoine très parlant. C’est au Musée du Bardo qu’est exposée la célèbre mosaïque du Virgile écrivant l’Enéide, tout comme celle du domaine du Seigneur Julius, bréviaire précieux édifiant l’archéologue sur la situation économique et sociale à l’époque du Bas-Empire romain. L’échelle des différents éléments présents : êtres humains, maisons, arbres, animaux, n’est pas respectée, nous propulsant dans un monde magique.

A ma grande surprise, les flashes sont autorisés, et de manière générale, aucune mesure ne semble prise contre les ravages de la lumière du jour sur les peintures. Un public, essentiellement européen, déambule avec concentration, muni sans exception d’appareils numériques. Dans le monde de la photographie, cette révolution technique tient du raz de marée.
Une folle au regard pénétrant
 
«Il ne faut faire confiance à personne, pas même aux doigts de sa propre main.»
Proverbe tunisien.

Autour de la gare, les noms des rues renvoient à des pays : Soudan, Italie, Russie, Yougoslavie, Allemagne, Espagne, Angleterre, Maroc, Turquie… et même une ruelle, encombrée de poubelles, pour la Suisse !

Partis à la recherche d’un musée, le Dar Lasram, qui abrite l’Association de sauvegarde de la médina, nous errons longtemps. Comme le plan le situe par inadvertance à la Rue du Tribunal, nous quadrillons les parages et tombons sur le Palais de Justice. La fière allure du bâtiment me donne l’envie d’y pénétrer et je m’adresse dans cette perspective au commissariat adjacent. Les protagonistes de cette ruche, particulièrement nombreux, font preuve d’une activité fébrile, générant force animation. Survient un petit sec, aux cheveux grisonnants et à l’expression dure, quinquagénaire gradé, visiblement craint par ses hommes. Ce capitaine me demande mes papiers d’identité. J’explique les raisons de ma requête, sur laquelle le président de l’ensemble du tribunal, qui comporte plusieurs instances et de nombreuses salles, doit paraît-il se prononcer. Pendant qu’un employé va chercher le document, je reste dans le commissariat, face au capitaine qui semble encombré par ma requête, sans toutefois le formuler clairement. Au cours de la conversation, il me réclame à nouveau les documents que je viens pourtant de lui remettre. S’ensuit un dialogue de sourds, carrousel de l’absurde, au cours duquel je soutiens que je les lui ai déjà donnés pour m’entendre rétorquer qu’ils sont dans mon sac. De guerre lasse, je regarde et les y trouve, miraculeusement revenus dans la poche extérieure, facilement accessible. Avec mes fils, sans nous consulter mais d’un commun accord, nous ne réagissons pas à cette provocation dont le message est clair : vous êtes entre nos mains, c’est nous qui menons le jeu. Arrive peu après le jeune policier muni de l’autorisation de regarder, mais sans photographier. C’est un gentil garçon, dépourvu de malice, visiblement content de cette récréation, qui nous guide dans le plus grand tribunal de Tunis, qui en compte vingt-six. L’attitude de son supérieur n’annonçait pas un choix aussi souriant. Sur plusieurs étages, nous visitons des salles inoccupées. Ici aussi, les féries judiciaires ont vidé les lieux et seule une instance dévolue au droit de famille reste en activité. Des grappes de gens, visiblement tendus, encombrent l’entrée d’une salle. On y sent le drame privé, amplifié par un pouvoir fait pour écraser l’individu. Des enfilades de salles indiquent l’importance du Parquet du Procureur. Comme je l’apprendrai plus tard, c’est ce tribunal qui juge les affaires dites de terrorisme. Le rituel solennel de la justice s’exprime avec faste dans un espace étalé à profusion. Alors que je glisse un œil dans des toilettes, restées ouvertes, j’y trouve un endroit crasseux, sordide, respirant la détresse. A l’issue de la visite, accomplie dans une ambiance qui ne laissait pas présager le message du début, je demande à aller remercier le capitaine, suscitant la stupeur de notre accompagnateur. Solennellement, je prends congé, et je lui remets ma carte de visite, l’engageant à venir voir comment le pouvoir s’exerce dans notre pays.

Libérés de ces effluves dictatoriaux, nous revenons à notre but premier, retardé mais nullement oublié. Finalement, guidés par un passant, nous aboutissons au Dar Lasram, fleuron d’une médina dont les vestiges remontent au VIIes siècle., peu après la conquête arabe. Un ancien palais ottoman, restauré avec des moyens, du savoir-faire et du goût, nous accueille. Porte cloutée peinte en jaune, escaliers aux marches ornées de marbre noir et blanc, motifs géométriques, vitraux, nous déambulons dans une ambiance nette et  reposante. Pour ne pas troubler les architectes qui travaillent dans cette vitrine, nous tentons de nous faire aériens et muets. Ils œuvrent à la préservation de la médina, tâche compliquée par le départ des artisans italiens qui avaient, en leur temps, beaucoup contribué au charme de la ville. Certaines techniques, comme les décorations en stucs, ne sont plus maîtrisées.
A la nuit tombante, nous assistons à la fouille d’un jeune homme, prototype du petit dealer. Cette humiliation publique ne semble troubler personne.

Enfin, à deux pas de notre hôtel, Aritz est harponné par une quinquagénaire racée et élégante, qui passe sans transition du rire au sérieux, lui déversant dessus un discours intarissable et dépourvu de fil conducteur. Emprunté par la situation, mon rejeton dirige charitablement cette prophétesse aux yeux perçants vers moi. Vu les thèmes interculturels de ses propos éclatés, écoulement agité et désordonné, laborieux à endiguer, je décide, intriguée, de lui consacrer le temps qu’il faudra. Quel est le parcours de cette femme soignée, vêtue à l’occidentale, au splendide regard pénétrant, une paire d’yeux qui vous absorbent littéralement? Rivés sur place, nous la regarderons s’éloigner, nimbée de son mystère.

Ce n’est du reste pas notre seule rencontre insolite. Peu après notre installation à l’hôtel, le hasard a mis sur notre chemin un jeune homme fort courtois, hospitalier, serviable et discret, qu’on dirait atteint de la lèpre. Sans rien attendre en retour, il nous engage à ne pas hésiter à demander ce qui pourrait nous rendre la vie agréable. D’une maigreur effrayante, il se déplace laborieusement, ralenti par la raideur d’une jambe. Incidemment, comme pour s’excuser de son corps torturé, il mentionne qu’il souffre terriblement. Ses extrémités, les mains comme les pieds, ont été amputées, et des taches rose vif donnent un aspect marbré à son visage. Atteint d’une maladie orpheline, il tente de se faire inclure dans un protocole de soins en Allemagne et se bat courageusement. Plusieurs procès, gagnés contre l’Etat tunisien, semblent lui assurer une relative aisance. Malgré ce fardeau qu’il traîne avec une dignité de martyr, son seul souci semble être notre bien-être. Au fil de notre discussion, il s’intéresse à ma quête et me demande quels seraient mes vœux concernant ce séjour. Sa générosité et son apparent détachement de son propre sort m’impressionnent.

Depuis longtemps, je rêve de voir travailler un calligraphe et d’obtenir quelques explications sur cet art très vivant, présent aussi bien dans les allées du pouvoir que dans les lieux sacrés, né du discrédit qui frappe l’image en terre d’islam. J’aimerais rapporter pour mon bureau un hadith, encouragement à la quête de la connaissance : Recherchez le savoir du berceau jusqu’au linceul.

Dans un premier temps, Rachid, nous emmène dans un magasin d’articles réalisés à la chaîne, de manière mécanique, en Extrême-Orient sans doute, très probablement dans des conditions plus que douteuses. Ma consternation doit se lire sur mon visage et heureusement, ma quête de sobriété ne le heurte pas trop. Le projet semble toutefois se déliter dans l’indétermination car la proximité de notre départ pour Monastir le rend difficilement praticable.

Auteur : Yvonne Bercher
Publié le : 03-08-2011
 

mercredi 25 avril 2018

Drame Une Suissesse a été retrouvée morte en Tunisie

Une femme d'origine suisse a été découverte sans vie sur la côte est tunisienne. Une enquête est en cours pour déterminer les causes de son décès. 

La dépouille de la Suissesse a été transporté à l'hôpital Farhat Hached de Sousse.
Image: DR//www.panoramio.com/

 

Le corps d'une Suissesse a été découvert mardi matin dans une forêt de Hergla (gouvernorat de Sousse), à l'est de la Tunisie, révèle un site d'information locale. Selon la radio Jawhara FM, la victime, mariée à un Tunisien, vivait dans la station balnéaire de Chott Meriem, à 20 km de Sousse.
Son corps, vêtu d’un maillot de bain, a été transporté à l'hôpital Farhat Hached de Sousse, selon une correspondance en arabe de la radio Jawhara FM. Une enquête a été ouverte par les autorités locales. 

Berne confirme

Le décès de cette femme a été confirmé par le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) au site internet du Blick.
Les circonstances exactes du décès ne sont pas encore claires. La piste de l'homicide est à confirmer. (nxp)

Créé: 07.08.2014, 14h18 par AEC

 

lundi 23 avril 2018

Salon du livre de Genève: les éditeurs tunisiens fâchés contre leur gouvernement

Publié le 29 avril 2016 par Olivier Perrin

Le stand de la Tunisie, hôte d'honneur, cette année, du Salon international du livre et de la presse de Genève, fait polémique.
© CYRIL ZINGARO


Les éditeurs privés, dans une lettre adressée à la ministre tunisienne de la Culture, déplorent ne pas avoir été invités sur le stand de leur pays, hôte d'honneur 2016 de la manifestation genevoise. Ce qui, disent-ils, nuit à l’image de la Tunisie à l’étranger 

C'est le site des chaînes de télévision tunisiennes privées Nessma qui nous l'apprend: le Salon du livre et de la presse de Genève, qui se tient encore jusqu'à ce dimanche 1er mai 2016 avec la Tunisie en hôte d’honneur, a lieu en l'absence des éditeurs de livres. La thématique retenue, «Révélations de la révolution tunisienne», témoigne d'un «désir», dit le communiqué officiel du salon, et veut pourtant «se démarquer des visions folkloriques mystificatrices, longtemps alimentées et véhiculées par la propagande touristique». Le message paraît donc clair: Tunis a choisi un message avant tout politique, exaltant les mutations de l'après-Ben Ali. Résultat, «les éditeurs se disent marginalisés», selon le titre du site Kapitalis, qui parle de «gestion très contestable».


Nessma l'écrivait ce lundi 25 avril, à l'avant-veille de l'ouverture des feux à Palexpo: «Aucun éditeur tunisien ne sera de la partie.» Ce qui paraît tout de même étrange. De fait, un groupe de 12 éditeurs du pays a «adressé une lettre ouverte» vendredi 22 avril à Sonia M'barek, la ministre de la Culture. Ils y déplorent que «des institutions comme la Bibliothèque nationale, le Centre national de traduction, l’Institut national du patrimoine, le Centre des musiques arabes et méditerranéennes ou l’Agence de mise en valeur du patrimoine, aussi compétentes et prestigieuses soient-elles dans leurs domaines respectifs», ne soient pas représentatives du secteur privé éditorial tunisien.

Reste que la ministre est «ravie» que le salon ait accueilli la Tunisie et a tenu, lors de son discours à Genève, «à mettre l’accent sur les bonnes relations d’amitié tuniso-suisses notamment sur les plans culturel aussi bien que politique et économique. Elle a, dans ce sens, tenu à insister que cet échange et amitié augurent d’une qualité de dialogue fertile à instaurer autour de questions hautement cruciales et d’actualité.» Langage diplomatique, qui ne sera sans doute guère de nature à calmer les éditeurs fâchés, milieu où l'on est peu enclin à apprécier la langue de bois.


Les signataires, dont la prestigieuse maison Elyzad – présente uniquement au Salon africain – regrettent donc «que la Tunisie se présente (...) avec un profil étatiste» et «que le ministère n'ait pas engagé –comme les circonstances l'imposaient – une consultation plus large du secteur du livre en Tunisie. Ils dénoncent une gestion «en interne et au profit» des institutions de cette invitation genevoise «qui s'adressait (...) à toute l'édition tunisienne». Et en concluent que ce rendez-vous genevois, vu «l'énorme travail éditorial accompli depuis la révolution et durant ces cinq dernières années», «nous le ratons».

En fait, raconte Jeune Afrique (JA), «tout est parti de la découverte, à la mi-avril, du programme officiel de la participation tunisienne (...), dans lequel les thèmes du salon – à savoir le livre et le journalisme – sont pratiquement absents au profit d’interventions centrées sur les arts plastiques, le cinéma et l’histoire». Les éditeurs prétendent aussi qu'ils auraient pu participer au salon en payant «de leur poche les frais de voyage – alors même que la délégation tunisienne se composerait de près de 75 personnes: personnel du ministère, conférenciers, artistes, journalistes…».

 «Les éditeurs, poursuit JA, sont d’autant plus en colère qu’ils estiment que ce salon n’est pas dédié au tourisme et qu’il revient aux auteurs et aux éditeurs de révéler cette autre Tunisie.» Revendication «légitime», selon eux, qu'ils étayent par de récentes parutions littéraires, importantes à leurs yeux. Commentaire final de la journaliste: «L’incident peut paraître minime au regard des difficultés que traverse la Tunisie, confrontée aux défis de sa transition démocratique. Mais il confirme que certaines mauvaises pratiques, en perdurant, nuisent à l’image du pays à l’étranger.»

Politique ou littéraire?

Contactée par Le Huffington Post Maghreb-Tunisie, Monia Masmoudi, signataire de la lettre ouverte au nom de Sud Editions, affirme que le ministère «veut probablement profiter de cette occasion pour promouvoir la culture et le patrimoine tunisien en général. Politiquement c'est une occasion formidable pour la Tunisie, mais tout de même ça reste un salon du livre.» L'Union des éditeur tunisiens lui aurait «affirmé qu'une partie du stand et un éditeur serait chargé de représenter les autres éditions. Nous avons cherché à en savoir plus, l'Union des éditeurs n'en savait pas plus que nous.» Egalement contactés par ce même média, les institutions liées de près ou de loin au monde éditorial «n'ont pas répondu aux questions» ou sont «restées injoignables».








samedi 21 avril 2018

Vol annulé: «J'ai vécu une épreuve traumatisante»

Genève-Tunisie

02 octobre 2017

Les passagers ont été transférés sur un nouveau vol Tunisair parti dimanche à plus de 22h. (Photo: Keystone/Guillaume Horcajuelo

par Julien Culet - Un avion en panne a bloqué des voyageurs au bout du lac ce week-end. Une Vaudoise témoigne avoir vécu un calvaire.

«Le voyage de rêve a viré au cauchemar.» C’est émue que Christiane raconte son calvaire du week-end. Elle devait partir samedi à 11 h de Genève avec Tunisair pour une semaine de vacances à Djerba. Au final, elle n’a pas vu l’île tunisienne. «Avec mon amie, on pensait être l’après-midi au bord de la piscine, mais on était à l’aéroport», soupire-t-elle.

Les 160 passagers du vol ont patienté jusqu’au soir avant qu’on leur annonce qu’il avait été annulé. «J’ai une prothèse de hanche délicate, ça a été une épreuve traumatisante», témoigne la Lausannoise. La compagnie a payé l’hôtel à ceux qui ne pouvaient rentrer. La Vaudoise est retournée chez elle. «Dimanche, on a attendu qu’on nous informe d’un nouveau vol, mais on ne nous a pas appelées. On a vu sur internet qu’un avion était parti sans nous», relate Christiane. Elle espère maintenant pouvoir être indemnisée.

La mésaventure est due à un problème technique sur l’Airbus, indique la compagnie. «Nous avons voulu faire venir un autre appareil de Marseille. Comme il aurait dû arriver après 22 h, Cointrin a refusé qu’il vienne. Nous avons dû réparer l’avion sur place», explique Hichem Gader, directeur de Tunisair Suisse. Il dit avoir appelé une cliente qui a raté le vol car son contact avait été mal noté. «Elle sera remboursée», promet-il. Christiane précise qu’il ne s’agit pas d’elle. La Fédération romande des consommateurs indique que, s’agissant d’une panne, les passagers victimes de l’annulation devront être indemnisés à hauteur de 250 euros (environ 285 francs).


mercredi 18 avril 2018

Dieb bestiehlt Restaurant in auffälligem Messi-Trikot

Ein 28-jähriger Tunesier ist am helllichten Tag in ein Restaurant eingebrochen. Dank seiner auffälligen Kleidung konnte ihn die Polizei schnell fassen

 

 

Mitten am Tag ist ein Asylbewerber aus Tunesien durch ein Fenster des Restaurants Eggenscheide in Oftringen AG gestiegen, um in den Raum zu gelangen, in dem Mitarbeiter ihre Wertsachen deponiert haben. Der mutmassliche Dieb blieb vorerst unbemerkt.
«Es ist immer jemand im Restaurant und wir haben auch immer das Fenster offen. Aber so etwas ist uns noch nie passiert», sagt Wirtin Ursula Heimann zu Tele M1. Während sie und ihre Mitarbeiter sich im Restaurant um die Gäste kümmerten, schnappte sich der Tunesier Bargeld und ein Portemonnaie und macht sich dann aus dem Staub.

«Ich dachte, ich gehe mal schauen, was er da macht»

Die Rechnung hatte er aber ohne den Nachbarn Yves Weber gemacht. «Ich ging mit meinem Hund spazieren, als ich plötzlich jemanden aus dem Fenster des Restaurants steigen sah. Ich dachte, ich gehe mal schauen, was er da macht», so Weber.
Seine Englische Bulldogge machte dem mutmasslichen Dieb offenbar Angst. Der Tunesier liess sich dazu bewegen, die Wertsachen zurück ins Restaurant zu bringen. Kaum habe er die Sachen aber abgelegt, sei der 28-Jährige geflüchtet, wie Tele M1 weiter berichtet.

«Mit so einem Trikot geht man eigentlich nicht einbrechen»

Dumm nur: Der mutmassliche Dieb trug ein Trikot des argentinischen Fussballers Lionel Messi. «Es war sehr auffällig. Mit so einem Trikot geht man eigentlich nicht einbrechen», so Weber.
Dank der Kleidung gelang es der Polizei schnell, den mutmasslichen Dieb in der Nähe des Tatorts zu fassen. Wirtin Heimann ist froh darüber: «Mich hat das Ganze sehr beschäftigt. Aber schön, haben wir noch Leute wie Yves, die Zivilcourage zeigen.»
(jen)

 15.06.2017

 Referenz

dimanche 15 avril 2018

Santos au FC Porrentruy !

 Publié le 7 juin 2015

Jean-Pierre Faivre, le président du FCP, et Santos

Le FC Porrentruy frappe un grand coup sur le marché des transferts. Le club jurassien de 2e ligue interrégionale annonce dimanche avoir engagé Santos pour la saison prochaine. Âgé de 36 ans, cet attaquant tuniso-brésilien a notamment porté les maillots de Sochaux et Toulouse en Ligue 1 française et de Zurich en Super League. Il a également défendu les couleurs de la Tunisie à 40 reprises en inscrivant 22 buts. L'attaquant arrive dans le Jura en provenance de l'ASM Belfort qui vient d'être promu en National.

Selon le communiqué du FCP, Santos intégrera l’équipe première. Il encadrera également les juniors du club ajoulot. /msc+comm

vendredi 13 avril 2018

Le géant du luxe suisse Richemont perd son couturier tunisien


 Paru le 18 novembre 2017

Allergique à la promotion, ce petit homme discret, invariablement vêtu d'un costume chinois passe-partout, avait le luxe de se passer de publicité.
KEYSTONE/AP/FRANCOIS MORI
(sda-ats)



Le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa est décédé à l'âge de 77 ans. Il s'est fait connaître dans les années 1980 avant de poursuivre son travail hors système, loin des calendriers de défilés et de la presse, grâce à un réseau de clientes très fidèles.

Son décès, annoncé par l'hebdomadaire le Point, et confirmé par la Fédération de la haute couture et de la mode, a entraîné de multiples hommages.

"C'est un couturier de grand talent qui s'en va", a déclaré le couturier Pierre Cardin. "Petit par la taille mais immense dans la mode. Adieu Azzedine Alaïa", a réagi la créatrice et ancien mannequin Inès de la Fressange sur Twitter.

Pour l'ancien ministre de la Culture et président de l'Institut du Monde Arabe (IMA) Jack Lang, "Azzedine savait mieux que quiconque sublimer les femmes". "Il les aimait et elles, en retour, lui vouaient une vénération infinie", a-t-il déclaré sur son compte Facebook.

Défilés en petit comité
 
Allergique à la promotion, ce petit homme discret, invariablement vêtu d'un costume chinois passe-partout, avait le luxe de se passer de publicité. Ses rares défilés se déroulant en petit comité dans son atelier-boutique du Marais.

"J'aime les femmes. (...) Je ne pense pas toujours à faire des nouveautés, à être créatif, mais à faire un vêtement pour que les femmes soient belles", avait expliqué le couturier en 2013, à l'occasion d'une rétrospective de son oeuvre au Musée Galliéra.

Alaïa concevait ses vêtements en trois dimensions, se servant peu du dessin. Il faisait beaucoup de sur mesure, en haute couture, mais aussi du prêt-à-porter, contournant le diktat du renouvellement systématique à chaque saison: il lui arrivait de proposer la même robe "indémodable" deux ans d'affilée.

Jeune homme au pair
 
Le créateur était né en Tunisie autour de 1940 mais cultivait la coquetterie quant à sa date de naissance précise. "J'ai l'âge des pharaons. Les dates, je les ai effacées", disait-il.

Etudiant la sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, ce fils d'agriculteurs commence à travailler pour une couturière de quartier. Débarquant à Paris à la fin des années 1950, il travaille brièvement chez Dior et chez Guy Laroche.

Jeune homme au pair, il commence à habiller des femmes du monde dont il devient souvent le confident. Elles lui présentent Arletty, l'une de ses muses, et même "la" Garbo.

Silhouette des années 1980
 
Le couturier contribue largement à définir la silhouette féminine des années 1980, à l'assurance sexy, en inventant le body, le caleçon noir moulant, la jupe zippée dans le dos, des modèles copiés à l'infini. Ses robes seconde peau sont à la fois provocantes et distinguées.

Les célébrités se l'arrachent, notamment la sculpturale Grace Jones qui pose dans ses vêtements sous l'objectif de Jean-Paul Goude. En 1989, c'est lui qui commande à Alaïa la toge-drapeau portée par la cantatrice Jessye Norman pour le défilé du Bicentenaire de la Révolution française.

Avec le géant suisse Richemont
 
En 2000, il signe un accord avec Prada qui lui permet de se développer, mais dont il se dégage sept ans plus tard, préférant s'adosser au géant suisse du luxe Richemont.

Son ultime défilé avait été présenté en juillet et ouvert par Naomi Campbell, protégée du couturier, qui l'appelait affectueusement "papa".

mercredi 11 avril 2018

Ces binationaux qui font gagner la Suisse

 Publié le 10 novembre 2009

Historique: l'équipe des moins de 17 ans joue jeudi une demi-finale de Coupe du monde. Grâce une brochette de secundos. Portrait de famille d'un des héros, Nassim Ben Khalifa.

Cela ressemble à un joli pied de nez. Alors que la campagne pour interdire les minarets surfe sur la peur de l'invasion musulmane et, en toile de fond, le rejet de tout ce qui peut porter atteinte à l'identité suisse, le pays entier s'extasie sur les exploits des jeunes footballeurs de moins de 17 ans, dont la moitié de l'effectif est d'origine étrangère. En guise de porte-drapeau de cette génération de secundos: Nassim Ben Khalifa, Tunisien d'origine, devenu d'un coup d'un seul héros de la nation grâce à ses buts décisifs.

Dans un pays oscillant entre volonté d'intégration, peur de naturaliser et, parfois, irrespect des différences, ce rôle n'est pas une mince affaire. Comment le jeune Nassim et ses parents vivent-ils cette soudaine notoriété? Portrait de famille.

L'’intégration: un sujet délicat

L'’assimilation des secundos est un phénomène largement répandu dans les pays d'’immigration, explique Raffaele Poli, sociologue à l’'Institut des sciences du sport à l’Université de Lausanne. Mais en Suisse, la question de la nationalité est difficile. C’est une démarche longue, coûteuse et il n’'existe pas de passe-droit, comme en France. Le football est-il un vecteur d'’intégration? Le sociologue est mitigé. «Le sport offre des possibilités, mais il n’'efface pas les inégalités plus larges.»
 
«On représente la mixité sociale, c'est génial»

Un pied en Tunisie, le cœur en Suisse. Chez les Ben Khalifa, la famille, c'est sacré. Quand Nassim parle de football, il évoque souvent son père, qui le suit quand il peut pour voir ses matches. Ou sa mère, «très émotive», qui s'inquiète dès qu'il chute sur le terrain. Quand on demande à sa mère, Samira, si elle est fière de son fils, elle répond qu'évidemment, elle en est fière, mais elle ajoute: «Je suis fière de mes fils.»

Arrivé il y a trente ans dans le canton de Vaud en provenance de Tunisie, Hedi Ben Khalifa, le père, a entrepris des études pour devenir éducateur. Son épouse l'a suivi huit ans plus tard. «C'était un changement radical. En Afrique, les gens sont les uns sur les autres. Ma priorité en arrivant en Suisse était de me faire des amis, et l'intégration s'est passée sans problème», se souvient-elle. Samira avoue d'ailleurs se sentir bien à Prangins. Au point qu'il y a cinq ans, toute la famille s'est fait naturaliser, une étape «importante» pour Nassim. «Moi j'ai vécu là-bas, donc c'est un attachement mental que j'éprouve pour la Suisse. Nos trois fils, eux, sont nés ici, ils sont chez eux», explique l'agente immobilière indépendante.

Musulmans non pratiquants, les Ben Khalifa ne sont pas insensibles au débat qui secoue actuellement la Suisse sur les minarets. «J'avoue que je ne comprends rien à cette initiative, explique Samira. Qu'a-t-on à y gagner? Il n'y a pas de problème d'intégration avec les musulmans. Pour moi, c'est une guerre des symboles. Maintenant, nous sommes dans un pays démocratique et il faut en accepter les règles. S'il faut voter, votons.»

A 4700 kilomètres de Prangins, au Nigeria. Le jeune attaquant de GC, joint au téléphone, s'enthousiasme dès qu'on aborde le thème de la sélection nationale M17, riche en cultures diverses. « On représente la mixité sociale, on vient de partout. Je trouve ça fabuleux. Beaucoup de personnes peuvent s'identifier à nous.» Même son de cloche du côté de sa mère, en Suisse: «C'est une équipe séduisante et multiculturelle qui fait plaisir à voir. Peut-être qu'en matière d'intégration, ces jeunes joueurs symbolisent quelque chose qu'il est difficile de symboliser ailleurs que dans le sport.»

Suisse? Tunisie? Sous quelles couleurs Nassim décidera-t-il de jouer à 21 ans? «Pour l'instant, je reste en Suisse», répond l'intéressé. «Quoi qu'il choisisse, ce sera plus un choix footballistique qu'un choix nationaliste. Son identité, elle, est double, explique sa mère. Il choisira un style de jeu dans lequel il se sent bien. C'est un choix qu'il doit entreprendre et assumer seul. Mais quoi qu'il décide, nous le soutiendrons.» (Sandra Imsand/cml)

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lundi 9 avril 2018

Yassine Chikhaoui : Le Tunisien élu meilleur milieu de terrain en Suisse

Le 3 Déc 2014 à 19:00



Yassine Chikhaoui peut avoir le sourire aux lèvres ! Très en vue en fin de saison dernière et depuis le début du nouvel exercice sous les couleurs du FC Zurich, Yassine Chikhaoui a été honoré mardi soir.


Le joueur tunisien a remporté hier le titre de meilleur milieu de terrain du championnat suisse pour la saison 2013-2014. Le milieu tunisien a été l’homme fort de son club, le FC Zurich, la saison écroulée.
Il a reçu son prix lors de la soirée des Swiss Golden Player Awards. Yassine Chikhaoui est récompensé notamment pour son très bon début de saison au sein du FC Zürich.

Chikhaoui encore une fois victime du racisme en Suisse

Dimanche, 31 Mai 2015 18:45

La star du foot tunisien, Yassine Chikhaoui, le joueur du club suisse du FC Zurich, a été plaqué au sol et menotté par la police locale, le mercredi 27 mai 2015, alors qu’il se promenait tranquillement avec sa femme. Et c’est ainsi que le footballeur a été embarqué au poste de police, les menottes aux poignets. Selon la presse suisse, notre joueur aurait été pris pour un pickpocket recherché par les services de sécurité.


La confusion a cependant été rapidement levée, et Chikhaoui libéré. Or on est en droit de s’interroger sur la brutalité de la police suisse, surtout que le joueur qui fait régulièrement la une des médias du pays, n’est pas vraiment un inconnu à Zurich.
Les doutes est d’autant plus permis que la presse de caniveaux helvétique s’en était déjà pris à Yassine Chikhaoui en des termes ouvertement racistes. Il ya trois ans, en novembre 2012, le journal suisse germanophone « Blick », écrivait dans un article particulièrement virulent (voir ici), sur Chikhaoui, Amine Chermiti et Mohamed Ali Nafkha, « les footballeurs du Sahara n’ont plus de rôle à jouer», appelant à se débarrasser de ce qu’il qualifie de « caravane tunisienne », avec, en prime une caricature frisant le racisme, mettant en scène des joueurs tunisiens sur des dromadaires.


Source 
Soufia B.A

samedi 7 avril 2018

Darragi: nouvelle vie en Suisse

L’international tunisien a mal vécu les réactions que son transfert de Tunis à Sion a provoquées. Mais il est en Valais pour donner une impulsion à sa carrière.

 

 De Tunis au Valais, le parcours a été parsemé de difficultés. Mais Oussama Darragi est positif: «Mon rêve a toujours été de connaître une autre vie, un autre foot.» Image: Sedrik Nemeth

Il prend son souffle avant de s’enfoncer dans un canapé de l’Hôtel Alpina. «Jamais je n’ai vécu cela, qu’est-ce qu’on s’entraîne dur!» L’international tunisien Oussama Darragi (28 sélections), élu meilleur joueur africain en 2011, est en train de prendre ses marques en montagne. De l’altitude zéro des bords de la Méditerranée, il est passé avant-hier aux quelque 1600?mètres de la station du val d’Anniviers, où le FC Sion s’oxygène à trois semaines de la reprise.

Darragi est content et fier d’avoir enfin rejoint son nouveau club. «A 24?ans, je devais donner une nouvelle orientation à ma carrière. L’Europe m’apparaissait comme une nécessité. Maintenant, je dois bien travailler et réaliser un bon parcours avec Sion. Mais, quand on voit que des joueurs comme Gattuso signent pour ce même club, on se dit qu’on n’est pas à une mauvaise adresse.»

Renvoyé de l’Espérance

Pourtant, lorsque le transfert de Darragi a été conclu et annoncé en février dernier, l’international tunisien a été la cible d’une tempête sans précédent. Il avait tout donné – et tout gagné – pour l’Espérance Tunis, il a été la cible de toutes les critiques de la part de ses anciens dirigeants. Ces derniers l’ont accusé de trahison pour avoir effectué ce transfert alors qu’il aurait donné un accord de principe pour prolonger un contrat qui arrivait à terme en juin. Darragi ayant refusé de s’entraîner avec les espoirs, il n’a plus joué ce printemps.

«Sur le moment, cette réaction m’a touché, et déçu. Personne n’estime l’Espérance autant que moi. J’y étais depuis l’âge de 8?ans. Mais il s’agissait de mon avenir et je ne pouvais pas rater cette occasion. Mes anciens dirigeants ont fini par admettre les raisons qui m’ont poussé à partir, mais je ne m’attendais pas à vivre cela.»

Précision: son entraîneur, le Suisse (!) Michel Decastel, n’a pas été concerné par cette cabale, si ce n’est qu’il a perdu un grand joueur. «J’aimais beaucoup cet homme, précise Darragi. Au moment de mon transfert, j’ai un peu discuté avec lui. Il a su me conseiller.» Car le Neuchâtelois Decastel connaît la maison sédunoise pour y avoir entraîné de 1995 à 1996.

Et puis, Darragi a toujours senti le soutien des supporters tunisiens. «Eux ont tout de suite compris pourquoi il fallait que je quitte le club, je les en remercie.»

Viser le titre

Darragi a de fait été privé de compétition pendant plusieurs mois. «On remarque tout de suite que ses qualités techniques sont au-dessus de la moyenne, mais il doit se reconstruire physiquement», confirme son nouvel entraîneur, Sébastien Fournier. Darragi est prêt à fournir les efforts nécessaires. «Je veux, je dois aller loin. Je me sens en confiance et, sur ce que j’ai pu en voir, le groupe et le staff sont bien. Mon rêve a toujours été de connaître une autre vie, un autre foot. M’y voilà et je suis prêt à tout pour m’imposer.»

Le milieu offensif n’a aucun doute sur les objectifs que lui et son nouveau club se fixent: «Avec le recrutement qui a été effectué, on se doit de viser le titre.» C’est dit. (Le Matin)

Créé: 22.06.2012, 07h43 par Renaud Tschoumy

 

jeudi 5 avril 2018

Wajdi Bouazzi: Le Tunisien quitte la Suisse après seulement trois matchs !

publié le 19 août 2013



Le FC Lausanne annonce sur son site internet avoir rompu le contrat de Wajdi Bouazzi. Trois matchs seulement qu’il jouait sous les couleurs de la formation suisse.

«On aurait voulu que cette aventure fonctionne, mais Wajdi ne se sentait pas bien à Lausanne« , regrette le président du club Alain Joseph relayé par 24heures. «Il se sentait seul à Lausanne et avait du mal à s’adapter à son nouvel environnement. On a parlé tous ensemble et on est arrivé à la conclusion que Lausanne ne convenait pas au joueur, et inversement. Au final, il nous a semblé plus sage de ne pas poursuivre..

Bouazzi avait signer en juillet dernier à Lausanne en provenance de l’Espérance de Tunis. On annonce déjà le Congolais Chris Malonga ou encore Margairaz pour le remplacer.


mardi 3 avril 2018

Le défenseur tunisien Ammar Jmal signe un contrat de 4 ans avec un club suisse

 Publié en 2010




Le défenseur international tunisien Ammar Jemal a signé un contrat de 4 ans avec le club suisse BSC Young Boys, a annoncé vendredi l'équipe tunisienne Etoile sportive du Sahel(ESS) dans son site internet officiel.

"Après l'accord intervenu entre les deux parties, les dirigeants étoilés viennent de finaliser le passage du défenseur central international Ammar Jemal au club suisse de première division Young Boys Berne", a précisé le site officiel.

Le joueur tunisien s'était envolé mardi dernier pour Berne ou il a passé avec succès le test médical d'usage avant de signer jeudi un contrat de 4 ans qui prendra effet à partir de la saison 2010-2011.
Latéral également capable d'évoluer axe gauche et bon relanceur à la fois, l'international tunisien (23 ans, 1m87 et  81 kg) va entamer une carrière européenne et rejoindre son compatriote le défenseur Issam Merdassi qui avait été engagé la saison dernière.

Ammar Jemal a débuté sa carrière internationale le 11 février 2009 àl'occasion du match amical face au Pays-Bas. Il a inscrit son premier but sous les couleurs nationales face au Kenya le 28 mars 2009 lors des éliminatoires de la Coupe du monde 2010.

Le défenseur tunisien est doté d'un prestigieux palmarès avec son club de l'Étoile du Sahel avec notamment un trophée de la Ligue des champions d'Afrique en 2007, une super coupe de la CAF en 2007 également, une place de demi-finaliste de la Coupe du monde des clubs au Japon en 2007, un titre de champion de Tunisie en 2007, outre une coupe de la CAF en 2006 et une coupe de la Ligue nationale de football en 2005.

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